Sommet de l'Euro : ce qu'il reste à faire... Beaucoup ! | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Sommet de l'Euro :
ce qu'il reste à faire... Beaucoup !
©

Du pain sur la planche

Sommet de l'Euro : ce qu'il reste à faire... Beaucoup !

Les dirigeants européens sont enfin parvenus dans la nuit à un accord in extremis pour tenter de sortir de la zone Euro de la crise. Les places boursières réagissent favorablement, mais l'économie reste fragilisée.

Paul Jorion

Paul Jorion

Paul Jorion est Docteur en Sciences sociales et enseignant. Il a aussi été trader et spécialiste de la formation des prix dans le milieu bancaire américain.

Voir la bio »

Les jours présents nous ont gâté en matière de réunions de la dernière chance ! Elles ont finalement débouché sur des mesures substantielles. Mais ces dernières se matérialiseront-elles pour produire des résultats notables ? Probablement non hélas. Et l'on parviendra dans le meilleur des cas à calmer le marché des capitaux quelques semaines, avant que la crise n’apparaisse une fois encore, pire qu’on ne l’avait imaginée jusque-là.

Pourquoi ? Pour deux raisons. D’abord, parce que les seules mesures prises furent celles qui firent empirer la situation. Ensuite, parce que comme les choses se sont chaque fois aggravées depuis que fut appliquée la mesure la plus récente, l'on se retrouve perpétuellement en retard d’une guerre. Vous souvenez-vous de la somme qu’il aurait fallu réunir pour sauver la Grèce en janvier 2010 ? Il a fallu débourser depuis plus de dix fois son montant.

L’austérité est passée par là, qui tarit les salaires et du coup, les rentrées d’impôt. Les recettes baissent et le déficit se creuse encore davantage.

Ce n’est pas cependant comme si l’on ignorait ce qui doit être fait. La crise, tout le monde le sait, est une crise du crédit. Pour dire les choses simplement, une crise de l’argent qui manque là où il est nécessaire. Il fallait donc augmenter les salaires. C’est là le point fort du discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Toulon en septembre 2008 : « ne pas donner tous les bénéfices aux dirigeants et aux actionnaires, en destiner une part plus grande à ceux qui par leur travail créent la richesse ; redonner du pouvoir d’achat aux travailleurs sans alourdir les charges fixes de l’entreprise et ainsi remettre le capitalisme à l’endroit… ».

On ne pouvait mieux dire. Ne pas se contenter d’augmenter les salaires pour répercuter ensuite leur hausse dans le prix des marchandises et des services, mais repenser entièrement la redistribution de toute richesse nouvellement créée. Comment ? En substituant, comme le dit explicitement le discours de Toulon, l’augmentation des salaires, par une baisse des dividendes mirifiques distribués aujourd’hui sur la base des bénéfices pourtant faméliques des entreprises.

De plus, supprimer une fois pour toutes les stock options, et réduire à une taille décente le salaire des chefs des grandes entreprises, pour qui le coefficient multiplicateur par rapport à l’employé le moins bien payé a été multiplié par dix au cours des cinquante dernières années, et ce pour une raison qui reste à élucider.

Faute de pouvoir être investis dans des activités productives, il existe en ce moment trop de capitaux errants. Le pouvoir d’achat des ménages est en effet trop faible pour absorber davantage de biens et de services. Il n’est pas même nécessaire que les détenteurs de ces capitaux cherchent encore à les accroître : il suffit qu’ils veuillent les protéger pour qu’ils servent à des paris sur les fluctuations de prix, le marché à terme des matières premières constituant de ce point de vue le lieu privilégié de cette machine à produire du risque systémique.

Une croisade contre la spéculation ne pourra donc réussir qu’une fois résolue la question épineuse de la redistribution de la richesse.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !