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"Pas de panique, tomber du triple A à AA+ ou même AA ne serait pas un drame pour la France"
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Tare ta gueule à la récré

"Pas de panique, tomber du triple A à AA+ ou même AA ne serait pas un drame pour la France"

Cet article avait été publié dans les colonnes d'Atlantico en décembre dernier. A l'époque, l'économiste Manuel Maleki se montrait relativement rassurant sur les conséquences d'une perte du triple A français, qui semble, ce vendredi, être devenue une réalité.

Manuel Maleki

Manuel Maleki

Manuel Maleki est Docteur en Sciences Economiques à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne.

Il est spécialiste des questions de réformes. Il a travaillé à Londres dans une grande institution financière avant de rejoindre les équipes de la recherche économique du groupe ING en tant que Senior Economiste.

Il s'exprime sur Atlantico à titre personnel.

 

Voir la bio »

Ce vendredi Standard and Poor's aurait dégradé le triple A français.
Pour plus d'informations et les réactions à cette nouvelle, lire :
Standard and Poor's dégrade le triple A de la France

L'interview qui suit a été publiée sur Atlantico fin décembre 2011...

Atlantico : Après les mises en garde des trois grandes agences de notation (Standard & Poor's, Moody's et Fitch), la France s'attend à perdre sa notation triple A dans les semaines, voire même les jours à venir. Quelles seraient les conséquences pour les marchés financiers, et notamment les fonds de pension ?

Manuel Maleki : Les marchés financiers ont largement intégré la dégradation de la note de la France... La question qui reste en suspend est l’ampleur de la dégradation (1 cran ou deux), et surtout la perspective attribuée à la note. En effet, trois perspectives différentes existent : positive, stable et négative.

Une perspective positive semble exclue, il reste donc stable ou négatif. La perspective négative serait un mauvais signal, puisque cela signifierait que Standard & Poor's devrait se prononcer dans les 12 mois sur une révision de la note avec une probabilité d’environ 30% que la France soit dégradée à nouveau. Cet élément sera scruté par les marchés avant tout.

L'État français trouverait-il encore preneur pour ses obligations souveraines ?

Concernant les institutions financières possédant de la dette française, l’impact devrait être marginal, car AA+ ou AA reste une très bonne signature. La question de la conservation d’obligation se pose quand une entité perd son statut « investment grade », et passe dans la catégorie « spéculatif ». Il peut y avoir alors, dans les processus de gestion des risques et même réglementaires, des obligations de se débarrasser de ce type d’investissement, alors jugé trop dangereux. Pour l’instant, la France en est très loin...

Évidemment, certains établissements devront revoir leur portefeuille et vendront peut-être de la dette française, provoquant une augmentation du taux d’intérêt et une baisse de la valeur de l’obligation.

Mais au-delà de l’État français, il faut savoir que la méthodologie de Standard & Poor's rend impossible le fait qu’il existe une entité publique ou privé qui ait un "rating" (notation) supérieur au "rating" du pays auquel elle est rattachée. Plus simplement, si l’État français est dégradé, les entités publiques (comme par exemple, l’Agence française de développement ou bien les villes, régions etc.) notées AAA le seront aussi automatiquement. Quant aux autres entités, elles seront sans doute réexaminées.

Donc, il peut se produire un renchérissement du coût de l’emprunt pour tout un ensemble d’acteur public, privé, et bien sûr mixte comme EDF. 


Un triple A perdu est-il regagnable rapidement pour un État ?

Si la note d'un État est dégradée, il est long et très difficile pour ce dernier de récupérer celle-ci. Cela se compte en années. Le Japon est un cas d’école : il a perdu son triple A dans les années 90, et ne l’a jamais récupéré depuis...

Par contre, si la perspective est abaissée de stable à négative, le retour à stable peut se faire plus vite (un ou deux ans). La Grande-Bretagne avait été mise sous perspective négative durant un temps par l’agence Standard & Poor’s, mais celle-ci a ramené cette perspective à stable assez rapidement. Perde le triple A n’est pas tout à fait la même chose que de passer de AA à A-. Triple A étant la note maximum, elle est beaucoup plus difficile à obtenir.


Sachant que les grandes agences de notation sont au nombre de trois, si l'une d'entre elles abaisse la notation française, les autres suivront-elles ?

Les agences sont très nombreuses... Si nous citons toujours les trois mêmes, c'est parce-qu'elles ont le plus de visibilité sur les marchés, et sont accréditées par les régulateurs. Autrement dit, ce sont celles que les investisseurs suivent, car les notes sont prises en compte par les analyses de risque des institutions financières.

Moody’s et Fitch Ratings ont déjà largement communiqué sur le fait que le Triple A français était très fragile, et sous la menace d’une dégradation. Donc, il est très probable que même indépendamment de la décision de Standard & Poor’s, les deux autres agences agissent.

Dans cette perspective, les banques françaises arriveraient-elles à se refinancer ?

C’est évidemment une mauvaise nouvelle pour les banques françaises, toutefois, cela ne devrait pas les empêcher de se refinancer, car la nouvelle est largement attendue, et la signature de la France serait toujours de très bonne qualité.

Toutefois, on ne pourrait pas exclure un coût plus élevé pour se refinancer sur le marché secondaire (auprès des banques d'investissement). Les perspectives seraient donc plus sombres, sans toutefois être catastrophiques.

Propos recueillis par Franck Michel

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