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Des membres du personnel soignant d'un hôpital auprès d'un patient dans un service dédié au Covid-19.
Des membres du personnel soignant d'un hôpital auprès d'un patient dans un service dédié au Covid-19.
©ALAIN JOCARD / AFP

Evolution de la pandémie

Covid-19 : comment j'ai malheureusement appris qu'alerter ne servait à rien

Après plus d’un an de pandémie, j'ai appris qu'alerter ne sert à rien. Que ce soit par déni induit par la peur, ou par malfaisance, le rassurisme l'emporte toujours même face aux données épidémiologiques...

Claude-Alexandre Gustave

Claude-Alexandre Gustave

Claude-Alexandre Gustave est Biologiste médical, ancien Assistant Hospitalo-Universitaire en microbiologie et ancien Assistant Spécialiste en immunologie. 

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Les données épidémiologiques sont désormais reléguées au rang "d'opinion" par le gouvernement qui préfère s'en tenir à des données "objectives" ! C’est-à-dire faire de la com’ !

La séquence actuelle navigue entre "rigueur d'affichage" et "optimisme de rigueur" !

La "rigueur d'affichage" fait suite à l'agitation récente autour du variant P.1 brésilien

C'est pourtant un variant décrit depuis fin 2020 dans l'état d'Amazonas et notamment associé à une 2ème vague tragique dans la région de Manaus.

Les alertes étaient pourtant déjà lancées fin 2020... Il a fallu attendre plus de 4 mois pour réagir !

Alerter ne sert à rien...

Et quelle est cette réaction ?

Arrêter les vols Brésil - France !!!

Cette mesure est insuffisante pour 3 raisons :

  1. Les voyageurs peuvent passer par des correspondances et donc facilement contourner l'interruption des vols directs...
  2. La Guyane possède plus de 700 km de frontières avec le Brésil, particulièrement difficiles à garder, et donc propices aux passages sans contrôle entre le Brésil et la France... où le variant est déjà présent à plus de 84% pour la Guyane et 0,3% à 1% en métropole.
  3. Le variant P.1 brésilien est déjà présent dans 52 pays. Un cluster associé à ce variant peut donc être généré par des voyageurs provenant de quasiment n'importe où !

Limiter les mesures de restriction au seul Brésil était donc absurde.

Ce dimanche, de nouvelles mesures sont étendues notamment à la Guyane, au Chili, à l'Argentine...

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Mais sont-elles plus pertinentes ?

Dans un sens oui puisqu'elles incluent une quarantaine obligatoire de 10 jours.

Mais, comme toujours, on fait encore les choses à moitié : sans parler du délai de 10 jours, insuffisant face aux nouveaux variants plus transmissibles...

La "quarantaine obligatoire"... est-ce une adaptation des mesures appliquées en Asie, en Océanie, au Royaume-Uni... ou du simple affichage ?

Comment garantissons-nous l'application de cette quarantaine ? Où ? Et pour combien de temps ?

On parle de "contrôles policiers stricts"... Sont-ils systématiques ou aléatoires ?

La personne isolée est-elle dans un hôtel dédié ? Ou bien simplement chez elle avec d'autres personnes qu'elle peut contaminer et qui ne sont pas soumises à la quarantaine ?

Ces mesures sont limitées à quelques pays d'Amérique du Sud et à l'Afrique du Sud (pour le variant B.1.351).

Le reste du monde est exempt de variants ?

Prenons l'exemple du variant B.1.617. Il a émergé en Inde, simultanément avec la plus forte vague locale...

Les génomes associés à ce variant ne sont pourtant issus d'Inde qu'à 70% ! 23% des cas de variant B.1.617 ont été identifiés au Royaume-Uni !

On se rappelle de la rapidité de diffusion des variants entre la France et le Royaume-Uni !

Alerter ne sert à rien...

On a également une forte présence de variant B.1.351 d’Afrique du Sud en France, à plus de 59% à la Réunion, et entre 1,8% et 13,6% en métropole.

Or ce variant est associé à un fort échappement immunitaire (avec une baisse de neutralisation de 7 à 9 fois par anticorps)...

Des signaux d'alertes émergent déjà :

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i) en Israël avec l'observation d'un taux d'incidence 8 fois plus élevé de ce variant chez les vaccinés que chez les non-vaccinés (tendant à confirmer l'échappement immunitaire observé in vitro).

ii) au Royaume-Uni, avec un fort pourcentage de la population immunisée, et où le variant B.1.351 est celui qui progresse le plus rapidement.

Ce qui nous amène au deuxième axe de la séquence actuelle : "l'optimisme de rigueur"... Le fameux horizon des "4 semaines" après lequel le gouvernement semble courir depuis plusieurs mois.

Cela commence par les écoles, dont la réouverture est actée pour le 26 avril, indépendamment de la situation sanitaire...

L'absurde commence : on a "fermé" les écoles pour raison sanitaire, alors qu'elles semblaient être un foyer épidémie hors de contrôle...

Et nous allons donc les rouvrir alors que la situation sanitaire s'est encore dégradée ! Normal...

Avons-nous au moins instauré un protocole sanitaire strict pour les établissements scolaires ?

Avons-nous généralisé les tests de dépistage ?...

Evidemment non ! Ce que nous n'avons pas fait depuis un an, nous ne le ferons pas après plus d'un an de pandémie !

On nous promettait 300 000 tests salivaires dans les écoles... Quel pourcentage a effectivement été réalisé ?...

Même à 100%, cela ne représenterait que 2,5% d'effectif scolaire testé chaque mois, alors que de nombreux pays testent 100% de l'effectif plusieurs fois par semaine !

Et les autotests me direz-vous... Oh ben zut alors, la Haute autorité de Santé (HAS) les a recommandés uniquement pour les plus de 15 ans, donc c’est inapplicable pour les maternelles, les  écoles, les collèges ! C'est trop bête.

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On parle alors de réouvertures, d'un retour à la "normale" à partir de mi-mai.

L'absurde continue : on a mis en place des mesures sanitaires en avril, à cause d'une épidémie trop active, conduisant à la saturation des hôpitaux...

Nous avons rempli les réanimations avec un "plateau" d'incidence évoluant entre 100 et 250 cas dépistés/100 000/7j...

Désormais nous sommes à un plateau autour de 350 à 400 cas dépistés/100 000/7j !

 C'est ce qu'on appelle une amélioration ?

Et encore... ce pseudo-plateau à 350/400 est induit par un fort recul de l'activité de dépistage, qui se traduit par une forte augmentation du taux de positivité frôlant désormais les 10% !

Nous allons donc "rouvrir" alors que l'épidémie est presque 2 fois plus active que lorsqu'elle a conduit à la saturation des réanimations, aux déprogrammations de soins...

La logique est trop subtile pour moi.

Alors vous me direz "il faut vivre avec le virus", "nous aurons des protocoles sanitaires"...

Ce que nous n'avons donc pas réussi depuis plus d'un an, nous allons miraculeusement y parvenir avec une épidémie encore plus active, avec des variants transmissibles...

De quels protocoles parlons-nous ?

De protocoles qui ne tiennent toujours pas compte de la transmission par aérosols ?

Des protocoles virtuels qui "sautent" aussitôt l'euphorie retrouvée ?...

Nous avons donc une simple stabilisation relative de l'incidence, à un niveau très élevé, avec des mesures dites "de confinement" et nous allons donc lever ces mesures, et grâce à la pensée magique, la situation va s'arranger !

Ils ont d'abord écrasé leur épidémie avec un confinement national.

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Combien de temps avant que le variant brésilien ne submerge la France si rien ne change dans notre politique sanitaire ?

Même Boris Johnson le rappelle, c'est bien le confinement et pas la vaccination qui a sorti son pays de la 3ème vague, et il craint désormais la 4ème vague.

Le confinement britannique a permis d'atteindre une incidence d'environ 25 cas dépistés / 100 000 / 7j, ce qui est un seuil quasi parfait pour appliquer la suppression virale via le triptyque tester/tracer/isoler... Vous savez ? La stratégie que la France a abandonnée.

Depuis, le Royaume-Uni teste massivement (bien plus que nous), contrôle ses frontières avec des quarantaines obligatoires, en hôtels désignés et contrôlés, avec des amendes plus que dissuasives.

En Israël, la situation est similaire avec un confinement qui a écrasé l'incidence au même niveau qu'au Royaume-Uni.

Et depuis, Israël applique une stratégie de suppression virale stricte, avec un testing massif, un contrôle strict de ses frontières, l'usage d'un Green Pass pour l'accès aux espaces publiques, et un contact tracing très intensif via la téléphonie.

Israël c’est une campagne de vaccination en mode go-fast et une mise en place d’un programme de suppression virale avec des applications connectées.

La vaccination est un des moyens mais c’est loin d’être le seul.

La comparaison avec la situation française, où l'heure est à l'optimisme ferait presque rire si ce n'était pas tragique !

Vous remarquerez qu'alors qu'Israël affiche une incidence très inférieure à la nôtre, ils testent quasiment autant que la France où l'épidémie fait rage !

Alors oui, alerter ne sert à rien...

Nous sommes probablement dans une phase de la pandémie où la discours sanitaire, la prudence, n'est plus audible pour une population usée par un an de "vivre avec", qui s'est accoutumée à une mortalité massive...

Cette phase est peut-être nécessaire... même si elle ne sera pas facile, mais elle amènera peut-être à la prise de conscience.

Donc continuons de croire que l'été va bien se passer, continuons de croire que la ligne d'arrivée est proche...

Continuons de voir la médecine comme la simple pratique se résumant à trouver un "cachet" pour chaque maladie... Nous avons eu l'HCQ pour 2020, l'IVM pour 2021...

Continuons de rejeter les mesures de prévention via la suppression virale.

Continuons de croire qu'il suffit de vacciner quelques personnes dites "fragiles" pour régler le problème.

Continuons de croire que le retour à la vie normale est pour bientôt...

Et continuons donc à prendre du retard pour appliquer les seules stratégies qui se sont montrer efficaces contre la COVID et qui finiront par s'imposer mais dans la douleur face à l'échec vaccinal, à l'afflux incessant de variants, à la saturation durable des hôpitaux...

Encore une fois, alerter ne sert à rien.

Après plus d'un an passé à hurler dans le désert, cela me paraît désormais ridicule.

Mieux vaut me taire.

L'espoir fait vivre, advienne que pourra.

Cet article est un reprise du Thread de Claude-Alexandre Gustave : cliquez ICI

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