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Bruno Le Maire s'est félicité des chiffres de créations d'entreprises en France en 2021, d'après les données de l'INSEE.
Bruno Le Maire s'est félicité des chiffres de créations d'entreprises en France en 2021, d'après les données de l'INSEE.
©Thomas SAMSON / AFP

Chiffres en trompe-l'œil ?

Créations d’entreprises : la France, une nouvelle Lombardie ? Euh…

Plus de 915.000 entreprises ont été créées en France en 2021, selon les chiffres de l'INSEE. Reste à savoir si cette embellie va se poursuivre et si le gouvernement va s'inspirer des modèles et des politiques de nos voisins européens comme l'Italie.

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Atlantico : « Après des records en matière de créations d'emplois, un nouveau record sur les créations d'entreprises : plus de 915 000 entreprises ont été créées en 2021. On continue ! » s’est félicité Bruno Le Maire en s’appuyant sur les chiffres de l’INSEE. Ces chiffres sont-ils en trompe-l'œil ?

Philippe Crevel : Il y a réellement 915.000 créations d’entreprises et c’est un niveau record. Cet été, on a même dépassé un million de créations en un an. C’est une augmentation de +19% sur un an. Cette augmentation est en trompe l’œil car le premier confinement en 2020 avait entraîné une forte baisse des créations d’entreprises. Le deuxième effet trompe l’œil est évidemment lié au fait que plus de 64% des créations d’entreprises sont sous la forme de micro-entreprises (services à la personne, livreurs, etc.) qui s’inscrivent dans l’ubérisation de l’économie plutôt que la start-up nation.

Comment expliquer que les créations soient surtout des micro-entreprises ?

La création de micro-entreprise est surtout pratiquée par ceux ayant une activité partielle, même s’il y a aussi certaines personnes en CDI qui ont la possibilité d’avoir une activité accessoire. C’est aussi une opportunité, pour ceux qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas entrer dans le cadre du salariat, de pouvoir bénéficier de revenus. Dans un très grand nombre de cas, cela s’accompagne d’une très faible rémunération.

Que valent économiquement les micro-entreprises ?

La France compte aujourd’hui plus d’un million d’auto-entrepreneurs, environ 700.000 à 800.000 sont actifs, avec un revenu annuel inférieur à 4.000 euros. La difficulté est de passer d’une activité de micro-entreprise à une activité d’entreprise réelle, avec la tenue d’une comptabilité, d’un amortissement, la possibilité de déduire des charges etc. Cela concerne uniquement un nombre réduit de personnes. Pour le reste, c’est un emploi précaire. Il faudrait évidemment favoriser le passage à la « vraie » entreprise, ce qui signifie accompagner ces entrepreneurs. Il y a des coûts notamment juridiques qui freinent ce passage.

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Le gouvernement français a-t-il mis en place ce qu’il fallait pour avoir un écosystème propice à cette mutation des micro-entrepreneurs et à la naissance et l’émergence de TPE PME ?

La France a un taux de création d’entreprises élevé par rapport, proche des Etats-Unis, devant l’Allemagne et le Royaume-Uni. Le problème est évidemment celui de l’essor des TPE. Il y a un problème de financement, de fonds propres. Peu de TPE deviennent des PME et encore moins des entreprises intermédiaires. C’est lié à des coûts (charges sociales, fiscalité, etc.), un problème de compétences et aussi d’apports de capitaux (les entreprises dépendent trop du financement bancaire et trop peu du marché). On manque de fonds de private equity, de capital risque, pour que des entreprises récentes se développement et connaissent éventuellement le succès.

Concernant l’action du gouvernement, il y a des points positifs. Bruno Le Maire a des choses à son actif. Concernant la fiscalité, l’instauration du prélèvement forfaitaire unique (PFU) sur les revenus de l’épargne financière. Il a diminué, mais pas totalement, les impôts de production. Sur le financement d’entreprises, il choisit la voie étatique avec la BPI. C’est un système très administré et peu concurrentiel.

Quelle est la situation de la France par rapport à ses voisins européens ?

Comme je l’ai dit, la France est un des meilleurs élèves d’Europe mais on a un déficit concernant l’industrie. Le renouvellement de notre tissu industriel est plus lent qu’aux Etats-Unis ou qu’en Italie. On a surtout un déficit sur le capitalisme familial. Si on regarde la Lombardie, certains Landers allemands, le capitalisme familial est très actif et a des liens forts avec le secteur financier. En France, le système financier est plus national et axé grandes entreprises. Et pourtant nous sommes loin d’être capables d’avoir les GAFAM des années 2030 sur les secteurs de pointe. Nous avons une faiblesse de la Recherche & Développement, un déficit sur le capital risque. Les résultats actuels sont estimables mais ne cachent pas les faiblesses structurelles françaises.

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