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COP21 : 8 réponses aux questions que se posent ceux qui n’ont toujours pas compris grand-chose à la grand-messe sur le climat
©Reuters

Kézako ?

COP21 : 8 réponses aux questions que se posent ceux qui n’ont toujours pas compris grand-chose à la grand-messe sur le climat

La COP21 qui s'est ouverte lundi 30 novembre soulève des questions très complexes. Voici 8 éclairages pour vous aider à comprendre les enjeux (et qui vous évitent de suivre 15 heures de discours d'affilée).

Jean-Paul Maréchal

Jean-Paul Maréchal

Jean-Paul Maréchal est Maître de conférences en Science économique à lUniversité Paris Sud. Il est l'auteur de l'ouvrage Chine/USA. Le climat en jeu, Paris, Choiseul, 2011, 116 p.

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Jean-Paul  Bozonnet

Jean-Paul Bozonnet

Ancien Enseignant-Chercheur, Maître de conférences.

Structure(s) de rattachement

  • FNSP
  • Pacte
  • Sciences Po Grenoble

 

Domaines de recherche

Ecologie et environnementalisme
  • Opinions, valeurs et attitudes dans la société civile 
  • Pratiques environnementales, tant au niveau domestique qu’à celui de la militance politique
  • Organisations, associations environnementales, et capital social 
  • Différents aspects de l’institutionnalisation 
  • Grandes théories explicatives de l’environnementalisme 

 

Publication récente

  • « Le contre-récit climatique dans l’opinion européenne, Émergence et signification sociale », Controverses climatiques, sciences et politique, (dir. Edwin Zaccai, François Gemenne, Jean-Michel Decroly), Paris, Presses de Sciences Po, 2012, pp. 195-219.
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Myriam Maestroni

Myriam Maestroni

Myriam Maestroni est présidente d'Economie d'Energie et de la Fondation E5T. Elle a remporté le Women's Award de La Tribune dans la catégorie "Green Business". Elle a accompli toute sa carrière dans le secteur de l'énergie. Après huit années à la tête de Primagaz France, elle a crée Ede, la société Economie d'énergie. 

Elle est l'auteure de plusieurs ouvrages majeurs: Intelligence émotionnelle (2008, Maxima), Mutations énergétiques (Gallimard, 2008) ou Comprendre le nouveau monde de l'énergie (Maxima, 2013), Understanding the new energy World 2.0 (Dow éditions). 

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  • Les chefs d'Etats sont là au début et pas à la fin... Et c'est tant mieux!
  • Vive l'accord contraignant, mais ce n'est pas gagné.
  • La COP22 est déjà prévue. Elle se déroulera en 2016 au Maroc
  • Jean Paul Maréchal : "les émissions de CO2 par tête et par an sont de 16,6 tonnes aux Etats-Unis et de 1,7 tonne en Inde. En France, le niveau de rejet est de 5,7 tonnes."
  • 15 heures de discours de la majorité des chefs d'Etats du monde, difficile de tout voir mais une diffusion nécessaire.
  • Jean-Paul Maréchal : "Les citoyens ont également leur rôle à jouer… ne serait-ce qu’en favorisant les entreprises les plus écoresponsables ou en achetant des produits peu gourmands en énergie."
  • La COP21 va coûter environ 180 millions d'euros dont près de 25 millions financés par les entreprises... Mais ce n'est rien à côté du coût du réchauffement climatique si rien n'est fait.

1. Pourquoi les chefs d’Etat sont-ils présents au début et pas à la fin ?

Jean-Paul Bozonnet :Sur 196 pays prévus pour participer à la COP21, 150 chefs d’État sont venus à Paris ce lundi et sont reçus par le président Hollande. Il s’agit pour ces représentants de la planète de montrer à la face du monde, de leur population, – et éventuellement de leur électorat –, qu’ils prennent très au sérieux la COP21.

Cette présence est plus utile au début de la COP, pour impulser le mouvement de négociation, stimuler les autres "parties" en témoignant de l’implication du pays au plus haut niveau, sinon de sa bonne volonté. Même si cet engagement n’est que de façade pour certains, il produit un effet de groupe avec 150 chefs d’exécutif, ce qui exerce de toutes façons une forte pression et des attentes en faveur d’un accord.

La plupart des chefs d’État vont partir dès mardi car ils ne négocient évidemment pas directement. D’ailleurs, la négociation est déjà très largement balisée et calée par les bornes fixées lors de nombreuses réunions de "pré-conférence". Il n’y a donc que des marges à négocier, et la plupart des pays ont déjà prévu en interne ce qui est modifiable ou intangible. Ce sont les négociateurs déjà bien rodés à l’exercice depuis des semaines ou des mois, qui discutent, cherchent à convaincre, mettent la pression ou se défendent. Mais l’intervention de trois minutes que chaque chef d’État fait au début de la COP, permet de rappeler devant toutes les autres "parties" les positions défendues, et le cadre à l’intérieur duquel il souhaite contenir la négociation, ou même l’imposer s’ils sont assez puissants comme les États-Unis ou la Chine. Par la suite, les chefs d’État n’interviennent en personne que pour trancher lorsque des difficultés insurmontables apparaissent, notamment à la fin du sommet, ou valider par une signature.

Accessoirement pour beaucoup d’entre eux, il y a des retombées positives en termes d’image. En brossant devant une tribune mondiale un portrait flatteur de leur pays, ils peuvent figurer dans les médias internationaux pour une contribution au sauvetage de la planète, ce qui avant l’issue du sommet ne coûte rien ! Pour de nombreux petits pays ce coup de projecteur n’est pas négligeable, et pour quelques autres chefs d’État, pas toujours recommandables, c’est toujours mieux que les affaires pour lesquelles ils font souvent la une des médias internationaux.

Enfin, non seulement il est plus utile, mais il est toujours plus facile de s’afficher au début de la COP qu’à la fin où un accord significatif n’est absolument pas assuré. Il suffit de se rappeler Copenhague, où le dernier jour du sommet a vu les principaux chefs d’État, Obama, Sarkozy, Medvedev, Wen Jiabao, Merkel,… ne pas parvenir à un véritable accord et rentrer sans gloire à la maison.

Myriam Maestroni : En fait ce n’est pas parce que les chefs d’Etat vont se déplacer que l’on va avoir des résultats lors de cette COP21. C’est un travail qui a été commencé très en amont puisque tous les pays depuis plus d’un an ont été sollicités pour remettre leur copie sur leurs engagements. Cela permet déjà d’apercevoir comment les contributions de chacun vont pouvoir se cumuler. Ce qui se passe actuellement c’est davantage une rencontre officielle qui scelle l’investissement de l’ensemble de ces pays qui débouche sur une restitution. Il ne faut pas oublier que c’est la COP21, il y en a eu 20 auparavant, c’est la 11ème qui siège depuis le protocole de Kyoto.

Pour revenir à votre question je crois que c’est l’inverse qui aurait été surprenant. On ne va pas garder pendant 10 jours des chefs d’Etat qui viennent du monde entier pour parler sur un sujet qui réunit déjà plus de 1 300 personnes. Donc les chefs d’Etat vont montrer la voie. Ils sont là. Ils ont transmis leurs idées et ils ont une équipe qui est présente pour suivre la suite des évènements et pour travailler à l’ensemble des solutions qui sont sur la table. Il ne faut pas en tout cas confondre la rencontre diplomatique avec les chefs d’Etat qui portent le sujet au plus haut niveau. C’est d’autant plus important que dans le contexte actuel des attentats, la COP21 a bel et bien été maintenue. Les 1 100 délégués de la séance plénière ont respecté une minute de silence en rapport aux évènements. Mais cette COP21 n’a pas été reportée. Elle se tient bien en ce moment avec certes des moyens de sécurité importants mais à l’inverse d’autres évènements, elle n’a pas été annulée. Donc les chefs d’Etat ont répondu à l’enjeu, maintenant il y a un programme précis et complet pour ces 10 jours de COP21 et il sera temps plus tard d’en faire le bilan.

Après les chefs d’Etat, c’est au tour des entreprises, des ONG, des jeunes, de la société civile de se prononcer sur leurs propres engagements qui suivent ou devancent la volonté des Etats respectifs. Heureusement qu’on n’attend pas tout des chefs d’Etat et que les autres acteurs ont leur rôle à jouer. Les villes et les régions aussi sont des acteurs importants. S’il y a eu des marches symboliques dans le monde entier c’est bien que la question dépasse la seule action des gouvernements.

2. Quelle serait la force juridique d'un accord signé à l'issue de la COP21 ?

Jean-Paul Maréchal :Evidemment, l’idéal serait de parvenir à un accord contraignant. Non pas qu’un accord de ce type soit forcément la panacée. On l’a vu avec le Protocole de Kyoto qui, bien que contraignant, n’a pas été respecté par certains pays qui l’avaient pourtant ratifié, pays qui n’ont pas été sanctionnés pour avoir manqué à leurs engagements. Reste qu’un accord contraignant – malgré ces limites - demeure un symbole fort.

Mais cela ne semble plus à l’ordre du jour depuis que le 12 novembre dernier John Kerry a déclaré : "Il n’y aura pas d’objectifs de réduction des émissions juridiquement contraignants comme cela avait été le cas à Kyoto".

On semble donc s’orienter vers un accord "impliquant" avec des règles de transparence, de comptabilisation des émissions, de vérification… le tout assorti d’une clause de réexamen périodique, par exemple tous les cinq ans (ce que la Chine a accepté lors du dernier voyage du Président Hollande à Pékin).
Si une telle solution est adoptée au terme de la COP21, cela voudra dire que l’avenir du climat reposera sur la pure et simple bonne volonté des principaux pollueurs de la planète. Ce ne sera pas forcément un drame si leurs engagements sont sincères…
Mais en même temps on doit se demander pourquoi, si leurs engagements sont sincères, certains refusent un accord contraignant…

3. 15h de discours d’affilée, qui peut écouter ça ? Pourquoi ne peut-on pas facilement envisager suivre autant d'heures de discours de suite ?

Myriam Maestroni : Mais attendez, c’est comme si vous me disiez pourquoi les Français ne regardent-ils pas toute l’après-midi la chaîne parlementaire ? Ce n’est pas la façon dont je conçois les choses et ce n’est pas le sujet. Ce qui est important c’est qu’il y ait une prise de conscience au-delà des chefs d’Etat mais globale. Il y a eu beaucoup de communication pour que chaque citoyen sache que la COP21 se déroule en ce moment même en France et que chacun d’entre eux soit sensibilisé à la question du réchauffement climatique.

L’important c’est que les Français puissent se saisir de ce sujet et déterminer s’il est bien pris en compte par ses élus. D’ailleurs les décisions pour devenir des lois vont devoir être votées par la représentation nationale. Maintenant la question est de savoir si le quotidien des Français a changé sous le prisme du changement climatique. La réponse est "oui" bien entendu.

Depuis 2006, pour la première fois les Français ont pu comprendre que nos plus de 30 millions de logements dans lesquels nous vivons ne sont pas tous égaux par rapport à la consommation d’énergie. Et cela grâce aux fameux Grenelles de l’Environnement. Et cela c’est unique ! Il faut savoir que le logement le moins bien noté eu égard à la consommation d’énergie va gaspiller 9 fois plus d’énergie que celui qui est le plus "propre". Du même point de vue la RT 2012 (Réglementation Thermique) oblige à avoir des constructions beaucoup moins énergivores. Etant conscient de ces données, le citoyen sait qu’il peut réduire sa consommation. C’est comme cela que l’on va avancer. Donc il y a en quelque sorte une incitation, notamment avec depuis 2006 des éco-primes. D’ailleurs, et c’est la loi, tous les énergéticiens sont obligés d’aider leurs clients à consommer moins.

En définitive, il faut se dire aujourd’hui que cette COP21 doit être mise en perspective des différentes échelles : nationale, européenne et internationale. Mais clairement les citoyens doivent avoir accès à ces informations. Tout comme les lois, ils doivent être en mesure de s’informer et de les connaître.   

4. Quelles sont les suites après la COP21 ?

Jean-Paul Maréchal : Comme on ne sait pas encore comment va se conclure la COP21 il est difficile de prédire ce qui va se passer lors de la COP22 !

On peut imaginer que si un accord est trouvé à Paris, la COP22 pourrait être consacrée à la définition des instruments concrets de sa mise en œuvre. (La COP22 est déjà prévue pour 2016 et elle aura lieu au Maroc)

Un thème qui ne devrait pas être éludé est celui de la fixation d’un prix du carbone. Mais, même si cela était acté (ce qui est douteux), il resterait à savoir si un tel prix serait obtenu par un système de permis d’émissions (conne cela est le cas notamment en Europe depuis 2005) ou par une taxe internationale (come le réclament de nombreux économistes).

Comme on le voit, même dans l’hypothèse la plus favorable sur la conclusion de la COP21, le travail à accomplir restera immense.

Dans le cas contraire, il sera encore plus considérable… pour peu que quelqu’un veuille l’entreprendre !

5. Lors de cette COP21, on collecte de l'argent mais pour qui et pourquoi ? 

Myriam Maestroni : Si vous parlez du Fond vert et des 100 milliards, on est sur un sujet lié aux émissions respectives de CO2 des différents pays. Aujourd’hui, certains pays sont très émetteurs, c’est le cas des Etats-Unis ou de la Chine. Mais il y a de nombreux pays qui sont moins émetteurs mais qui polluent aussi. Ceux-là doivent investir pour baisser leurs émissions.

L’idée est de permettre à ces Etats qui sont actuellement des pays qui certes ont moins pollués en cumul que les USA et la Chine mais qui doivent encore baisser leurs émissions. Telle est la philosophie du Fond vert. Il s’agit de les aider à passer le pas. En parallèle, l’idée que le prix du carbone soit fixé par zone et non de façon internationale et globale fait son chemin. A titre d’exemple l’Inde utilise beaucoup de charbon. Evidemment pour passer à une autre source d’énergie, le pays doit investir et donc être soutenu. D’autant plus qu’au regard de l’histoire ce n’est pas l’Inde qui a le plus pollué la planète. C’est la notion de responsabilité collective et différenciée.  

6. L’opposition entre les pays développés et les pays en développement tient-elle toujours ?

Jean-Paul Maréchal : Bien sûr ! Et pour cause : les pays développés ont un niveau d’émission par tête bien supérieur à celui des pays en développement. Cette opposition peut être illustrée par la tribune que le Premier ministre indien, M. Modi, a signé le 30 novembre dans le Financial Times. Il réclame des efforts de la part des pays riches en raison de leurs responsabilités historiques dans le changement climatique actuel. Il explique que "La justice exige qu’avec le peu de carbone que nous pouvons encore brûler en toute sécurité, les pays en développement soient autorisés à croître". A titre de comparaison, les émissions de CO2 par tête et par an sont de 16,6 tonnes aux Etats-Unis et de 1,7 tonne en Inde. En France, le niveau de rejet est de 5,7 tonnes.

Une difficulté particulière est posée par la Chine dont les émissions annuelles par habitant s’élèvent à 7,5 tonnes, ce qui la place dans la moyenne des pays industrialisés. D’où le fait que Pékin ne refuse plus systématiquement de s’engager sur le dossier climatique… même si c’est à un horizon un peu lointain (2030).

7. La COP21 fait notamment se rencontrer les chefs d'Etats mais les entreprises ne sont-elles pas les seules à pouvoir agir finalement sur la question du réchauffement climatique ? 

Jean-Paul Maréchal :  Bien sûr que non ! Les citoyens ont également leur rôle à jouer… ne serait-ce qu’en favorisant les entreprises les plus écoresponsables ou en achetant des produits peu gourmands en énergie.

Les entreprises seront d’autant plus incitées à produire ce type de biens que la demande sera forte. Ce n’est pas simplement une question de motivation de la part des chefs d’entreprise, même si c’est un facteur important. En fait, beaucoup d’entre eux sont déjà convaincus. Ainsi, le 26 novembre 39 dirigeants de grandes entreprises françaises ont signé un Manifeste pour le climat. Ils s'engagent à injecter d'ici 5 ans au moins 45 milliards d'euros dans des projets industriels et de R&D dédiés aux énergies renouvelables, à l'efficacité énergétique et à d'autres technologies bas carbone.

Mais il faut évidemment que toutes les innovations qui vont dans le sens d’un plus grand respect de l’environnement trouvent des débouchés.

Les pouvoir publics ont également un rôle capital à jouer en favorisant (par exemple fiscalement) les comportements les plus écologiques, les transports en commun, un habitat qui limite les dépenses énergétiques…

8. Quel est le coût de la COP21 ? 

Jean-Paul Bozonnet :Les crédits votés par le projet de loi de finances pour 2015 a été de un peu plus de 180 millions d’euros. Des grandes entreprises ont été sollicitées avec plus ou moins d’insistance par l’État, et jusqu’à présent 47 ont répondu, prévoyant de verser des contributions, surtout en nature, évaluées très approximativement à 25 millions d’euros. Comme les crédits alloués ont déjà été dépassés, cet argent des mécènes ne fera que compenser le surcoût, et il faudra probablement voter une rallonge budgétaire.

L’argent est consacré à l’organisation d’un énorme sommet : 40 000 personnes sont attendues, dont les 150 chefs d’État, tous participants qu’il faudra loger, nourrir, véhiculer, et rassembler dans des espaces de travail, pour une grande partie d’entre eux, pendant 11 jours. Le budget sera consacré tout d’abord à la location et l’aménagement des lieux de réunion et de communication. Ainsi l’espace nécessaire à l’accueil a dû être augmenté par rapport à la surface prévue, grevant d’autant le budget initial et serait désormais d’environ 180 000 m². Une autre partie du budget devra assurer l’hébergement et la restauration, ainsi que le transport des délégations. Il faut aussi financer la communication, qui est une dimension essentielle de la COP. S’y ajoutent les salaires des personnels administratifs et gestionnaires de cet énorme événement, dont le temps passé excède évidemment de beaucoup les 11 jours du sommet officiel. Enfin, il faut assurer la sécurité de toutes ces personnalités ; compte tenu des circonstances après les attentats, on peut prévoir que ce sera une part du budget nettement plus importante que prévu.

Le détail des dépenses n’est pas encore connu. Même si l’on publie par la suite le bilan définitif et que celui-ci est sincère, il n’est pas sûr qu’il reflète exactement les postes indiqués. En effet, nombre de dépenses, difficiles à évaluer, sont de purs jeux d’écriture, notamment du fait de la mise à disposition de matériels ou d’équipements, et surtout de personnels par l’État. Pour ne prendre que l’exemple de la sécurité, il est difficile d’évaluer le coût exact de la mobilisation des effectifs de gendarmerie, des CRS ou de la police, dont les tâches ici se confondent avec celles de Vigipirate ou autres opérations liées à la circulation ou à l’état d’urgence.

Quoiqu’il en soit, les ministres semblent bien conscients des critiques possibles dans l’opinion du fait de cet événement certes hors du commun, mais coûteux au moment où l’on exige des économies de tout un chacun. Ainsi Laurent Fabius a expliqué que le coût par jour et par personne de la COP est 10 fois inférieur à celui des autres sommets (G8 ou G20), ce qui peut se comprendre compte tenu du fait que la COP rassemble beaucoup plus de personnes, et bénéficie d’économies d’échelle. Il a également relativisé la dépense en invoquant l’investissement que cela représentait et les retombées économiques pour l’Île-de-France, les évaluant à 100 millions d’euros ; montant calculé visiblement "à la louche", difficile à chiffrer, et de toutes façons invérifiable.

Mais le joker du ministre pour faire passer la pilule, c’est l’appel lancé aux entreprises pour contribuer au financement. Celles qui ont répondu vont surtout fournir des aides en nature. Ainsi Engie (ex Suez Environnement) se chargera du nettoyage des espaces de conférence, Renault prêtera 200 véhicules électriques, Publicis s’occupera de la communication évidemment… EDF, LVMH, L’Oréal, SNCF, Orange, EDF, Sanofi, BNP, et même Google vont participer d’une manière ou d’une autre.

Ce mécénat, un peu contraint par l’État dans le cas des grandes entreprises françaises, leur permet de faire une opération de communication, et de verdir un peu leur image. Elle a toutefois suscité l’ire de nombre d’ONG comme ATTAC ou les Amis de la Terre qui dénoncent le "greenwashing", l’écologisation à peu de frais de multinationales qui sont loin d’être exemplaires pour certaines d’entre elles. 

Myriam Maestroni : De toute façon c’est un coût qui est connu du public et qui a été voté par l’Etat. Il s’agit d’une enveloppe de 170 millions d’euros. C’est vrai que c’est un coût important mais il faut relativiser. Tout d’abord, 20% est pris en compte par des entreprises. Evidemment c’est toujours trop cher.
En même temps il y a toujours ce genre de polémique pour pointer le montant des dépenses. On s’est notamment posé la question de savoir si l’on n’aurait pas pu faire une COP21 par vidéoconférence. C’est une bonne interrogation mais il ne faut pas seulement regarder cette somme en valeur absolue. Il faut la regarder par rapport à une somme que l’on commence à peine à chiffrer aujourd’hui qui est le coût du dérèglement climatique. Le coût de ne rien faire est bien plus important. Obama a dit que pour les Etats-Unis en 2012, l’addition de ce dérèglement climatique est égale à 110 milliards.
Aujourd’hui en France, cette somme n’a toujours pas été réellement faite. Donc qu’est-ce que 117 millions d’euros par rapport à 110 milliards ? Je ne dis pas que le coût de la COP21 est négligeable mais il faut le relativiser. Ne rien faire coûtera beaucoup plus cher au final. Il suffit de voir les stations de ski qui ouvrent de plus en plus tard et ferment de plus en plus tôt. Tout cela a un coût très concret pour notre économie.

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