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Crise financière : trading à haute fréquence, produits dérivés & cie, comment les banques ont perfectionné les techniques qui accroissent le danger
©Reuters

2008 et alors ?

Crise financière : trading à haute fréquence, produits dérivés & cie, comment les banques ont perfectionné les techniques qui accroissent le danger

Apparues depuis 2008, le trading à haute fréquence et l'algo trading amplifient des mouvements de marché sérieusement menacés.

Antoine Brunet

Antoine Brunet

Antoine Brunet est économiste et président d’AB Marchés.

Il est l'auteur de La visée hégémonique de la Chine (avec Jean-Paul Guichard, L’Harmattan, 2011).

 

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Chacun se souvient de la période 2007/2008 au cours de laquelle on commença par subir une crise bancaire et financière avant de se rendre compte que cette crise bancaire et financière s’était accompagnée d’une récession majeure dans les pays industrialisés (croissance zéro du PIB mondial en 2009) ; sans qu’il soit possible de discriminer si c’est la fin du cycle conjoncturel des pays développés qui précipita et amplifia l’éclosion de la crise bancaire et financière ou bien si c’est un apurement soudain des excès bancaires et financiers antérieurs qui précipita et amplifia la récession des pays industrialisés.

Huit ans plus tard, on observe à nouveau de très sérieux signaux globaux de détérioration de la conjoncture mondiale : effondrement historique du prix de la plupart des matières premières (environ -65% par rapport à leurs points hauts antérieurs) ; effondrement du prix du fret maritime ; stagnation prolongée du commerce international en volume ; panne, généralisée et prolongée, de l’investissement industriel et minier ; retournement à la baisse des ventes et des résultats des sociétés cotées américaines.

Et cela s’articule avec d’autres évolutions préoccupantes, pays par pays, zone par zone : la Chine (18% du PIB mondial) est dans un ralentissement majeur et continu (de 9,5% en 2011 à 4% en 2015 selon notre estimation) ; deux grands pays, la Russie et le Brésil, ont déjà subi deux années de récession marquée ; quelques grands pays sont déstabilisés, à un titre ou à un autre, comme le Venezuela, l’Argentine, la Turquie, le Kazakhstan, l’Afrique du sud ou l’Ukraine ; le Japon et les pays européens, en dépit même d’une forte dépréciation de leurs monnaies contre dollar  et de taux d’intérêt maintenus proches de zéro, n’ont toujours pas amorcé une vraie reprise ; enfin la conjoncture des Etats-Unis inquiète tous les observateurs un peu sérieux (la Federal Reserve d’Atlanta s’attend à une croissance du PIB limitée à 0,2% entre le troisième et le quatrième trimestre 2015).

Cela s’articule aussi avec une crainte majeure des investisseurs : si la conjoncture en Chine échappe au contrôle de Pékin pour continuer à s’affaiblir, le Parti Communiste Chinois risque fort de décider une dépréciation du yuan plus significative : à ses yeux, cela présenterait le mérite d’accentuer la progression des exportations de la Chine et de soutenir la croissance de son PIB. Aux yeux des investisseurs, il n’en va pas du tout de même : une nouvelle dépréciation du yuan déstabiliserait davantage encore l’économie du reste du monde (pays développés comme pays exportateurs de matières premières).

Déjà, le marché boursier mondial a commencé à réagir à cette accumulation d’adversités ; il est désormais admis qu’au niveau mondial, nous sommes déjà entrés dans un bear market (recul de plus de 20% depuis le point haut récent).

Le marché mondial des obligations d’entreprises a lui aussi déjà commencé à réagir : les spreads de crédit (écarts entre rendement des obligations d’entreprises et rendement des obligations d’Etat) se sont déjà beaucoup accrus, signe que les investisseurs se montrent désormais plus réticents au risque.

En 2008, les évolutions de marché violentes et délétères auxquelles on assista tenaient en partie à la présence aux Etats-Unis de mécaniques de marché qui vinrent amplifier considérablement le comportement cyclique normal des marchés d’actions et d’obligations à l’approche d’une récession cyclique.

Tentons de les énumérer :

  • La titrisation des créances et les CDO ;
  • Les filiales ad hoc des banques constituées pour y loger une partie des CDO émis ;
  • Une complaisance avérée des agences de rating dans la notation des CDOs ;
  • Un financement excessif des ménages subprime, (particulièrement de leurs achats immobiliers) ;
  • Un marché des CDS (Credit Default Swaps) qui n’était pas du tout régulé et qui introduisit une fausse assurance de sécurité pour les créanciers, ce qui obligea les pouvoirs publics à assurer en catastrophe un immense sauvetage financier de AIG lorsqu’il s’avéra qu’elle était la principale contrepartie aux souscripteurs de CDS….
  • Une notion répandue par les autorités américaines selon laquelle les grosses institutions ne pouvaient pas faire faillite (elles étaient "too big to fail"), ce qui introduisit chez les investisseurs un sentiment de sécurité qui s’avéra injustifié après la faillite de Lehman Brothers.

Où en est-on de ce point de vue en 2016 ? Peut-on espérer que cette fois on n’assistera plus à des dysfonctionnements de marché qui amplifieraient inutilement et coûteusement les mouvements des marchés ?

Quelques progrès ont été réalisés : la titrisation et les CDO ont assez largement disparu, de même que les filiales ad hoc dans lesquelles elles venaient souvent se loger.

Il est difficile de dire aujourd’hui si les agences de rating sont à nouveau complaisantes. On n’a pas entendu de dénotations importantes dans le secteur de l’énergie alors que l’on sait que ce secteur est sinistré depuis qu’il subit un effondrement du prix du pétrole et du gaz naturel qu’il n’avait manifestement pas anticipé. Surtout, les annonces qui avaient été lancées début 2009 visant à rendre plus nombreuses et plus concurrentes les agences de rating ne se sont pas concrétisées. On en reste toujours aux trois seules agences de rating qui étaient présentes en 2008. (Lire aussi : Tous aux abris face à la crise qui vient ? Pourquoi le "plus jamais ça" de l'après-désastre financier de 2008 s'est transformé en mini-réformes préventives)

Si les banques et les fonds semblent avoir mémorisé la leçon en matière de crédits immobiliers accordés aux ménages subprime, il semble qu’il n’en va pas de même en ce qui concerne les crédits automobiles qu’ils consentent aux ménages : on parle actuellement de financements aux Etats-Unis à 78 mois pour l’achat de véhicules neufs ou de véhicules d’occasion…

Le marché des CDS, quant à lui, reste toujours aussi peu contrôlé. Il s’agit d’un marché qui reste très opaque ; ce marché reste un marché de gré à gré. On peut craindre, aujourd’hui encore, que, le moment venu, les assurés (ceux qui s’assurent contre le risque de défaut de leurs débiteurs) trouvent en face d’eux un assureur qui n’a pas la surface financière suffisante pour honorer l’assurance qu’il a antérieurement donnée….

Enfin en matière d’institutions "too big to fail", les autorités américaines ont après 2008 multiplié les annonces selon lesquelles ce concept était abandonné et selon lesquelles les grandes institutions devaient désormais se protéger elles-mêmes par une augmentation de leur ratio "Fonds propres/Engagements". Mais désormais, un autre doute s’est infiltré : en cas d’un remake de 2008, les autorités pourraient rester les bras croisés alors même que les ratios de fonds propres s’avéreraient insuffisants pour que les grandes institutions puissent éviter la faillite. Le risque d’une panique destructrice comme celle intervenue après la faillite de Lehman demeure donc une possibilité.

Par ailleurs, les pratiques financières qui sont apparues depuis 2008 ont introduit de nouvelles vulnérabilités. Citons le High Frequency Trading et l’algo trading qui, par nature, tendent à amplifier les mouvements de marché.

Pour être complet, il faut mentionner enfin la question majeure du "prêteur en dernier ressort", que ce soit au niveau national ou au niveau mondial.

Au niveau des pays, l’Etat et sa banque centrale sont désormais beaucoup plus dépourvus qu’ils ne l’étaient en 2008 : même mesurée en pourcentage du PIB, la dette des Etats s’est fortement aggravée pendant que, dans les principaux pays (Etats-Unis, Japon, Royaume-Uni, Zone Euro, Suède), la banque centrale s’est déjà beaucoup impliquée dans le portage de cette dette publique….Si malheureusement un remake de 2008 devait intervenir, la gestion par les autorités politiques et monétaires serait donc beaucoup plus compliquée.

Au niveau mondial, le prêteur en dernier ressort que demeure le FMI est désormais très affaibli : il est dépourvu de ressources financières et il est par ailleurs très miné par les divisions qui opposent les Etats-Unis et leurs alliés d’une part et d’autre part la Chine et ses alliés.

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