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Débat sur la déchéance de la nationalité : mais pourquoi personne n'ose dire la vérité ?
©Reuters

Un secret de polichinelle

Débat sur la déchéance de la nationalité : mais pourquoi personne n'ose dire la vérité ?

Tous la connaissent pourtant. Mais il y a des mots qui restent interdits en France.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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C'est un sondage – celui du Journal du Dimanche – qui dit bien les choses. 73% des Français sont favorables à la déchéance de la nationalité. Mais ils sont encore plus nombreux à penser que la classe politique en parle très mal. En effet le débat sur cette question part en sucettes, ou pour le dire plus crument, en couilles. Il permet, certes, de grandes envolées lyriques. La gauche de la gauche représentée bruyamment par Cécile Duflot et Pascal Cherki soutient qu'avec cette réforme on revient à Vichy. Rien que ça ! Une partie de la droite y est également hostile soit pour des raisons de principe soit parce que cette réforme est voulue par François Hollande. A l'Assemblée Nationale, Nathalie Kosciusko-Morizet  a exprimé son refus avec sa fougue et sa conviction habituelle. Et – on allait l'oublier – une partie de la gauche est en faveur de la déchéance de la nationalité en arguant du fait que cette mesure sera efficace contre le terrorisme et surtout par fidélité à Hollande.

Aucun de tous ceux qui s'écharpent ainsi drapés dans des postures aussi nobles que creuses, ne dit la vérité. Oh, ils ne mentent pas ! Tout simplement ils omettent de dire la vérité. Et celle-ci est connue de tous les Français, toutes opinions, toutes origines, toutes confessions confondues. Les mots "nationalité" et "déchéance" ont une très lourde portée symbolique. Oui il y a en France un réveil identitaire dont on peut se féliciter ou qu'on peut déplorer. Il est la conséquence directe d'une agression identitaire – je pèse mes mots – qui souhaite imposer aux "sales Français", ou leur faire accepter, des pratiques et des coutumes qu'ils rejettent. De plus en plus nombreux sont ceux qui ne pensent pas avoir le même sens de l'appartenance nationale qu'une catégorie de la population ou se pratique le "nique la France" et le bras d'honneur brandi dès lors qu'on entend la Marseillaise. Tout le monde sait de quelle origine et de quelle confession sont les assassins de janvier et de novembre. Nul n'ignore non plus qui sont et comment s'appellent les milliers de djihadistes, dont de nombreux Français binationaux, amateurs de voyages en Syrie et en Irak. Et personne n'est assez bête pour croire que les plus de 8000 "radicalisés" dénombrés par les services de renseignements vont à la messe, à la synagogue, au temple ou dans les pagodes.

Les mots "déchéance de la nationalité" lancés par Hollande répondent donc, ou tentent de répondre, à l'attente de millions de gens qui savent ce qu'ils savent et qui ont besoin de l'entendre. Mais comme toujours avec le chef de l'Etat on est dans le subliminal, le chafouin et l'hypocrisie. Ce ne sont évidemment pas les binationaux franco-belges, franco-anglais ou franco-allemands qui sont visés, mais les binationaux franco-algériens, franco-marocains, franco-tunisiens. Mais comment le dire quand on est de gauche. La gauche, on le sait, ne stigmatise pas ! A droite même déni de la vérité. Qu'on soit pour ou contre la réforme les mots "Arabe" et "musulman" ne peuvent être prononcés. Car ils font partie de l'arsenal sémantique du Front National auquel la droite sage et bon genre ne veut pas être associée.

Reprenons ici une distinction maurassienne. Le pays légal se gargarise avec des demi-vérités qui sont autant de mensonges. Le pays réel lui fonctionne avec une vision au "faciès". On voit ce qu'on voit et on sait ce qu'on sait… Ce n'est pas très beau ? Certes. Mais pour que ça change il faudrait que les terroristes, les islamistes, les fanatiques s'appellent André, Jacques, Pierre et Paul. Et ça c'est pas demain la veille…

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