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Coup de pouce au SMIC : 
attention à ne pas confondre 
rémunération et salaire !
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Revers de la médaille

Coup de pouce au SMIC : attention à ne pas confondre rémunération et salaire !

La hausse annoncée du SMIC va affaiblir les entreprises et donc, in fine, provoquer des destructions d'emplois et une baisse du pouvoir d'achat, selon Hervé Lambel, président d'un syndicat de très petites et moyennes entreprises.

Hervé Lambel

Hervé Lambel

Hervé Lambel est candidat à la présidence du Medef et co-fondateur du CERF (Créateurs d'emplois et de richesse en France).

D’une lignée d’entrepreneurs, il est diplômé de l’EPSCI (Essec). Il entre en 2000 à la CGPME, puis fonde en 2003 le CERF, dont il devient Président et porte-parole en 2004. Il fait notamment partie des premiers lanceurs d'alerte sur la crise économique et les problèmes de trésorerie des entreprises. Il est également le créateur d’HLDC, société de service et d’investissement.

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Au risque d'asséner une évidence, il semble utile de rappeler que le salaire rémunère un travail (et non un temps passé) qui produit une valeur ajoutée, lesquels trouvent leur valeur dans le prix, non pas que l'entreprise, mais bien le client et, in fine, le consommateur final, sont prêts à payer. Le salaire fixé en dehors de ce cadre est une hérésie. C'est pourtant à cela que s'apparente le "coup de pouce" au SMIC.

Il ne pourra pas m'être fait de procès d'intention sur la question des rémunérations et du pouvoir d'achat : l'association des Créateurs d’emplois et de richesse de France (Cerf) a soulevé le problème du pouvoir d'achat en 2003, une époque où seule la grande distribution s'y intéressait. Il importait pour le syndicat des Très Petites Entreprises de dénoncer les effets néfastes et pervers des 35 heures en la matière et proposait comme palliatif à un système rigide et destructeur, l'exonération des charges sur les heures supplémentaires.

Le Cerf s'est toujours battu contre l'augmentation du SMIC depuis lors. Non parce qu'on souhaitait appauvrir nos collaborateurs, mais parce que nos entreprises étaient privées de leur capacité à les augmenter. Pour les plus sceptiques : plus haut niveau des défaillances d'entreprises en France par rapport aux économies comparables, stagnation du revenu des patrons, voire recul, entre 2000 et 2012. Faut-il rappeler que ce revenu du travail des patrons est lui-même inférieur en moyenne au SMIC horaire ? Toute hausse des coûts induite par une hausse du SMIC sans relation avec la capacité économique de l'entreprise l'affaiblit donc, en plus de réduire le pouvoir d'achat de l'employeur. Et pour les plus fragiles, c'est la défaillance, voire la faillite… et donc des destructions d'emploi.

Cette mécanique arithmétique implacable est confirmée par le groupe d'experts sur le SMIC créé en 2009, qui chiffre entre 15 et 20 000 les emplois détruits par une hausse du SMIC de 1 point… Le nouveau gouvernement qui met l'emploi au cœur de son action choisira-t-il de le sacrifier sans chercher d'autres façons d'augmenter le pouvoir d'achat ? D'autant qu'en réalité les deux sont intimement liés, la hausse de pouvoir d'achat étant liée à la baisse du chômage qui dépend de la croissance retrouvée de notre économie. Le gouvernement doit choisir pour cela d'encourager ceux qui travaillent à travailler et produire plus. Il dispose de trois dispositifs pour cela : le RSA, l'exonération des heures supplémentaires et l'auto-entrepreneuriat.

S'il veut agir sur l'ensemble des salaires, le gouvernement aura peu de choix. En effet, concernant l'augmentation du pouvoir d'achat des salariés, l'erreur majeure consiste dans la façon d'aborder la question de la rémunération et du revenu, prise comme une seule et même chose, alors qu'il s'agit bien de deux choses différentes. Différence qu'ont d'ailleurs parfaitement comprise les 9 millions de salariés qui bénéficient de l'exonération des charges sur les heures supplémentaires. Car si leur rémunération a bien augmenté, leur salaire est, lui, resté le même. Magie, vaudou ? Non, pur bon sens. L'augmentation de rémunération, hormis l'augmentation liée aux heures supplémentaires, tient dans l'exonération des charges payées par les mêmes salariés : le salaire net perçu augmente, mais le brut reste le même et le coût du travail pour l'entreprise reste inchangé. Le pouvoir d'achat augmente donc. Bien sûr se pose alors la question du financement de la solidarité. Mais l'augmentation du revenu disponible implique toujours la question du financement de la sphère économique sur laquelle on a prélevé cette "augmentation". La piste la plus souvent évoquée, et vraisemblablement la plus pertinente, est celle d'un transfert de ce prélèvement vers la consommation: une base d'imposition plus large que les salaires, faisant avec justice porter l'effort sur l'ensemble des bénéficiaires au lieu des seuls salariés.

 Bien sûr, ce transfert sera d'autant plus limité si la dépense est mieux gérée. Mais là aussi, sommes-nous prêts à faire ce qu'il faut ?

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