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Devant la catastrophe financière, l’État se résout à rapprocher Areva d’EDF, mais Hollande n’a pas osé dire qui paierait
©REUTERS/Philippe Wojazer

L'Edito de Jean-Marc Sylvestre

Devant la catastrophe financière, l’État se résout à rapprocher Areva d’EDF, mais Hollande n’a pas osé dire qui paierait

L’Élysée a fait dire que l’État prendra ses responsabilités, mais le Président n’a pas tranché sur les modalités. Areva sera sauvé grâce à EDF avec la reprise de l’activité réacteur. Pendant ce temps, les écolos se marrent.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Pour résoudre l’équation impossible, il faudrait être courageux. François Hollande avait réuni le nec plus ultra de ses ministres : Valls, Macron, Fabius et Royal. Un casting de rêve qui ne l’a pas empêché de remettre à plus tard la décision sur la façon de préserver l’avenir du nucléaire français. L’Elysée a précisé mercredi soir que des solutions de collaboration avec EDF seraient trouvées mais le Président a reporté les décisions financières à la fin du mois de juillet. Il pense peut-être qu’avec le soleil et les vacances cela fera moins de mal et de bruit.

Et pourtant, la situation urge. Areva, le spécialiste mondial du combustible nucléaire et de la fabrication des turbines est au bord de la faillite : un trou de 5 milliards d’euros en 2014. Areva est pourtant une entreprise d’État - qui détient 86,5% de son capital - et on sait que le nucléaire est une priorité pour l’alimentation électrique du pays. Tout le monde est de cet avis, sauf le noyau dur des écologistes. Areva est, en plus, un exportateur de centrales nucléaires dans le monde entier. Sa technologie a fait jadis sa fortune.

Areva offre une caricature du meilleur de ce que peut produire un État, mais aussi le pire de ce qu'il engendre quand il est mal géré. Ne revenons pas sur la situation d’Areva. L’ampleur des dégâts financiers a surpris tout le monde parce que finalement Areva n’était pas contrôlé dans sa stratégie et sa gestion quotidienne.

Entre les mauvais choix stratégiques, beaucoup d’erreurs techniques et sans doute quelques escroqueries, Areva est allée directement dans le mur. Et puis, Areva était pilotée par une amie de l’Élysée et ce pouvoir n’exerçait pas son travail d’audit, de surveillance et de contrepoids.

Aujourd’hui, le problème est très simple. Areva doit restructurer ses process de fabrication et, sans doute, supprimer quelque 3000 postes. L’entreprise doit définir une stratégie à l’international parce que c’est là où se situe son gisement de croissance. Enfin, Areva doit trouver de l’argent pour être recapitalisée. Il faudra sans doute trouver 2 milliards d’euros pour renforcer son bilan. Tout le problème est là : l’actionnaire a assez peu d’argent.

Sur le papier, les solutions existent. Toutes répondraient au problème mais toutes ont aussi leurs inconvénients. L’État avait quatre scenarios possibles.

1er scenario, celui qui sera retenu est le plus cohérent au niveau économique  Il s’agirait de rapprocher Areva d’EDF. Les deux entreprises sont sous contrôle de l’État. EDF a de l’argent, des moyens et un vrai intérêt à travailler avec Areva pour aller capter des marchés à l’étranger. D’autant qu'il n’y a plus de problèmes de management. Les anciennes directions passaient plus de temps à se battre qu'à chercher ses coopérations. Aujourd’hui, les deux managements n’ont aucune raison de ne pas s’entendre.

Techniquement, EDF pourrait racheter purement et simplement la division qui fabrique les réacteurs. Resterait à Areva tout ce qui concerne le carburant, le traitement du nucléaire et le retraitement des déchets.  

Financièrement ça tient la route. EDF n’a pas besoin de l’État mais de ses clients. Politiquement, il y a donc un problème. Il faudrait autoriser EDF à augmenter ses tarifs. Une augmentation de 2,5 % par an pendant les trois prochaines années nous dit le président d’EDF, Jean-Bernard Lévy. Pour les socialistes ce n’est même pas imaginable dans la situation actuelle. D’où le silence profond, mercredi soir, de l’Élysée sur le point central.

Le 2e scenario, a été abandonné. Il s’agissait  d’accepter les offres de rachat d’Engie. Au niveau stratégique, c’était un peu le même plan qu'avec EDF, il s’agissait d’adosser Areva à un grand fabricant et distributeur d’énergie. Même plan et même conséquence sur les tarifs. Surtout que l’ex-GDF Suez est beaucoup moins surveillé qu’EDF.

Le 3e scenario passait par la case Pékin. Puisque la Chine, gros acheteur d’équipement nucléaire, est candidat à une prise de participation dans Areva. A priori, c’est possible. Politiquement, l’opération est difficile à évaluer dans ses effets sur son impact. Mais il n’est pas rayé de la carte dans la mesure où il faudra bien recapitaliser Areva. Pourquoi ne pas faire rentrer un fond étranger ? On en parlera en juillet.

Enfin, le 4e scénario passerait par une recapitalisation par l’État. Il est forcément d’actualité. Avec de l’argent public, environ 2 milliards d’euros. C’est évidemment possible, surtout qu’il ne s’agit pas de dépenses de fonctionnement mais d’un investissement stratégique. Ce scénario est soutenu par le cœur du PS et par la gauche de la gauche. La droite conservatrice et étatiste ne s’y opposerait pas. Là encore, on attendra l’été pour le savoir.

Il n’y a que les écolos qui sont contre. De toute façon, les écolos sont contre tout. La faillite d’Areva, pour eux, c’est une aubaine !

Une recapitalisation sur fonds publics n’exonère pas l’État de définir une stratégie cohérente pour garantir la filière énergétique. Une filière où EDF et Areva doivent cohabiter ? Une filière qui doit partir à l’assaut des marchés étrangers.

Cela dit, c’est aussi un scénario qui va tirer sur 2 milliards d’euros. Dans la période actuelle, ça fait désordre et surtout pas très sérieux pour un monde des affaires qui ne voit pas pourquoi l’État serait, demain, plus performant qu'hier.

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