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Davos, Macron & Trump : le match des discours sur la mondialisation (et surtout celui de l’adéquation entre les paroles et les actes)
©MIGUEL MEDINA / AFP

Faits et gestes

Davos, Macron & Trump : le match des discours sur la mondialisation (et surtout celui de l’adéquation entre les paroles et les actes)

Emmanuel Macron et Donald Trump ont prononcé les deux discours les plus suivis lors du forum économique mondial de Davos, avec des perceptions différentes de la globalisation : mondialisation heureuse pour le président français et volonté protectionniste pour son homologue américain.

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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Atlantico : Emmanuel Macron et Donald Trump ont prononcé les deux discours les plus suivis lors de cette semaine de forum économique mondial de Davos. Chacun proposant sa propre perception, et sa propre approche de la mondialisation. Dans quelle mesure, dans le discours du moins, les deux hommes sont ceux qui prennent le mieux en compte les vices de la mondialisation ? 

Edouard Husson : Emmanuel Macron et Donald Trump n’auraient pas pu prononcer des discours plus différents. D’un côté, le président français a livré un exposé assez « intellectuel », sur les réformes menées pour adapter le pays à la mondialisation et sur une évolution des modalités de la mondialisation. De l’autre, le président américain a voulu faire passer un message très simple: le succès de la mondialisation repose sur l’attractivité des nations; et il affirme que les Etats-Unis sont redevenus la nation la plus attractive au monde. On sent bien aux discours introductifs de Klaus Schwab que les organisateurs du Forum veulent mettre en avant le président français alors qu’ils doivent vivre avec la présence du président américain. Mais on peut se demander au bout du compte si le discours de l’entrepreneur Trump n’a pas été plus effricace que celui du haut fonctionnaire Macron. Le président français, fidèle à lui-même, argumente sur le mode balancé du « en même temps »: la France est en train de s’adapter à la mondialisation; en même temps tout n’est pas bon dans la mondialisation ; tandis que le président américain a un message beaucoup plus simple: tout ce qui ne va pas dans le monde vient de ce que les nations souveraines ne sont plus le fondement de l’ordre international; il faut retrouver les grands équilibres entre les nations. 

Alors qu'Emmanuel Macron est perçu comme le représentant d'une mondialisation heureuse et du multilatéralisme, Donald Trump s'approprie l'image du trouble fête, du protectionnisme et du bilatéralisme. Cependant, en se débarrassant des discours et des a priori, les politiques menées sont-elles si différentes ?

Oui, les politiques menées sont extrêmement différentes. Il faut y insister. D’abord parce que les Etats-Unis sont une nation souveraine; tandis que la France, membre de l’Union Européenne, n’est plus maîtresse de ses décisions dans un certain nombre de secteurs, à commencer par la monnaie. Ensuite, comparées à la réforme fiscale de Trump, les réformes économiques de Macron apparaissent souvent bien timides. Il est peu probable que le rôle de l’Etat dans l’économie française aura beaucoup diminué à la fin du quinquennat de Macron. Alors que Trump, comme Reagan, préside à une nouvelle « révolution conservatrice », fondée sur la dérégulation, la lutte contre la bureaucratie, l’appel aux capitaux étrangers etc.... Il est une différence fondamentale entre Trump et Reagan, elle concerne le commerce: Reagan n’avait jamais mis en cause le libre-échangisme de ses successurs, au contraire. Alors que Trump , vous avez raison de le souligner, entend substituer le bilatéralisme au multilatéralisme en termes de traités commerciaux. Trump est d’abord un entrepreneur; il se propose de faire venir ou revenir les entreprises aux Etats-Unis; ensuite, l’Etat ne s’en mêlera plus, ce sera à la communauté des affaires de réussir. Alors qu’Emmanuel Macron est un brillant produit de l’Ecole Nationale d’Administration qui, au fond, juge l’Etat indispensable pour faire aboutir la politique économique. Les deux hommes se prennent en permanence à contrepied: comme Reagan, Trump entend relancer l’effort de défense. Alors qu’Emmanuel Macron, pris dans les contraintes du pacte de stabilité, peinera à maintenir l’appareil militaire français en bon état. 

Quels sont les risques, pour l'un et pour l'autre de faire diverger trop largement leurs discours et leurs actes, notamment auprès des populations qui sont elles mêmes "victimes" de la mondialisation ? 

Les risques diffèrent pour les deux présidents. Donald Trump a peu de temps pour réussir: il n’est pas sûr de garder sa majorité au Congrès aux élections de l’automne prochain. La question de la réélection à la Maison Blanche se posera dès la fin 2019, soit dans dix-huit mois. Le risque que court Emmanuel Macron est différent: il aura beau déployer une énergie phénoménale pour mettre en oeuvre ses réformes, il est à la merci d’une hausse de l’euro, qui anéantirait tout l’effet des politiques mises en oeuvre. Les choses sont en apparence plus simples pour Donald Trump. La croissance américaine va-t-elle repartir sous l’effet de la réforme fiscale en particulier? Quel sera l’impact des nouveaux accords commerciaux bilatéraux? Les électeurs de Trump reconnaîtront-ils en 2020 l’homme de la camapgne de 2016? Notons enfin que les deux hommes font des choix très différents: Macron assimile largement la défense de la nation à la peur de la mondialisation; alors que Trump - comme Theresa May - fait de la défense de la nation un préalable à la réussite dans la mondialisation. En fait, Trump a un obstacle principal à surmonter, la perte de confiance dans le dollar. La Chine, la Russie, l’Iran essaient de sortir du système de l’étalon-dollar. C’est d’ailleurs la raison principale du retour de la politique étrangère hostile à l’Iran et favorable à l’Arabie saoudite: s’appuyer sur un pays qui soutient le dollar et mettre sous pression un pays qui voudrait voir émerger un autre système monétaire. Le discours de Trump à Davos comportait un message principal: venez investir aux Etats-Unis! Il s’agit de rendre sa robustesse au dollar. 

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