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Pierre Moscovici s'est avéré incapable de défendre l'euro dans l'émission Mots Croisés.
Pierre Moscovici s'est avéré incapable de défendre l'euro dans l'émission Mots Croisés.
©Reuters

Inaudible

Débat Marine Le Pen / Pierre Moscovici : y a-t-il encore quelqu'un pour défendre l'euro ?

Yves Calvi a reçu hier lundi le ministre de l'Économie et des Finances Pierre Moscovici et la présidente du Front national Marine Le Pen dans son émission "Mots croisés" pour évoquer la situation économique de la France.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Hier lundi 3 février, l’émission mots croisés proposait sur France 2 un débat le ministre de l’Economie et des Finances, Pierre Moscovici et Marine Le Pen, présidente du Front National. Le cœur de la discussion, bien évidemment, reposait sur l’existence même de l’euro.

Il est assez clair que les partisans de l’euro ont passé une mauvaise soirée. Car la défense de la monnaie unique a été inexistante tout au long de ce débat. Malgré les attaques incessantes de Marine Le Pen, Le ministre n’a, à aucun moment pu convaincre. C’est ainsi que le premier argument avancé par Pierre Moscovici pour soutenir l’euro aura été de faire référence à l’avantage inestimable de ne plus avoir de bureaux de change.

De son côté, Marine Le Pen pouvait se contenter de dérouler le bilan économique, effectivement désastreux, de la zone euro au cours de ces dernières années, de ces derniers mois. Si le ministre s’était préparé convenablement, avait révisé ses gammes, le bilan aurait pu être différent. Mais non. Il est pénible de devoir constater, pour le simple intérêt du débat, que l’euro n’est même plus défendu. Le discours est inaudible.

Marine Le Pen, dans le rôle de l’opposante, parvenait sans mal à placer ses banderilles ; taux de chômage, dette, croissance nulle, destruction d’emploi industriels. Et pourtant, en se contentant de parler de « taux de change », de « dévaluation », Marine Le Pen révélait un malaise commun aux deux protagonistes : quel est le rôle effectif d’une monnaie ? Car une monnaie n’est pas qu’un taux de change, elle ne se réduit pas être un outil au service des exportations. La monnaie est l’outil économique le plus puissant au service du politique, non pas dans sa dimension « politique de change » mais bien dans son volet « politique monétaire ».

Quant au retour au Franc, lancé comme un slogan, aucune précision n’est apportée. Une banque centrale indépendante ? Pour quelle politique monétaire ? Quels gouverneurs ? Aucune de ces questions, qui sont pourtant les plus décisives dans la détermination d’une politique économique ne sera posée.

Le résumé de ce débat est ce sens assez critique. Aucun des deux protagonistes ne semblait capable de démontrer aux téléspectateurs le rôle de la monnaie. Deux visions antinomiques s’affrontaient, aussi contestable l’une que l’autre. Et pourtant, entre la béatitude et le refus, il existe un boulevard. Ce boulevard est précisément ce qu’aucun des deux débateurs ne semblait vouloir comprendre. L’euro n’est pas en cause en sa qualité de monnaie commune et en tant que socle fondateur de la construction européenne. L’euro est en cause en raison de son mode de gestion, c’est-à-dire en raison de la politique monétaire appliquée au sein même de la zone euro.

Voilà pourquoi l’incapacité du ministre des Finances à aller vers la complexité est une faute. Ce dernier s’est en effet contenté des habituelles accusations envers son opposante. Malgré le poids des années, rien n’y fait, le débat est anéanti par une posture de supériorité morale qui ne peut plus tenir aujourd’hui. Le public mérite un exposé de la question réelle, essentielle, sur la monnaie unique : l’euro doit-il être poursuivi dans sa forme actuelle, c’est-à-dire comme une monnaie qui ne se préoccupe que de la stabilité des prix ? Ou l’euro doit-il être une monnaie dont l’objectif monétaire serait la maitrise des prix mais également le plein emploi ? Ce qui revient à se poser la question suivante : le plein emploi est-il un objectif suffisamment louable pour être incorporé au mandat de la banque centrale européenne ? Au simple constat des chiffres du chômage de la zone euro, la réponse ne devrait pas susciter beaucoup de contestation. Mais de cela, il n’a pas été question.

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