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D'humeur baroque et déjanté, Jean-Marie Le Pen osait tout pour ses fêtes à Montretout... même le 21 avrill 2002
©Reuters

Bonnes feuilles

D'humeur baroque et déjanté, Jean-Marie Le Pen osait tout pour ses fêtes à Montretout... même le 21 avrill 2002

Un nom : Le Pen. Un lieu : Montretout. C'est là, dans les 430 m2 de cet hôtel particulier niché sur les hauteurs de Saint-Cloud, que le clan se déchire et se réconcilie depuis quarante ans. Jean-Marie Le Pen ne vit plus dans cette vieille demeure mal entretenue, qui, la nuit tombée, prend des allures de château hanté. Mais il y a conservé ses bureaux et y mijote encore quelques mauvais coups ... Extrait de "Dans l'enfer de Montretout" d'Olivier Beaumont, aux Editions Flammarion (1/2).

Olivier Beaumont

Olivier Beaumont

Olivier Beaumont est grand reporter au Parisien-Aujourd'hui en France, où il couvre la droite et l'extrême droite.

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Jean-Marie Le Pen a toujours cultivé et apprécié l’esprit baroque, voire un brin déjanté, de ces fêtes. Comme la fois où il fait venir cinquante mètres de saucisses pour ses invités, à la fin des années 2000.

Quelques années auparavant, il offre une soirée dédiée aux cinq continents. Ambiance world food – pas très orthodoxe pour une soirée au FN… –, avec un buffet pour chacun d’entre eux. « C’était un voyage à travers le monde, mais dans les jardins de Montretout. Il y avait de la nourriture asiatique, américaine, nord-africaine… Tout simplement dingue. Les gens se jetaient sur les plateaux pour essayer de goûter à tout », raconte Catherine, une vieille amie du couple Jany/Jean-Marie. En 2003, le Menhir fait apparaître un gigantesque gâteau en chocolat de deux mètres sur deux pour son anniversaire. Au moins trois cents parts, avec sur chacune un petit drapeau tricolore que les dames aux poitrines généreuses s’empressent de coincer dans leur décolleté.

En juin 1984, Le Pen s’offre, trois jours avant son anniversaire, un autre sacré cadeau : sa liste Front d’opposition nationale pour l’Europe des patries recueille 10,95 % des suffrages aux élections européennes et termine en quatrième position. Ce qui lui permet de faire entrer dix élus FN au Parlement européen. Une première historique pour le parti.

Pour fêter ce succès, il organise à Montretout une soirée où chacun de ses députés européens reçoit une écharpe bleu ciel avec une grosse étoile dorée, que tous arborent dans les jardins. Pour l’occasion, on boit, on chante. « Les filles, et particulièrement Marine, ont même dansé le rock avec leur père jusqu’au petit matin. »

Lorsqu’il reçoit, Le Pen ne compte pas. Ou presque pas. Un ancien cadre mégrétiste se souvient d’une année où « le champagne coulait abondamment, avec, dans un coin, une grande affiche de la marque servie et un stand pour en commander ».

Le producteur était d’ailleurs là pour en faire lui-même la promotion. « En lui assurant une pareille publicité, Le Pen a dû avoir une bonne ristourne…»

Un lieutenant de Marine Le Pen évoque de son côté les Européennes de juin 2004 : « Il avait mutualisé les coûts en demandant que la location du chapiteau s’étende sur quinze jours. De manière à y organiser la soirée électorale, puis son anniversaire. La facture a ainsi pu être intégrée dans les frais de campagne, et il a été remboursé de la moitié…»

C’est que Montretout a aussi été le cadre de nombreuses soirées électorales, notamment un certain soir de second tour d’élection présidentielle.

Le 5 mai 2002, le président du Front national se retrouve en effet face à son ennemi de toujours, Jacques Chirac. Le Pen au second tour, c’est une première. La France est abasourdie. Quinze jours plus tôt, l’onde de choc du 21 avril, puis des manifestations dans tout le pays pour dire « Non, le FN ne passera pas », et la classe politique unie derrière le front républicain, ont frappé l’opinion.

« Il savait que c’était cramé, qu’il n’avait aucune chance. Mais il avait quand même tenu à organiser une soirée à Montretout », se souvient Arnaud Stephan, collaborateur de Marion Maréchal-Le Pen, à l’époque membre de la cellule « Idées-image » chargée de dépoussiérer l’image du vieux chef. « Toute la presse était là, il faisait beau et on se baladait dans le jardin. C’était un peu fou : ça tenait à la fois du baptême, de la veillée funéraire et de la soirée électorale. Il ne connaissait pas encore l’ampleur du score, mais il n’en avait plus rien à foutre. »

Extrait de "Dans l'enfer de Montretout" d'Olivier Beaumont, aux Editions Flammarion.

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