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De la gouvernance française aux risques géopolitiques : les 3 déceptions économiques de 2014
©Reuters

L'Édito de Jean-Marc Sylvestre

De la gouvernance française aux risques géopolitiques : les 3 déceptions économiques de 2014

Le bilan économique de 2014 a deux caractéristiques. Il est assez décevant et souligne clairement les ratages de la gouvernance française et de l’Europe.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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L’année économique 2014 ne restera pas dans l’histoire du monde comme un grand cru et marquera certainement le décrochage de l’Europe toute entière, et plus particulièrement de la France. La France a sans doute, cette année, perdu son rang de grande puissance mondiale par sa seule faute.

1e déception, la croissance mondiale est bien inférieure à ce que l’on avait prévu et attendu. Partout dans le monde, l’activité a été moins rapide que souhaité pour s’installer sur un trend de développement qui aurait permis au monde entier de progresser et de répondre aux besoins des populations. Dans tous les pays émergents, l’activité a été molle. En Asie, en Amérique du Sud, en Russie, au Japon et même en Afrique. Ne parlons pas de l’Europe qui termine l’année complètement plantée, avec une croissance zéro et un chômage moyen supérieur à 10%.

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Le seul pays dans le monde qui a retrouvé une croissance forte, ce sont les États-Unis. Près de 5% de croissance : c’est indiscutablement exceptionnel pour un pays mature. Les explications sont nombreuses : une politique monétaire accommodante, une énergie pétrolière dont les prix se sont effondrés, une industrie organisée pour générer une offre renouvelée en permanence, une révolution digitale qui donne le tempo au monde entier, une industrie de la défense qui lui permet d’injecter des milliards de dollars dans une économie privée.

Mais les États-Unis ont surtout trois avantages sur les autres grandes démocraties. D’abord, ils sont très décentralisés au niveau du marché. Avec un interventionnisme d’État minimum. Ensuite, ils ont une très grande flexibilité du travail qui leur permet de s’adapter très rapidement aux fluctuations de l’activité. Enfin, les Américains sont très endettés à titre privé. La dette est le plus souvent titrée, c’est-à-dire revendue à des tiers qui n’en demandent jamais le remboursement pourvu qu’elle soit libellée en dollar. En clair, c’est le reste du monde qui paie les dettes américaines.

Le déficit de croissance du Japon et de l’Europe prouve, à contrario, que ces deux zones géographiques ont des problèmes structurels très graves. Notamment au niveau de leurs organisations administratives et du droit du travail. D’où le chômage en Europe.

2e déception, le retour des risques géopolitiques. Ce n’est pas le retour au Moyen Âge mais, curieusement à l’ère du digital, ça lui ressemble. Le monde est désormais en risque de déséquilibre lié à la remontée des guerres de religion qui sont de véritables guerres de civilisation. L’Islam d’un côté, l’Occident de l’autre. A cela, s’accompagne une guerre des prix au niveau des énergies et des matières premières.

En dépit de la demande qui est considérable, l’offre de pétrole, par exemple, ne cesse de s’accroitre, entrainant un effondrement des prix. Cela prouve que sur les grandes matières premières et contrairement à ce que l’on craignait, ce n’est pas la rareté qui nous guette. C’est plutôt une forme relative d’abondance. Une chose est certaine : c’est désormais l’offre qui fait les prix, pas la demande. Idem dans l’industrie. La croissance dépend de l’offre.  

3e déception, l’Europe apparait comme le continent malade de la planète.
Pas de croissance, donc du chômage et des risques politiques et sociaux extrêmement sérieux. Étant incapable de s’organiser au sein d’un espace solidaire, l’Europe apparaît comme un ensemble assez hétéroclite où chacun se tient par la barbichette monétaire mais court dans tous les sens. L’orchestre joue faux, sans partitions ni instruments accordés entre eux. L’Europe n’a ni partition, ni chef d’orchestre.

La France est aujourd’hui le maillon faible de cet attelage improbable. Et pourtant, ses fondamentaux sont bons. La monnaie a été dévaluée de 40 % en 6 mois, les prix n’ont pas augmentés, le coût de l’argent est faible et celui du pétrole baisse très vite. Pourtant, la France ne décolle pas. La France est une caricature de rigidité sociale et administrative. Tant qu’un gouvernement français ne sera pas capable de faire admettre à l’opinion publique qu’il faut changer d’habitude et de train de vie pour en adopter d’autres, la France ne reviendra pas à son rang de grande puissance mondiale.

C’est incroyable, mais peu probable. Incroyable parce que les atouts sont considérables. Peu probable parce que les gouvernants politiques n’ont pas le courage de changer.

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