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"Mais comment les renseignements anti-terroristes pourraient-ils être sûrs de qui va passer à l'acte ?"
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"Mais comment les renseignements anti-terroristes pourraient-ils être sûrs de qui va passer à l'acte ?"

Le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, a estimé jeudi qu'il fallait "faire la clarté" sur une éventuelle faille des services de renseignement dans la surveillance de Mohamed Merah...

Jean-Pierre  Pochon

Jean-Pierre Pochon

Jean-Pierre Pochon a occupé de hautes responsabilités dans les services de renseignements (RG, DST, DGSE).

En mai 2008, il a fait paraître, aux éditions des EquateursLes stores rouges.

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Atlantico : Que pensez-vous de la phrase d’Alain Juppé qui a estimé qu’il « fallait faire la lumière sur une éventuelle faille des services de renseignements » dans la surveillance de Mohammed Merah ?

Jean-Pierre Pochon : Je suis très surpris qu’un ministre des Affaires étrangères qui ne traite pas du renseignement, mais d’informations diplomatiques, porte un jugement qualitatif sur un mode de fonctionnement des services de renseignements. J’aurais préféré entendre sur ce sujet, un ministre de l’Intérieur ou le ministre de la défense, au sujet de la défaillance éventuelle - ce à quoi je ne crois pas du tout. Arrêtons de confondre l’information diplomatique et le renseignement antiterroriste.

Aurait-on dû arrêter Mohammed Merah avant ?

C’est purement théorique et inconcevable en termes de renseignements. Prenez deux affaires bien connues : l’affaire de Tarnac et celle du chercheur Adlène Hicheur. Deux affaires dans lesquelles,  pour la première, on avait un certain nombre d’éléments (confirmés ou non en justice) pour finalement crier à la manipulation. Pour celle qui concerne ce chercheur d’origine algérienne qui surfait sur internet et prenait contact avec des membres d’Aqmi en prétendant vouloir faire une opération sur un bataillon de chasseurs alpins (jugé dans quelques jours). On considère qu’on en a trop fait car c’était purement virtuel. Et voilà que pour un garçon qui était parti dans des zones tout à fait particulières, il eut fallu l’arrêter avant ! Mais où est le curseur ?

L’expérience que j’ai eue du travail de lutte anti-terroriste qui a toujours été le mien dans les services de renseignements font que je me sens abasourdi par ce genre de questions ! Cela me rappelle ces gens opposés à la garde-à-vue et qui, quand ils sont victimes d’un larcin, sont prêts à faire attacher les suspects au radiateur avant de vouloir les faire comparaitre en cour d’assises ou en correctionnelle !

On doit garder raison. Nous sommes en démocratie. Qu’on se pose des questions est normal. Mais mon point de vue est simple. Je n’ai pas accès au dossier, mais le travail a été bien fait. Merah a été interrogé. A chaque fois que des gens partaient à l’étranger, ce fut souvent le cas en 2003, 2004, 2005, sur les filières djihadistes qui partaient en Irak pour servir de chair à canon, au Yémen ou dans les madrasas en Egypte : ils étaient interrogés. Mais que faire quand certains rentrent et vous disent qu’ils sont allés apprendre le Coran ou l’arabe, et que vous n’avez aucun élément…

C’est d’autant plus difficile que même, son avocat maître Christian Etelin, compare ce garçon à un agneau... Lui qui l’a approché et était en contact avec lui depuis des années, n’avait rien vu ! Mais les services de renseignements, qui ne peuvent pas exercer une surveillance 24h sur 24h, auraient dû le voir, sous prétexte qu’il serait seulement rentré d’une zone particulière ?

Alors on ne peut pas « suivre » les individus suspects ?

Non, le travail des services a permis de retrouver rapidement l’individu en recoupant son passé de petite frappe et son cheminement classique : des individus emprisonnés pour des délits de droit commun qui sont déstructurés et qui pensent se restructurer dans la voie religieuse…

Mais on ne peut pas savoir si les individus vont évoluer et s’ils seront susceptibles de passer à l’acte. On ne pouvait pas intervenir sur cet individu simplement parce que c’était une petite frappe et que la convergence de tous ces éléments pouvait le conduire au pire. Même en le suivant chez lui 24 heures sur 24, il aurait fait son train-train sans attirer l’attention. C’est un loup solitaire qui a décidé seul de se radicaliser. Il aurait vraiment fallu avoir beaucoup de chance pour l’arrêter avant.

Y aurait-il trop de cas à « suivre » ?

Imaginez qu’on mette sur écoute téléphonique tous ceux qui partent dans les pays un peu sensibles comme le Yémen, simplement parce qu’ils auraient pu y rencontrer des gens… Là, ça ne serait plus une démocratie mais un régime totalitaire. Ceux qui râlent aujourd’hui parce qu’on n’en aurait pas fait assez sont ceux qui criaient hier « halte à l’amalgame ! ». Le renseignement dans l’antiterrorisme est très difficile car on doit distinguer s’il y aura passage à l’acte. Donc on ne suit pas, on « catalogue ». 

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