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quoi qu'il en coûte Emmanuel Macron Bruno Le Maire soutien à l'économie crise du covid-19
©YOAN VALAT / POOL / AFP

Quoi qu'il en coûte aux uns... et aux autres

Crise du Covid : la France est-elle à la hauteur de ce que doit la nation à ceux que l’on sacrifie économiquement pour sauver des vies ?

De nombreux secteurs du pays ont été impactés par les conséquences économiques de la crise sanitaire. Emmanuel Macron a décidé de déployer la stratégie du "quoi qu'il en coûte" afin de préserver les emplois et de soutenir le pouvoir d'achat. L’argent est-il investi aux bons endroits ?

Pierre  Bentata

Pierre Bentata

Pierre Bentata, Fondateur de Rinzen, cabinet de conseil en économie, il enseigne également à l'ESC Troyes et intervient régulièrement dans la presse économique.

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Atlantico.fr : Est-on en mesure d'estimer si l’argent investi suffit à couvrir l’ensemble des besoins que cette crise a provoqué ? L’argent est-il investi aux bons endroits ? Que dépense-t-on pour qui ou quoi ?

Pierre Bentata : Il y a des efforts qui ont été importants et supérieurs à la moyenne des pays riches et européens. Le faisceau d’indices que nous avons est de se dire qu’il n’y a pas moins de dépenses qu’ailleurs, nous sommes dans le groupe de pays qui a beaucoup dépensé pour aider. Le réel problème est de savoir si ces dépenses vont au bon endroit. Depuis le début, la stratégie de l’État a été d’aider d’une façon généralisée et universelle avec le chômage partiel ou les aides aux entreprises. L’idée était de couvrir tous les secteurs.

Il existe cependant un souci à propos de cette dépense. Il faudrait déjà aider les entreprises qui sont viables mais c’était plus difficile de mettre en place un plan ciblé. En analysant les sociétés les plus impactées, il y avait un risque politique mais économiquement cela aurait plus de sens. Nous verrons le résultat lorsque les aides s’arrêteront : des entreprises couleront. Celles qui couleront sans que ce soit une conséquence de la crise sanitaire nous n’aurions pas dû les aider. Il y a donc un véritable gaspillage d’argent.

Les activités économiques sacrifiées se justifient-elles d’un point de vue sanitaire ? L’Etat prend-il suffisamment sa part pour assumer ce sacrifice ? La solidarité est-elle réellement au rendez-vous ? 

Le problème est vraiment politique. Ce qu’on voit apparaître c’est ce dont tout le monde s’aperçoit peu à peu, c’est qu’il n’existe aucune politique économique. Les décideurs se voilent la face en ne désirant pas voir s'il y a des coûts cachés. Pour savoir si les activités sacrifiées sont légitimes, il faut d’abord s’interroger à la valeur que l’on donne à la protection des personnes pendant la crise par rapport à leur vie dans le futur. On sait actuellement que l’on a dégradé l’avenir pour protéger le présent.

Cette situation devrait faire l’objet d’un débat politique or cela a été présenté comme la seule chose que l’on pouvait mettre en place. On a donc réussi à faire passer beaucoup de choses qui maintenant posent questions. On voit qu’il y a quelque chose qui cloche quand les restaurants restent fermés quelle que soit leurs tailles alors que les transports sont ouverts. Cette décision doit être expliquée.

Il y avait une forte attente de la population d’avoir une forte sécurité mais on a confondu vitesse et précipitation. Lorsque nous avons fermé les lieux d’éducation, on a pris le risque de sacrifier toute une génération. Si on prend l’exemple d’élèves de CP, s'ils ratent le moment où ils apprennent à lire, ils auraient eu du mal à rattraper cela. Maintenant l’erreur est réparée mais le gouvernement aurait dû avoir la même réflexion sur le reste (théâtre, cinéma…). Il y a un choix entre le bien-être que l’on sauve maintenant et celui que l’on sacrifie plus tard. Mais on a l’impression d’avoir été trompé sur la marchandise.

Est-il possible d’estimer d’une manière ou d’une autre l’impact qu’auront les mesures sanitaires sur le patrimoine des entrepreneurs affectés (dévaluation du bail, perte dactivité sur le long terme, renommée d’un établissement...) ?

Quelques cabinets l’ont fait dont celui où je travaille Asterès. On a calculé le coût d’un retard du vaccin et cela correspond à peu près à 60 milliards par semestre. Pour l’instant ce sont des analyses très globales car en réalité la situation des entreprises ou des bailleurs vont dépendre des lieux dans lesquels ils se trouvent. Dans une situation où un confinement survient à un endroit où le bail est assez faible avec une activité non dépendante des flux de circulation des gens la situation est différente avec La Défense. Une chose est sûre : dans nos quartiers d’affaires les coûts vont être énormes. Un sentier de dépendance s’est créé avec l’implantation du télétravail et beaucoup d’entreprises ont maintenant pris le pli. Des bailleurs vont se retrouver en situation difficile et réticents à baisser leurs tarifs. L’écosystème autour (alimentation, restauration, petits commerces…) fera alors face à une demande plus faible, ce qui amènera des faillites en cascades. 

Sommes-nous vraiment le pays qui a dépensé le plus en Europe ou dans le monde pour limiter la casse économique et sociale ? 

Nous sommes dans la fourchette haute mais on ne se démarque pas par notre générosité ou par son action. Quand on regarde par rapport au pourcentage du PIB, nos interventions sont similaires à celles des pays riches de l’Europe. Lorsque l’on compare les aides en terme de prise en charge de baisse d’activité et de chômage partiel, on fait un peu moins bien que les Allemands, mieux que les Anglais ou les Italiens mais nous ne sommes pas les meilleurs. On prend en charge 84 % du salaire net des employés en moyenne, en Allemagne il s’agit de 86 %, en Angleterre à 77 %.

La stratégie française n’est pas différente des autres, on a fait pareil. Utiliser cet argument pour justifier le retard sur la vaccination ou se féliciter de notre action est impossible. On a eu du retard tout au long de cette crise et il y a eu des imbroglios que les aides n’expliquent pas.

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