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Olivier Véran Jérôme Salomon reconfinement gouvernement
Olivier Véran Jérôme Salomon reconfinement gouvernement
©STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Efficacité des mesures ?

Covid : combien de temps peut-on imaginer que nous aurons (vraiment) besoin de mesures de restriction ?

Médecins ou politiques, tous répètent en privé qu’un mois de reconfinement ne suffira pas. Quelques semaines ou quelques mois de plus seront-ils nécessaires ? Est-il possible de dessiner les différents scenarios de ce qui pourrait nous attendre ?

Jean de Kervasdoué

Jean de Kervasdoué

Jean de Kervasdoué est un économiste de la santé français, titulaire de la chaire d'économie et de gestion des services de santé du conservatoire national des arts et métiers (CNAM)et membre de l’Académie des technologies. Il a été directeur général des hôpitaux.

Ingénieur agronome de l’Institut national agronomique Paris-Grignon il a également un MBA et un doctorat en socio-économie de l’Université de Cornell aux Etats-Unis. Il est l'auteur de Pour en finir avec les histoires d’eau. Imposture hydrologique avec Henri Voron aux Editions Plon et vient de publier Les écolos nous mentent aux éditions Albin Michel. 

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Atlantico.fr : Un confinement d’un mois est-il crédible au seuil fixé par le gouvernement ?

Jean de Kervasdoué : Il est important de préciser le critère retenu pour décider ou pas du confinement. Si l’on s’appuie sur les données du printemps, il est en effet très, très peu probable que l’on atteindra le chiffre de 5 000 infections nouvelles par jour (critère annoncé) à la fin du mois de novembre, car l’ on sera vraisemblablement alors au pic de cette nouvelle poussée épidémique.

Rappelons quelques données. Le 6 novembre, la France recensait 60 000 nouveaux cas, 40 000 la veille ! Si l’on tient compte des cas asymptomatiques, il faut vraisemblablement multiplier ce chiffre par une fourchette qui va de 2 à 4.

Selon les calculs, par essence rétrospectifs du site Covidminute de l’équipe du docteur Zagury, depuis le début de l’épidémie, les hospitalisés ont jusqu’ici représenté environ 6% des contaminés et les admissions en réanimation environ 1% et, si l’on s’appuie sur les dernière statistiques, les décès en réanimation sont descendus au taux de 30%, soit donc 0,3% des contaminés déclarés.

On peut donc s’attendre, dans quelques jours à une croissance journalière de 600 admissions en réanimation or, selon Santé Publique France, le 5 novembre, il y avait déjà 4 321 malades COVID en réa, avec une croissance de 434 admissions en 24 heures. Il est donc très vraisemblable que le pic d’avril des 7 600 lits de réanimation sera atteint, voire dépassé dans trois semaines. 

Rappelons que le premier confinement a duré 55 jours. En effet, à l’instar des épidémies de grippe, la montée de la phase épidémique a été d’environ 4 semaines et sa décrue de la même durée. Si l’on fait démarrer la phase actuelle, non pas du début de la deuxième poussée épidémique (autour du 10 octobre), mais du deuxième confinement (le 30 octobre) et, hypothèse, si la diffusion du virus est comparable, la décrue devrait commencer vers le 20 novembre et durer jusqu’au 20 décembre. Rappelons toutefois, si cela était nécessaire, que les règles actuelles sont moins strictes que celles du printemps et que donc la décroissance pourrait être moins rapide.

Quels sont les scénarios possibles d’évolution du virus ?

Bien entendu, il ne s’agit pas du virus, mais de l’épidémie qu’il provoque. Le virus est présent sur toute la planète et, si par un hasard heureux, grâce à une mutation favorable, il devenait anodin ici, il pourrait aussi être plus dangereux là, comme cela semble être le cas du virus qui a infecté un élevage de vison au Danemark. Le sars-covid19 mène sa vie de virus ; certes il lui arrive de muter mais ses mutations sont locales, et la souche actuelle cherche à se reproduire et le fait quand elle trouve un hôte qui, à son tour, infectera un autre porteur.

Outre la réduction drastique de toute interaction interhumaine, qui ne fait que gagner du temps, il y a trois solutions pour que sa propagation cesse. La première est un vaccin qui doit permettre à la personne vaccinée de sécréter des anticorps et, mieux encore pour certains d’entre eux, de développer simultanément la production de cellules-T qui attaquent les cellules infectées et empêchent le virus de se reproduire. On verra dans quelques semaines si les vaccins ayant cette caractéristique et qui sont en phase avancée de développement protègent effectivement contre la covid-19 sans produire de lourds effets secondaires. Etant donné les délais nécessaires pour les tester, puis les autoriser, les produire, les diffuser et organiser une campagne de vaccination et attendre quelques semaines, on sera au mieux à l’automne prochain.

L’autre espoir serait de trouver une thérapie efficace, à l’instar de la trithérapie pour le virus HIV. Cela peut se produire d’un jour à l’autre ou … ne pas se produire du tout.

Enfin, la troisième solution est celle de l’immunité collective atteinte soit par la vaccination soit par l’infection d’une partie importante de la population, stratégie choisie par la seule Suède.

Le gouvernement aurait-il dû annoncer un confinement plus long ?

Au moment où il a fait cette annonce, la situation était différente et on peut comprendre qu’il ait attendu quand on constate que cette deuxième poussée épidémique ne s’est pas déclenchée à la fin du printemps dernier. En revanche, depuis quelques jours, on voit que le virus diffuse plus vite que prévu, mais cela peut être en partie dû au fait que les tests privilégient aujourd’hui les personnes symptomatiques. Le taux de positivité est dans ce cas statistiquement plus élevé que durant la période précédente lorsque chaque personne qui le souhaitait pouvait se faire tester.

Santé Publique France recensait la semaine passée 3 042 clusters ! C’est beaucoup, d’autant que l’on n’a pas organisé en France des lieux d’isolement, à l’exception des services hospitaliers. On aurait pu, on aurait dû réquisitionner des hôtels pour placer ceux pour qui, il est de fait impossible de s’isoler, notamment ceux qui vivent en famille dans des logements exigus.

Tester, tracer, isoler. La France à aujourd’hui la capacité de tester. Pour des raisons qui remontent à plusieurs décennies et qui portent sur la protection absolue des données médicales, nous n’avons pas pu suffisamment tracer les contacts des personnes infectées, malgré les efforts louables des services de l’Etat et ceux de l’assurance maladie. Etant donné l’enjeu, ces raisons sont d’autant plus discutables qu’Amazon peut lire à données ouvertes dans nos vies privées. Ne pouvait-on pas, au moins pour ceux qui l’acceptaient, ouvrir une application traçant en permanence tous les contacts de ceux qui l’auraient téléchargée ? C’est ce qui a été fait dans certaines démocraties d’Asie avec la maîtrise que l’on constate dans la diffusion de l’épidémie.

Reste donc au Gouvernement un choix fatidique qu’il n’exprimera pas dans ces termes mais qui consiste à chercher un degré « acceptable » de diffusion du virus (et donc de décès), compte tenu des autres dimensions de la vie en société. Sa décision va dépendre de l’indicateur qu’il privilégiera. Pour l’instant cela semble être le nombre d’admission hebdomadaire en réanimation, S’il changeait de critère et observait la surmortalité des mois de septembre, octobre et novembre 2020 par rapport au nombre des décès de ces mêmes mois des cinq années précédentes, les ravages de l’épidémie paraitraient moins inquiétants et les décisions seraient autres, même si l’on peut malheureusement prévoir que le tribut de la France à ce virus dépassera sensiblement la barre des 50 000 décès.

 Quoiqu’il en soit, le virus ne va pas disparaitre. Les phases épidémiques vont se succéder à un rythme encore inconnu. Pour l’instant les mesures gouvernementales suivent ces poussées et donnent à l’opinion cette image d’impréparation, faute de pouvoir évaluer l’efficacité réelle des mesures qu’il a été et qu’il est amené à prendre. L’urgence est l’évaluation. Le confinement ne pourra pas être éternel d’autant que l’arrivée prochaine d’un vaccin efficace n’a rien de certain.

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