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Mettre le feu aux poudres aura donc été le sport préféré de Donald Trump pendant seize mois. Dès la fin du débat, les commentateurs américains ont oublié tous les éléments du débat auquel on venait d’assister pour se concentrer sur cette question.
Mettre le feu aux poudres aura donc été le sport préféré de Donald Trump pendant seize mois. Dès la fin du débat, les commentateurs américains ont oublié tous les éléments du débat auquel on venait d’assister pour se concentrer sur cette question.
©REUTERS/Rick Wilking

Et encore des points pour Hillary !

Débat présidentiel américain : Donald a fait du Trump, mais où cela mène-t-il ?

Sur le fond, on retiendra que Donald Trump a réitéré qu'il appuie fortement le deuxième amendement qui affirme le droit de porter ne arme aux États-Unis, alors qu’Hillary Clinton a insisté sur la nécessité d'imposer de nouvelles règles, car il en va –d’après elle– de la sécurité des Américains.

Jean-Eric Branaa

Jean-Eric Branaa

Jean-Eric Branaa est spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l’université Assas-Paris II. Il est chercheur au centre Thucydide. Il est notamment l'auteur de Hillary, une présidente des Etats-Unis (Eyrolles, 2015), Qui veut la peau du Parti républicain ? L’incroyable Donald Trump (Passy, 2016), Trumpland, portrait d'une Amérique divisée (Privat, 2017),  1968: Quand l'Amérique gronde (Privat, 2018), Et s’il gagnait encore ? (VA éditions, 2018), « Joe Biden : le 3e mandat de Barack Obama (VA éditions, 2019) et la biographie de Joe Biden (Nouveau Monde, 2020). Son dernier livre : Kamala Harris, L'Amérique du futur, aux éditions Nouveau monde (septembre 2021).

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C’était le troisième et ultime débat présidentiel entre Hillary Clinton et Donald Trump. Pendant la première demi-heure, on a assisté à un bon débat, dans lequel les sujets étaient abordés sur le fond et on avait (enfin) une confrontation de points de vue entre les deux candidats. Deux séries de propositions parfois très différentes, qui permettaient aux électeurs américains de se faire une idée plus précise de ce qui leur était offert en terme de choix. La soirée aurait pu être presque normale : mais, cela n’a pas duré. Avec Donald Trump, on persiste à l’oublier, rien ne finit vraiment comme on le pensait. Car soudain tout a volé en éclats sur une seule déclaration, ou plutôt sur une absence de déclaration : le républicain Donald Trump n'a pas voulu dire s'il allait reconnaître les résultats de l'élection du 8 novembre, quels qu'ils soient, même lorsque le modérateur Wallace a insisté pour obtenir cette concession, rappelant que c’était la position notamment de son colistier, Mike Pence, mais aussi de sa propre fille, Ivanka.

Mettre le feu aux poudres aura donc été le sport préféré de Donald Trump pendant seize mois. Dès la fin du débat, les commentateurs américains ont oublié tous les éléments du débat auquel on venait d’assister pour se concentrer sur cette question. Et, alors qu’on se demandait quelques heures plus tôt comment on allait occuper les vingt prochains et derniers jours de campagne, on avait notre réponse. « La démocratie américaine repose aussi sur l’idée d’une pacification nécessaire une fois que le peuple a parlé et il est alors temps de se réunir pour le bien du pays » a glissé Chris Wallace. Cette idée, reprise dès la fin de débat par tous les observateurs américains, sera très commentée dans les jours qui viennent. Sans nul doute, les modérés du Parti républicain se désespéreront encore plus devant les caméras de télévision, et n’en finiront pas de se demander comment un tel personnage a pu devenir leur candidat en cette funeste année 2016.

Car la crainte commence à vraiment grandir désormais que, le lendemain de ce 8 novembre, jour d’élections, soit un jour de colère pour une partie de l’électorat qui a fait du New-Yorkais son champion et qui défie le monde politique et tout ce qui leur semble appartenir à un système qui jouerait leur perte : les médias, la finance, les privilégiés de tous poils. Les immigrants, et les clandestins sont désignés comme les boucs émissaires par ce groupe et Donald Trump ne s’est jamais privé d’en faire des tonnes en parlant de leur situation. « Nous devons renforcer nos frontières » a-t-il affirmé dans ce débat.

Pour en rajouter dans un climat difficile, dans une volonté de dramatisation de la fin de campagne, Donald Trump a également répété que l'élection était « truquée », comme il le martèle depuis quelques jours. Répondant indirectement aux propos du président Obama qui l’accusait de « pleurnicher », il a précisé que l’élection est truquée simplement du fait que Hillary Clinton puisse se présenter – en évoquant très directement les emails très controversés de la candidate démocrate et ancienne secrétaire d'État. « Elle devrait être en prison » a-t-il répété à nouveau, comme lors du second débat, au risque de faire hurler à nouveau tous les modérés et de faire sortir de ses gongs le président des Etats-Unis en personne, qui avait estimé nécessaire de réagir sur ce point en soulignant qu’il s’agissait d’une attaque contre les principes démocratiques des Etats-Unis. C’est d’ailleurs ce qu’a immédiatement répliqué Hillary Clinton, accusant son rival de porter atteinte à la démocratie.

Le climat était donc lourd et tendu, même si, soulignons-le toutefois, Hillary Clinton et Donald Trump se sont montrés actifs et efficaces sur plusieurs enjeux, dont la règlementation des armes à feu, l'avortement et l'immigration. Les candidats ont donné le ton des 18 prochains jours, et chacun a attendu en retenant son souffle la poignée de main finale, qui n’est pas venue. Hilary Clinton s’est avancée vers Chris Wallace, sans jeter un coup d’œil à son opposant, qui attendait sagement son tour derrière son pupitre. Ce n’est que lorsqu’elle est descendue de l’estrade pour rejoindre le public et ses proches, qu’il est venu saluer le modérateur.

Sur le fond, on retiendra que Donald Trump a réitéré qu'il appuie fortement le deuxième amendement qui affirme le droit de porter ne arme aux États-Unis, alors qu’Hillary Clinton a insisté sur la nécessité d'imposer de nouvelles règles, car il en va –d’après elle– de la sécurité des Américains.

Les thèmes « classiques » dans une élection américaine sont revenus au centre de la discussion, comme celui de l'avortement. Pour Hillary Clinton, ce droit qui est prévu dans une décision de la Cour Suprême de 1973, l’arrêt Roe vs Wade, doit être protégé. Bien évidemment, le républicain a défendu l’option inverse, et il a fait connaître qu’il tenterait de revenir sur cette décision en veillant à ce que les nouveaux juges nommés à la Cour suprême partagent son avis sur ce sujet.

« Donald Trump est le pire choix qu'une femme et sa famille peuvent », a alors asséné Hillary Clinton. Ces thèmes sont la base de la campagne qu’a menée Donald Trump et on a alors constaté qu’il était plus à l’aise que lors des deux précédents débats. Plus agressif, plus vif et plus sûr de lui, il a abordé la question de l'immigration avec confiance. Bien évidemment, il a ainsi pu revenir sur sa plus célèbre proposition, celle de construire un mur à la frontière sud des Etats-Unis et d’accuser Hillary Clinton d’ouvrir grand les frontières. Il a, comme d’habitude, balayé les accusations que lui adresse Hillary « d’avoir exploité lui-même des travailleurs sans-papiers» pour la construction de ses hôtels.

Au début de ce débat, Donald Trump était déjà profondément impopulaire auprès de certains électeurs, pas seulement des Démocrates : en dépit d’une incontestable bonne prestation au cours de cette soirée, on peut douter que le jugement de ces électeurs qui le rejettent ait radicalement changé. Il a donc, encore une fois, réussi à placer une de ses petites phrases dont il a le secret et qui fait parler de parler encore et encore. Si son objectif était à nouveau d’occuper les premières pages des journaux, il est donc pleinement réussi. Cela devra sans nul doute ravir ses supporters. En revanche, cela ne changera rien à sa situation difficile dans les sondages et renforcera le fossé qui ne cesse de se creuser entre deux catégories d’Américains. La réconciliation ne sera pas facile.

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