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De quoi Cecil (le lion) est-il le nom ? De notre indifférence !
©Reuters

Compassion, émotion ?

De quoi Cecil (le lion) est-il le nom ? De notre indifférence !

Vous en avez tous entendu parler : impossible d'y échapper. Mais connaissez-vous le nom d'une seule fillette érythréenne morte en mer ?

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Le lion est mort. Ce n'est pas le titre d'une chanson d'Henri Salvador. C'est un événement planétaire ! Il y a quelques semaines encore vous ne saviez rien de Cecil. Maintenant vous le pleurez, comme la Terre entière : un ami, un proche, un membre de la famille a disparu. Cecil c'est Simba du Roi Lion, que nous avons tant aimé.

De plus celui qui l'a tué, celui que des millions de gens désignent sous le vocable d'assassin, est un coupable parfait. Un chasseur riche et con. Ce n'est qui n'est quand même pas suffisant pour le haïr vraiment. Mais il est blanc et américain. Des caractéristiques indispensables pour noircir définitivement son portrait.

Les photos de Cecil et de son tueur ont fait le tour du monde. Internet sert à ça. Et quelques millions de clics suffisent à faire du pauvre félin une attendrissante et émouvante victime. Quant au chasseur, bénéficiant de la même notoriété mais en noir, on ne voit pas où, tant son image est connue, il pourrait se déplacer sans se faire lyncher.

Nous vivons à l'ère du vide. A l'ère de la totale et voulue "transparence démocratique". Une époque où l'information ne devient une information que si elle est reprise en boucle sur la toile. Une dictature de l'instantané qui du Net remonte jusqu'aux grands médias. Ces derniers, par paresse où par veulerie s'inclinent. "Faut faire un truc là-dessus, tout le monde en parle !"

Ce "tout le monde" c'est personne. Rigoureusement personne. Des objets non-pensants et non identifiés. Ils se contentent d'une image, d'une phrase, d'un mot. Un lion c'est merveilleusement symbolique et consensuel. Mais sans sa photo il n'existerait quand même pas. Ils sont des millions, des êtres humains pas des fauves, à mourir anonymes car aucune image n'est venue incarner leur souffrance et satisfaire le voyeurisme de l'internaute moyen. 500 000 femmes violées en République démocratique du Congo…Juste un chiffre. Inintéressant donc. On en parle sur le Net ? Des millions d'Africains, y compris ceux du Zimbabwe, la terre natale de Cecil, sous-alimentés, malades. Encore un chiffre, rien qu'un chiffre. On en parle sur le Net ?

Peut-être que s'il y avait une image, une belle image, d'un enfant Africain ? Ou alors celle du corps d'une petite Erythréenne échoué sur les rivages de Sicile ? Alors oui là sans doute on en parlerait. Le camp des voyeurs est immense : des millions de clics et toute la planète pleurerait pour la petite Erythréenne.

Et même de ça on ne peut être entièrement sûr. Car un lion c'est unique et incomparable : un animal rare et protégé. Tel n'est pas le cas d'un Africain qui n'est ni rare (il y en a tellement plus que des lions) ni protégé. Bien sûr ce n'est vraiment pas bien de tuer un lion.

Mais quand la vague compassionnelle devient un raz-de-marée amplifié par les réseaux sociaux il est permis de se poser des questions sur l'abêtissement émotionnel de ceux qui ont pris le deuil pour Cecil. On peut être sensible au sort des animaux. Quand cette sensibilité s'accompagne d'une abyssale indifférence à la mort d'êtres humains on a très envie de se détourner des écrans devenus une déchetterie universelle. 

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