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Le plan français de lutte anti-mafia
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Crime organisé

Le plan français de lutte anti-mafia

Jeudi 24 mars se tient à Nanterre (Hauts-de-Seine) une réunion au sommet des administrations françaises en charge de la lutte contre le crime organisé, dont les méfaits sont en croissance exponentielle depuis la chute du mur de Berlin et la mondialisation des échanges.

Xavier Raufer

Xavier Raufer

Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines à l'Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Dernier en date:  La criminalité organisée dans le chaos mondial : mafias, triades, cartels, clans. Il est directeur d'études, pôle sécurité-défense-criminologie du Conservatoire National des Arts et Métiers. 

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Depuis une bonne vingtaine d’années, et en particulier depuis la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide, une formidable vague de criminalité internationale s’est développée, car tous les autres murs sont tombés : les frontières, les transports, les moyens de communication. 

Pour lutter contre le crime international la France s’est dotée tardivement d’un service ad hoc, le Sirasco : Service d’information, de renseignement et d’analyse stratégique sur la criminalité organisée. Le crime organisé n’a rien à voir avec la délinquance traditionnelle, car c’est un crime qui implique plus de trois personnes, constituées en structure durable, pour plusieurs mois voire années, avec partage des taches et des bénéfices.

Nous, criminologues, travaillons plus que jamais sur la face noire de la mondialisation criminelle ou terroriste, et le Sirasco prend avec un peu de retard conscience de cette face noire de la mondialisation.

Les grands trafics sont dans le meilleur des cas transcontinentaux, et dans le pire des cas mondialisés. Le trafic de stupéfiants est déjà mondialisé de longue date, mais aujourd’hui aussi le trafic d’êtres humains est mondialisé, afin d’alimenter la prostitution, l’esclavage moderne et le trafic de migrants.

Le trafic d’armes est également mondialisé au travers du trafic d’armes dites légères. Le terme léger donne à l’expression un coté mutin et charmant, mais ce n’est pas drôle du tout : tous les ans, les armes légères tuent à peu près 300 000 personnes sur la planète. Or les guerrilas à l’origine de ce massacre se battent avec des armes illicites pas avec des armes légales, forcément ! Les 2/3 de ces armes sont utilisées sur le continent africain. La bombe d’Hiroshima ayant tué 150 000 personnes, il est intéressant de mettre ces deux chiffres en perspective : Si vous multipliez 300 000 morts par an depuis en gros la chute du mur de Berlin, soit pendant plus de vingt ans, vous obtenez le nombre de morts dont le trafic d’armes s’est rendu coupable ces dernières années.

 En France aussi, le trafic d’armes illégales sévit. Autrefois dans les banlieues, on se battait à coups de poing sur la figure, ou de couteaux au pire. Aujourd’hui,c’est à la Kalachnikov, tout comme pour les braquages de fourgons blindés.

 Mais tout cela n’est rien à coté du trafic mondial de contrefaçons qui est en train d’exploser, et est aussi responsable de nombreuses morts, inquantifiables à ce jour. Il n’y a pas que les Rolex qui sont contrefaites. Les contrefaçons les plus lucratives sont aussi les plus dangereuses comme les médicaments, les pièces détachées automobiles ou d’aviation, et pire que tout, les cigarettes contrefaites, qui sont de vraies horreurs. Elles contiennent des polluants terribles, avec du tabac pourri arrosé de pesticides. La fausse Marlboro contrefaite, cela ne se voit pas car elle est très bien imitée, est huit fois plus cancérogène pour un adulte qu’une cigarette normale, et douze fois plus pour un adolescent dont les poumons sont plus fragiles. Comme le paquet est vendu 2 ou 3 euros à Barbès ou ailleurs, contre 5,90 le paquet chez le buraliste, ce trafic explose.
Ce sont tout ces trafics auxquels Sirasco s’attaque.

Est ce que le Sirasco est la bonne réponse à une criminalité mondiale ?

Il y a des rêves, des intentions, des souhaits à l’échelle européenne, mais encore aujourd’hui, la police belge n’a pas le droit d’arrêter des criminels en France. Toute répression reste nationale, étatique. Europol marche bien, mieux que lorsqu’elle n’existait pas, mais au final ce ne sont pas les policiers d’Europol qui arrêtent les trafiquants en France, mais bien des policiers français. L’Europe n’est pas encore fédérale, donc l’on n’a pas de FBI.

D’autres pays européens sont ils mieux armés ? 

Les Anglais étaient dans une situation encore plus horrible que la notre dans les années 90, avec 43 polices différentes compétentes sur leur territoire. La plus célèbre était bien sûr Scotland Yard, mais il y en avait plein d’autres, concurrentes, qui se faisaient la guerre des polices. Les Anglais ont alors décidé de créer une structure dédiée au crime organisé, « Soca », qui marche très bien. En seulement quatre ans, ils ont fait chuter de 30 % les phénomènes attribués au crime organisé. Il faut que Sirasco se mette dans les pas de Soca.

Pour cela, et cela peut aller vite car le patron de Sirasco est un malin, ils vont apprendre à faire des diagnostics, et comprendre les phénomènes criminels qui passeront sous leurs yeux sur le territoire français, que ceux ci soient nationaux ou internationaux, Afin de savoir comment agir… et d’agir.

 

 

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