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Coronavirus chinois : ces 3 leçons apprises depuis le SRAS pourraient tout changer (mais saurons-nous les appliquer…?)
©AFP

Menace de pandémie

Coronavirus chinois : ces 3 leçons apprises depuis le SRAS pourraient tout changer (mais saurons-nous les appliquer…?)

Le nouveau coronavirus chinois a émergé dans la ville de Wuhan. Le virus a déjà causé la mort de 17 personnes. En 2003, la Chine ou bien encore Taïwan avaient été confrontés à une violente épidémie de coronavirus. Quelles sont les leçons de cette précédente crise du virus du SRAS ?

Michel Ruimy

Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Atlantico.fr : En 2003, la Chine, Taiwan, Hong Kong et Singapour avaient connu une première épidémie de corona virus. Quelles leçons ces pays, et surtout la Chine qui n'était parvenue à contenir le virus de manière efficace, ont-ils appris suite à cette première épidémie ? En quoi les réactions face à cette nouvelle épidémie sont-elles différentes ?

Stéphane Gayet : Le gouvernement chinois est épris d'autosuffisance. La Chine serait une immense puissance établie sur un immense territoire et qui serait capable de régler elle-même toutes ses difficultés et problèmes. Il n'en reste pas moins vrai que de nombreuses élites chinoises vont encore se former à l'étranger. Dans tous les domaines, les Chinois ont encore à apprendre des autres pays qui sont plus avancés et expérimentés qu'eux.

Lors de cette épidémie de « syndrome respiratoire aigu sévère » ou SRAS en 2003, due à un coronavirus d'origine animale et dont la gestion n'avait pas été satisfaisante, les autorités chinoises avaient dû faire appel mais assez tardivement à des experts étrangers -dont ceux de l'Organisation mondiale de la santé (OMS)- et avaient beaucoup appris de cette mauvaise gestion qui avait ébranlé leur sentiment d'invulnérabilité.

On sait qu'il existe souvent en Chine des foyers infectieux liés à tel ou tel microorganisme et dont l'information ne dépasse par les frontières, mais avec les pneumonies contagieuses et les voyages intercontinentaux rapides, il n'est plus possible de garder l'information à l'intérieur du pays. Ce qui oblige les dirigeants chinois à une certaine transparence sanitaire.
C'est déjà un premier enseignement. Le deuxième concerne la gestion épidémiologique de l'épidémie (identification très rapide des cas, tri des malades, mesures de précaution, confinement, mises en quarantaine…). Le troisième porte sur les recherches microbiologiques et en l'occurrence virologiques, afin d'identifier au plus vite l'agent infectieux et le comparer aux autres déjà connus. Réactivité, rapidité et technicité sont trois piliers de l'efficacité sanitaire en cas d'épidémie grave.

Et cette fois-ci, les biologistes chinois ont été plus performants et plus communicants qu'en 2003. On a l'impression que la crise est mieux gérée, mais cela reste difficile à affirmer. Toujours est-il que si l'on compare la cinétique de l'information et particulièrement microbiologique de 2019-2020 à celle de 2003, on voit une différence appréciable. Cette maladie nouvelle et inquiétante de 2003 a vraiment fait peur aux Chinois, tant pour eux-mêmes que pour la réputation de leur pays.

Si Pékin a appris de ses erreurs, quelles mesures pourraient-être prise à l'échelle internationale afin que le virus ne se propage pas davantage ? L'essentiel ici n'est-il pas de mettre en place une collaboration internationale et donc d'opter pour une approche multilatérale ?

Stéphane Gayet : Les autres organisations sanitaires non gouvernementales que l'OMS (Médecins sans frontières, Médecins du monde, Croix Rouge…) ont un savoir faire éprouvé en matière de gestion de crise sanitaire, et tout particulièrement de type épidémique. L'Organisation mondiale de la santé ou OMS a bien sûr une expertise et de nombreuses compétences en la matière.

Présentement, l'OMS hésite encore à déclencher une alerte mondiale de niveau élevé, eu égard au nombre de cas qui reste assez modeste et à la gravité des cas qui serait plus faible que lors des épidémies antérieures de SRAS-CoV (à coronavirus).

Ce que l'on pourrait faire de plus utile est encore d'inciter toutes les populations à prendre des précautions efficaces face à une personne qui tousse et paraît malade de façon aiguë : se maintenir à distance, se protéger, éviter les contacts… Ce sont les meures d'hygiène de base qui font malheureusement encore souvent sourire les Français (l'hygiène, c'est toujours pour les autres et ce n'est pas noble).

Parallèlement, une personne qui tousse et se sent malade de façon aiguë devrait éviter au maximum de rencontrer d'autres personnes pendant un minimum de 48 heures, ou alors porter un masque médical pour protéger les autres.

Parce qu'actuellement, il n'existe ni antiviral ni vaccin. Ce qui signifie que le traitement est principalement préventif (face à un danger de contagion) ou à défaut palliatif chez les personnes déjà malades (soins de confort et d'assistance).

Sur le plan de la recherche, plusieurs laboratoires travaillent sur ce nouveau virus afin de le caractériser complètement et de trouver quelles pourraient être les possibilités de vaccin ou d'antiviral. On peut affirmer que cette crise sanitaire est à ce jour appréhendée sur le plan international. L'OMS reste le chef d'orchestre des mesures internationales.

Si l’on s’intéresse aux conséquences économiques que peut avoir une telle épidémie, quelles avaient été les conséquences du premier SRAS en 2003, en Chine ?

Michel Ruimy : En 2003, l’épidémie de SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère), bien que finalement limitée, avait coûté 40 milliards de dollars à l’économie mondiale. Pour Ebola, le coût avait été estimé entre 1 à 4 points de Produit intérieur brut pour les pays les plus touchés comme le Libéria, la Sierra Leone ou la Guinée.

Par comparaison à ce virus, si la pandémie actuelle ne pouvait pas être contenue à court terme, les ventes au détail, le tourisme, l’hôtellerie, les transports et la restauration en Chine seront vraisemblablement touchés, en particulier au premier trimestre et au début du deuxième trimestre. Il s’agirait donc, pour l’instant, d’un impact économique susceptible d’être transitoire. Cependant, en l’absence de vaccins et d’une mobilisation internationale à la hauteur, c’est, peut-être, une machine infernale qui est en train de s’emballer.

Si le virus reste essentiellement circonscrit à la Chine, la croissance mondiale pourrait pourtant être davantage affectée que lors de la précédente crise du SRAS. En effet, la nouvelle épidémie se développe alors que l’économie chinoise montre des signes de ralentissement inédits mais surtout le poids de la Chine a plus que doublé depuis 2003. Elle représente environ 20% de l’économie mondiale contre un peu moins de 10% à cette époque.

Le coronavirus en Chine ou encore Ebola en Afrique, avaient eu un lourd impact sur le tourisme et l’investissement étranger. Si l’important est d’anticiper la crise, des mesures ont-elles été prises aujourd’hui, à la fois, par le gouvernement chinois mais aussi par les gouvernements américain et japonais, pays dans lesquels le virus s'est propagé ? Que faire afin de limiter l’impact d’une épidémie sur l’économie locale et mondiale ?

Michel Ruimy : Outre l’Asie, les mesures de prévention se multiplient également dans le reste du monde. Par exemple, les Etats-Unis ont annoncé qu’ils filtreraient les vols en provenance de Wuhan (foyer de l’épidémie) aux aéroport de San Francisco, Los Angeles et de John-F. Kennedy (New York). Les passagers seront examinés par les équipes médicales mais pas systématiquement soumis à un prélèvement.

En France, bien qu’il soit faible, le risque de propagation du virus ne peut pas être exclu. Les autorités sanitaires déploient déjà un dispositif précis pour ce type de cas afin d’éviter le contact avec le reste de la population. Les médecins doivent désormais orienter vers le SAMU ou un infectiologue référent toute personne présentant une infection respiratoire aiguë.
Le problème crucial de toute épidémie est de déterminer la fin de la propagation du virus. Il convient donc de contenir au mieux cette diffusion qui doit être accompagnée de moyens appropriés. Entre le rythme de diffusion du virus qui s’accélère et la peur panique qu’il propage, une grande partie de l’économie risque d’être menacée d’être gravement perturbée. Même des « petites » épidémies ont des effets considérables. 

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