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Coronavirus : les leçons économiques de l’après grande peste noire en Europe
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Covid19

Coronavirus : les leçons économiques de l’après grande peste noire en Europe

Pendant la peste noire, des travailleurs ont demandé -et obtenus- trois augmentation de salaire successives dans l’année qui a suivi la fin de la Grande peste. D’autres employés ont fait grèves pour des salaires plus élevés avec moins d’heure de travail

Mathieu  Mucherie

Mathieu Mucherie

Mathieu Mucherie est économiste de marché à Paris, et s'exprime ici à titre personnel.

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Atlantico : Aujourd’hui on pourrait parler des livreurs, des caissiers, des policiers, du personnel hospitalier … Selon vous, ces divers corps de métiers peuvent espérer une revalorisation de leur salaire après le coronavirus ? 

Mathieu Mucherie : Il y a une énorme différence par rapport à l'époque. Aujourd'hui, il n’existe plus de corps de métiers. Il n’y a plus le taux de syndicalisation des années 60-70, ni la notion de métier au sens de corporations comme cela existait à la sortie du Moyen-Âge. C'est à dire que cela a été décorporalisé et désyndicalisé. Aujourd’hui, les individus dont vous parlez, comme les infirmiers par exemple, se retrouvent comme des atomes face à l’employeur, qui très souvent est l’administration, or l'administration doit faire des chèques à beaucoup de monde.  Donc qu'on ait affaire à une administration, ces contraintes budgétaires compte tenu des effectifs et de son impossibilité de licencier, ou qu'on ait affaire à des employeurs privés qui, évidemment, ont toute latitude aujourd'hui puisque ils peuvent évidemment exercer implicitement une sorte de chantage à la file d'attente du taux de chômage. Les individus qui ont été libérés par la loi Le Chapelier d'un côté, et qui ont été libérés de la CGT de l'autre, n'ont aucun pricing power. Ils n'ont aucune capacité à fixer les prix comme le taux de salaire par exemple.  Il y a donc quelques poussées de fièvre du type gilets jaunes permettant la possibilité d'obtenir des petites choses, de petites primes exceptionnelles. 

Tout comme pour la peste, la dépopulation soudaine peut-elle  avoir un  impact sur l’inflation ?

Je ne suis certain que cela joue. Évidemment, il ne faut pas souhaiter la disparition brutale de 15 millions de Français, mais il faut reconnaître qu'en terme de dépopulation, non, ça ne jouera pas sur les fondamentaux de l'immobilier. Par contre, ça jouera un petit peu sur l'immobilier parce qu’il y a tout un tas de transactions qui ne pourront pas se faire dans l’année. Cela créera donc des situations de stress mais aussi des situations de vent de panique. Il y aura donc peut-être  des choses à ramasser en septembre chez les gens qui auront pendant 6 mois voulu vendre leur immobilier, et qui ne pourront plus le vendre. 


Peut-on dire que de manière générale, lorsque l’économie est durement touchée, les populations ont tendance à ressentir le besoin d’épargner davantage ? Donc, in fine, un ralentissement de la croissance ? 


Il y a trois motifs de d'épargne qui sont bien référencés dans la théorie économique. Le premier est un des besoins d'épargne qui vient notamment de la nécessité d'avoir des liquidités, du cash : il va y avoir une reconstitution des balances en cash de beaucoup de ménages et de beaucoup d’entreprises, parce qu'il y a beaucoup de gens qui étaient à flux tendus, qui étaient très pris par tous leurs engagements, par leur endettement, etc. Ils vont devoir se reconstituer des poches de cash.  Donc, il va y avoir certainement la reconstitution d’une épargn e que l’on appelle « épargne de précaution »,  épargne de transaction. Et puis, peut être que, plus fondamentalement, ça incitera les gens effectivement à épargner davantage, c’est à dire que l’on assistera au choc de court terme où les gens ont reconstitué leur épargne parce qu’ils n’auront pas consommé pendant six semaines. Puis, nous aurons ensuite pendant six mois la reconstitution des balances en cash des ménages et des entreprises. Et peut être qu'au delà de ça, nous avons aussi une incitation à épargner davantage, soit pour sa retraite, soit pour sa santé. C'est possible, mais pour le moment, les gens arbitrent, c'est à dire que ils arbitrent entre par exemple leur assurance vie et leur PEA ou leur unité de compte, etc. Pour le moment, ce sont plus des arbitrages qu’une énorme reconstitution d’épargne.

Et puis, reconstituer son épargne, c’est un petit peu embêtant parce que cela veut dire que c’est de la non-consommation. Malheureusement, cela signifierait que nous serions pendant des mois ou des années dans une logique où il y aurait très peu de rebonds de consommation donc en fait très peu de rebonds de croissance conjoncturelle. Ce qu'on imagine également c'est  qu’il y ait quand même un rebond conjoncturel, il faudra probablement arbitrer entre les deux. On ne pourra pas voir l'un et l’autre. La façon d’avoir et l'un et l’autre,  ce serait qu'en même temps, il y a ait une baisse d'impôt, mais une baisse d'impôt pérenne, c'est à dire pas quelque chose qui sera financé trois ans plus tard par une nouvelle hausse d’impôts.

À l’inverse, pendant la peste, beaucoup d'individus se sont rués vers des articles qui étaient auparavant peu consommés, comme les sous vêtements en lin, par exemple. Cela pourrait-être le cas des Européens à la sortie du confinement?

Je crois qu'on peut parler d'un effet au soulagement, qui pourrait peut-être inciter certains à faire des énormes fêtes. Mais en même temps, ce n’est pas complètement certain puisque l’on est en train de nous dire que nous allons déconfiner progressivement, avec des masques, et alors que les tests ne sont pas encore sûrs, Nous n’allons peut être pas tout de suite retourner au cinéma, aller dans un concert de rock à 600 personnes dans 40 mètres carrés. Si on est déconfinés dans ces conditions, je ne suis même pas certain qu'il y aura cet effet là. Et quant au changement dans la structure de la consommation, au delà de quelques anecdotes comme les sous vêtements, je n’y crois pas trop parce que s'il y a bien des choses qui sont quand même relativement stables, ce sont les habitudes d’épargne,  de consommation, d’investissement. Ce sont comme des agrégats qui, à l’échelle macro, changent très peu d'une année sur l'autre.

Il y a peut être de petites choses qui apparaîtront plus logiques, qui bénéficieront peut être à Netflix ou à Canal+, parce qu'on aura une expérience concrète d'un confinement pendant plusieurs  semaines. Mais ce sont plutôt des anecdotes ou des accumulations d'anecdotes. Parce que pour ce qui est des grandes masses de consommation, par exemple en terme de combien fois nous allons au restaurant par an, en général, cela  ne change pas ou très peu d'une année sur l'autre.

Le choc n’aura probablement pas été assez traumatique pour que cela change des choses aussi aussi lourdes que ça. 

Contrairement aux guerres, les pandémies ne présente pas de pénurie de capitaux à remplacer. Quelle peut être l’évolution des taux d’intérêts ?

Nous avons un choc qui est déflationniste. Nous avons parlé d’un choc positif d'épargne parce que les gens ne peuvent pas consommer ni épargner davantage. Ils vont peut être être incités à encore en plus s'épargner. Évidemment tout cela baisse les taux. C’est peut être aussi quelque chose qui va changer les taux réels en plus des taux nominaux. Parce que si jamais cela affecte le potentiel de croissance, ce qu'on nous n’avons pas en tête mais imaginons-le, alors dans ce cas là, ça sera la double dose : baisse des taux conjoncturels plus une baisse des taux structurels.

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