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Choc de compétitivité

Comment Nicolas Sarkozy et son contre-choc fiscal inquiètent les patrons

Nicolas Sarkozy a annoncé lors d'une interview à la radio un contre choc fiscal en réponse à la politique menée par François Hollande. Ces annonces inquiètent les patrons qui ne trouvent personne dans l'ensemble de la scène politique qui saura véritablement redresser la France. Seul un certain Emmanuel Macron a su tirer son épingle du jeu en devenant ainsi la coqueluche des chefs d'entreprise.

Atlantico : Lors d'une interview accordée à Europe 1 Nicolas Sarkozy a fait de nombreuses annonces sur le plan économique et en appelant à un "contre choc fiscal" qui selon vous inquiètent les patrons. Comment expliquer leur angoisse ? Vont-ils la manifester aussi fortement que lorsque Pierre Gattaz est intervenu sur le programme de Marine Le Pen ?

Jean-Marc Sylvestre Le monde des affaires en général est très attentif aux propositions économiques des différents courants politiques et des différents candidats potentiels. Il regarde avec attention ce qui se passe à droite puisqu'il recherche une véritable alternative à la politique actuelle qui a échoué en matière de redressement de notre système économique et ils ne la trouvent pas. Aucun des candidats de droite ne convient. Ce que l'on a aujourd'hui est incohérent, disparate et relève d'une impréparation. Aucun patron des patrons ne dira publiquement ce qu'il pense des programmes économiques de l'opposition parce qu'ils laissent le soin aux hommes politiques de se défendre eux-mêmes. Nous ne sommes pas non plus à la veille de la présidentielle, en un an et demi beaucoup de choses peuvent encore changer.

La critique qu'a fait Pierre Gattaz à l'encontre de Marine Le Pen, ne portant que sur son programme économique, a eu le soutien des grands patrons ainsi que celui des petites et moyennes entreprises. Il n'est pas le seul patron à avoir émis des critiques à l'encontre de Marine Le Pen puisque Laurence Parisot l'avait fait en son temps. Un certain nombre de patrons à l'Association Française des Grandes Entreprises (AFEP), qui est le cœur du réacteur patronal, ont également été critique même si aucune des analyses économiques rendues en son sein ne sont rendues publiques. On sait que dans le Nord de la France, qui est une région très riche en patrons, certains d'entre eux sont allés voir la présidente du Front National pour lui dire que son programme ne fonctionnait pas et que son système allait détourner de la région un certain nombre d'investisseurs. Les formules utilisées contre le Front National valent pour tous les autres programmes aussi.

Le monde des affaires réclame de la cohérence, des engagements forts en faveur d'une mondialisation assumée, d'une Europe dirigée et d'une d'économie de marché assurant une concurrence transparente. Dans les offres politiques actuelles il n'y a pas ce type de cohérence. Il n'y a pas d'engagement politique véritable en faveur de la mondialisation, au contraire il y a plutôt une peur de celle-ci avec de plus en plus une tentation de protectionnisme. C'est-à-dire fermer les frontières aux immigrés mais également aux produits ou aux capitaux. Il n'y a pas de projet cohérent pour aller vers des Etats Unis d'Europe qui fonctionnent. On ne fait pas d'effort pour entrer dans une véritable économie de marché concurrentielle qui demande un effort de compétitivité à fournir pour les entreprises. Sarkozy dans tout ça annonce au détour d'une émission de radio en répondant à des auditeurs qu'il va faire un "contre choc fiscal", réformer les 35 heures, réformer le système d'allocation chômage et les allocations familiales.

Les patrons vont donc finir par s'exprimer, c'est en préparation notamment par l'intermédiaire des think tanks. On peut penser à l'Institut Montaigne qui prépare des chiffres et différents scénarios de politique économique. L'AFEP pourra sans doute s'exprimer, ainsi l'ETHIC qui est une filiale du MEDEF avec Sophie de Menthon ainsi que la CGPME. Il n'est pas possible de revenir en 2017 avec des candidats qui peuvent dire tout et n'importe quoi à leurs électeurs. François Hollande était complètement à côté des chiffres, Tsipras avait un programme totalement utopique. La vérité des chiffres et des faits est urgente en matière fiscale.

Le discours dominant dans le monde des affaires aujourd'hui est de considérer que personne dans la classe politique ne se situe dans une logique pro business. Personne ne tient un discours pédagogique sur la mondialisation, l'Europe, la concurrence ou encore le progrès technologique. Il y a une seule personne qui s'est inscrite dans ce discours là c'est Emmanuel Macron qui est devenu la coqueluche des milieux d'affaire. Même dans les banlieues on l'ovationne lorsqu'il dit que les banlieusards doivent être millionnaires. Le problème français est que l'électorat est vieux et composé en majorité de gens qui vivent de revenus de redistribution. La pédagogie de l'efficacité, de la performance, de la concurrence, de la mondialisation est très difficile à faire sur un marché politique tel que celui là. Il faut beaucoup de courage ou une situation de crise tellement importante pour faire passer des réformes courageuses. Tous les gens dans la sphère économique, vue la situation actuelle, attendent un homme politique qui ait le courage de réformer tout ce qui empêche de faire du business. La France est l'un des plus beaux pays pour l'art de vivre mais l'un des plus asphyxiés pour le dynamisme.

En 2017, l'état de la société française permettra à des patrons de juger aussi sévèrement la droite et la gauche. Leur critère sera tout d'abord que toute dépense doit être financée. Et ensuite les objectifs visés doivent être d'une très grande clarté. La priorité numéro une du business aujourd'hui c'est d'être compétitif. Nous sommes attaqués par tout le monde pour tous les produits qu'il s'agisse des voitures, des services, etc.

Nicolas Sarkozy a annoncé une baisse de 20 à 30 milliards d'impôts. Dans le contexte économique et budgétaire actuel et avec les engagements pris auprès de l'Union européenne, cette baisse d'impôt est elle réaliste ?

Il est vrai qu'il faut redonner un peu de pouvoir d'achat au contribuable parce qu'il a été matraqué dans la première année du quinquennat de François Hollande. Il y a surtout une nécessité urgente d'abaisser la fiscalité sur le capital. La faiblesse de l'investissement capitalistique actuelle est liée à l'intensité fiscale sur le capital. De plus l'Etat attire vers lui les capitaux comme des aimants avec ses assurances. Pour que ce "contre choc fiscal" annoncé de 30 milliards soit crédible, il doit d'abord être essentiellement orienté vers la fiscalité du capital pour améliorer la compétitivité des entreprises du territoire. Il doit également être accompagné d'une baisse des dépenses publiques équivalente. On ne peut pas se permettre de prendre 30 milliards de déficit supplémentaire. Au contraire, dans les années qui viennent il faudra réduire les dépenses de 30 milliards pour réduire le déficit budgétaire. Cela fait 60 milliards de réduction des dépenses publiques et il n'a pas dit un seul mot là-dessus.

Toutes les mesures annoncées, c'est-à-dire la suppression de l'ISF, la diminution de l'imposition de 20% pour les plus aisés et le retour à l'universalité des allocations familiales, sont souhaitables mais elles doivent être financées. On ne peut pas prendre le risque d'accroître le déficit budgétaire. On serait en risque de cessation de paiement ou de faillite comme la Grèce si jamais les taux d'intérêt remontaient, ne serait ce que d'un demi point.

La structure des paiements obligatoires avec des impôts qui financent l'Etat, des impôts pour les régions et des impôts pour la sécurité sociale doit être modifiée. En revanche, une réforme globale de la fiscalité provoquera le feu à la société française et provoquera une révolution. Sarkozy a mentionné le fait qu'il voulait une baisse des charges financées par une hausse de la TVA. Ce serait difficile à mettre en œuvre, encore plus qu'il y a trois ans, mais on pourrait tout de même augmenter le niveau pour le ramener à la moyenne européenne de 22%.

Nicolas Sarozy propose également des mesures pour inciter à retrouver un emploi et dynamiser le marché du travail. Ces mesures sont elles à la hauteur des enjeux en la matière ?

Il faudra créer des incitations à rechercher du travail. Le problème de fond n'est pas dans la dégressivité des allocations chômages qu'il propose mais dans le fonctionnement de pôle emploi. La méthode la plus efficace est de transférer cette mission au privé. Politiquement il n'a pas osé. Pourtant les entreprises d'intérim sont beaucoup plus efficaces pour trouver du travail que Pôle Emploi. Depuis sa fusion l'organisme est devenu anti-performant.

Il faudrait évidemment supprimer la symbolique des 35 heures. Il faut également donner la liberté à l'entreprise de déterminer les conditions et la durée de travail en collaboration avec ses salariés. On négocie avec des syndicats représentatifs des salariés quand il y en a un. Lorsqu'il n'y en a pas on organise un vote avec les salariés. Globalement ces annonces vont dans le sens de l'assouplissement ce qui est bon signe. La libéralisation du système économique et la responsabilité des chefs d'entreprise vont dans le bon sens.

Enfin, il annonce la mise en place de la retraite à 63 ans. Est-ce suffisant ?

Il va évidemment falloir le faire. Là-dessus il marche sur des œufs. Les hommes politiques sont élus et le corps électoral est plutôt âgé. Il y fait donc très attention.

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