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Conférence de presse de rentrée

Croissance fantôme : et François Hollande confirma dans l’indifférence générale l’erreur de diagnostic économique majeure de son quinquennat

Malgré l’absence totale de résultats sur le front économique depuis le début du quinquennat de François Hollande, le Président ne change rien. A 18 mois de la fin de son mandat, les dés sont jetés, et plus rien ne semble pouvoir être mis en œuvre.

Ce lundi 7 septembre, François Hollande effectuait sa grande rentrée politique par le biais de sa sixième conférence de presse semestrielle du quinquennat. La crise des réfugiés en fut évidemment le thème majeur, mais le délaissement des questions économiques aura été spectaculaire. La problématique d’une France sans croissance, au taux de chômage record, enfermée dans une politique économique européenne qui ne produit que peu de résultats, elle-même soumise à un contexte macroéconomique international changeant, n’aura été abordée que par le plus petit des côtés.

En effet, en se contentant de réaffirmer des annonces précédentes, François Hollande vient d’enterrer définitivement toute ambition forte de réorientation économique. A 18 mois de l’échéance présidentielle, les dés sont désormais jetés. Le Président se contentera des actions déjà entreprises, et dont la tête de proue est le pacte de responsabilité. La promesse de baisse d’impôts pour l’année 2016, ne peut, à juste titre, figurer au rang des mesures capables d’influer sur le cours de l’économie française. Une baisse de 2 milliards d’euros, soit 0.09% du PIB du pays, ne peut prétendre à une telle ambition.

Tout au plus, la poursuite de l’orientation sociale-libérale du gouvernement aura permis d’introduire la prochaine réforme du code du travail. Après la loi Macron, le CICE, ou encore le pacte de responsabilité, la mise en place progressive d’une politique de l’offre a bien fait son chemin à la Présidence. L’amélioration progressive du potentiel de croissance du pays en est l’objectif. Après des années, ou des décennies de réticence, cette approche est privilégiée par le pouvoir, et maintenant, plutôt acceptée au sein même du parti socialiste. Manuel Valls et Emmanuel Macron en auront été les principaux instigateurs.

La grande ironie de l’histoire est que le Parti socialiste en est venu à se convertir à la politique de l’offre au moment même où le pays est confronté à sa plus grande crise de la demande depuis les années 30. Non pas que les politiques de l’offre doivent être délaissées, mais l’absence de soutien à la demande condamne le Président aux résultats actuels de son quinquennat. 0.2% de croissance pour l’année 2012, 0.7% pour l’année 2013, 0.2% pour l’année 2014, et une perspective de 1% pour cette année 2015. Un niveau d’activité économique qui a eu pour conséquence de voir le nombre de chômeurs progresser de plus de 628 000 personnes depuis le mois de mai 2012, en catégorie A. Ou de 1.173 millions toutes catégories confondues. Dans le même temps, le niveau de dette publique est passé de 90 à 97.5% du PIB.

Pourtant, pour identifier la véritable nature de cette crise qui frappe le pays depuis 2008, il suffisait de se référer aux chiffres. Alors que la France bénéficiait d’un niveau de croissance de la « demande » (c’est-à-dire la somme de la croissance et de l’inflation, soit le PIB nominal ; celui dont l’inflation n’est pas encore retranchée) de 4% sur un rythme annuel entre 1997 et 2007, cette dernière a totalement décroché depuis lors. Ce qui peut s’observer dans le graphique ci-dessous, mettant en évidence le différentiel entre la tendance de l’économie pré-crise et la réalité du niveau d’activité actuel du pays :

 

PIB nominal (ou demande) France – 1997-2015 (bleu). Et Tendance pré-crise 97-2007 (noir)  Données trimestrielles INSEE. En milliards d’euros

 

Ce déficit de la « demande » dépasse aujourd’hui 20% du PIB du pays, un déficit qui  peut se diviser équitablement en deux, entre croissance et hausse des prix. Il s’agit du potentiel économique du pays qui a été « gâché » par la crise. Et cette perte de croissance est aussi bien la cause de la hausse du niveau de chômage, de l’accroissement des déficits que de l’explosion du niveau de dettes de la France. Et c’est ce que le pouvoir Présidentiel n’a pas vu, ou qu’il s’est résigné à ne pas voir. Si le virage de l’offre pris François Hollande, en janvier 2014, permet d’améliorer le potentiel économique du pays, il reste à noter que ce même potentiel n’a pas été atteint depuis 7 ans, en raison du gouffre qui caractérise le niveau de « demande ».

 

Car pour faire face à une telle situation, l’ambition politique ne peut se résumer aux mesures déployées depuis le début de ce quinquennat. Seule une forte réorientation de la politique économique européenne est à même de permettre une résolution de crise. Remise à plat du traité de Maastricht, réorientation du mandat de la Banque centrale européenne vers un objectif de plein emploi, qui seul permettra de restaurer le niveau de la « demande » à son plein potentiel, mise en place d’un système bancaire, voir fiscal, unifié, sont autant de projets qui n’ont jamais fait partie de l’agenda présidentiel.

Alors que le dossier grec a occupait le terrain depuis 6 mois, et que celui-ci révélait au grand jour l’ensemble de ces problématiques européennes, celui-ci n’a même pas été évoqué lors de cette conférence de presse. Alors que la crise chinoise, ou l’affermissement de la politique monétaire américaine occupent le devant de la scène économique depuis plusieurs semaines, ces questions ont été évacuées lors de la dernière question posée au Président. La réponse fut sommaire et expéditive. De simples rappels au plan Juncker, à la confiance dans le pouvoir chinois, ou à la politique menée par Mario Draghi à la tête de la Banque centrale européenne.

En agissant ainsi, François Hollande restreint le débat économique français à peu de choses. Comme si le contexte macroéconomique dépendait du sens du vent, et non des choix politiques de l’ensemble européen. En agissant ainsi, François Hollande conforte l’idée d’une vision cyclique de l’économie, celle-ci avancerait par vagues sur lesquelles le pouvoir politique ne peut rien, en croisant les doigts pour que la vague 2017 soit favorable. 

 

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