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Crime organisé : le syndrome Kardashian
©Reuters

Enquête

Crime organisé : le syndrome Kardashian

Les récentes interpellations effectuées dans l'affaire Kardashian - le braquage "à domicile" de cette médiatique créature étant assez illustre pour qu'on s'abstienne de revenir dessus - nous éclaire largement, à la fois sur les insuffisances d'un système policier français trop rétroactif et sur la tendance d'une partie de nos médias à faire désormais, en matière de crime, de l'information factice - quand ils ne censurent tout bonnement pas ce qui les défrise.

Xavier Raufer

Xavier Raufer

Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines à l'Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Dernier en date:  La criminalité organisée dans le chaos mondial : mafias, triades, cartels, clans. Il est directeur d'études, pôle sécurité-défense-criminologie du Conservatoire National des Arts et Métiers. 

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Les récentes interpellations effectuées dans l'affaire Kardashian - le braquage "à domicile" de cette médiatique créature étant assez illustre pour qu'on s'abstienne de revenir dessus - nous éclaire largement, à la fois sur les insuffisances d'un système policier français trop rétroactif et sur la tendance d'une partie de nos médias à faire désormais, en matière de crime, de l'information factice - quand ils ne censurent tout bonnement pas ce qui les défrise. Abordons ces deux points tour à tour.

Ce qu'on apprend sur les auteurs de l'opération Kardashian est sidérant : c'est en effet plus un disparate rapiéçage de voyous qu'un gang redoutablement professionnel. Maghrébins, Gitans... Là dessus, deux-trois complices issus du Milieu juif ; presque tous blanchis sous le harnais criminel... des copines pour faire bonne mesure : c'est la proverbiale armée de Bourbaki [dans le dictionnaire : "groupe hétérogène dépourvu de rigueur"].

Le criminologue sait comment se monte une telle opération : des recéleurs pensent pouvoir "fourguer" les bijoux de Mme Kardashian (vus sur Internet) et recrutent une équipe pour faire le boulot. Or les acteurs de l'agression ne réalisent pas que, toucher à un cheveu de Mme Kardashian, les assure illico d'un planétaire déchainement médiatique - ce qui fait douter de leur lucidité. Ajoutons-y l'oubli que désormais, le recueil d'ADN force tout braqueur à pratiquer une rigoureuse asepsie. Notons enfin leur inconscience, voire leur délire d'impunité : l'icône globale Kardashian est braquée à 500m. du palais de l'Elysée et du ministère de l'Intérieur !

Cette insouciance trahit leur mépris du risque policier. Car quand le crime est efficacement traqué, les bandits se replient sur eux-mêmes, pratiquent l'immersion profonde. Pas question pour eux de s'allier à qui est hors du noyau dur ou loin de sa propre base. Ce phénomène de repli sur soi quand ça tangue n'est d'ailleurs pas limité au seul milieu criminel : il est déjà décrit dans Platon ! "Les substances secouées dans un crible tendent à se réunir selon leurs ressemblances et leurs affinités" (Philèbe, 57 bc).

Revenons à nos bandits : l'équipe se prépare à agir - aux quatre coins de la France et d'un noyau criminel à l'autre (Maghrébins, Gitans, receleurs, etc.). D'évidence, tous les éléments de cette mosaïque doivent échanger, communiquer, préparer l'opération, faire des repérages, recueillir maintes informations - et nul dans la police ou le renseignement intérieur ne capte rien de cela. L'opération s'exécute sans encombre.

Qu'une telle opération puisse se monter et se réaliser démontre que la police française agit toujours sur une base rétroactive, comme en 1930 : commission d'une infraction... investigation... interpellations... Défèrement des malfaiteurs à la justice.

Pas plus qu'elle n'a aujourd'hui de véritable service antiterroriste, mais une chaotique coalition de 22 (ou plus) entités diverses ; la France n'a de vrai service de renseignement criminel, capable de déceler, puis de pénétrer des opérations type Karsashian ; enfin d'interpeller les braqueurs lors même du passage à l'acte. Encore un domaine où, depuis 2015, l'Intérieur n'a rien réformé.

Venons en à l'information factice. Une partie des médias dits d'information n'informe plus en matière criminelle, elle fait notre bien malgré nous - elle nous met à l'abri de tout risque xénophobe. Plus questions pour ces médias de dire un mot sur l'origine des malfaiteurs. La transparence à tout prix - sauf en matière criminelle. Là tout est neutralisé par l'emploi constant et d'ailleurs grotesque du fort neutre "personne". Plus de bandits, ni de voyous ou de malfaiteurs : des "personnes" dont on ne saura rien de plus.

Règle dans ces médias : ne jamais donner de patronyme - alors que la loi le permet pour les adultes - sauf dans deux cas :

- la victime est issue de l'immigration, ou étrangère,

- Le malfaiteur est Berrichon et se nomme Jean Dupont.

Censure stalinienne, donc, sur l'origine des criminels façon Tartuffe "cachez cette origine que je ne saurais voir".

Refoulement idéologique ? Grosse frousse - car les bandits peuvent de fait réagir violemment, même sur des journalistes ? C'est selon.

Cependant, cela donne une information type "Canada Dry" : elle ressemble à de l'info, elle a le goût de l'info, mais ce n'est pas de l'info.

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