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Comment le réchauffement climatique pourrait rendre toxiques nos aliments préférés
©Flickr

Impact du réchauffement climatique

Comment le réchauffement climatique pourrait rendre toxiques nos aliments préférés

L’impact du réchauffement climatique sur les productions agricoles et l’équilibre nutritionnel des êtres humains pourrait entraîner plus de 500 000 décès en 2050.

Jean-François Narbonne

Jean-François Narbonne

Jean-François Narbonne est l'un des experts de l'ANSES, l'Agence nationale de sécurité sanitaire, professeur de Toxicologie, expert pour l’affaire du Chlordécone.

Il est par ailleurs professeur à l'Université de Bordeaux 1 et docteur en nutrition.

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Atlantico: Face au changement climatique, une augmentation du taux de toxicité de nos aliments dans l'avenir est-elle à craindre ?                                                                                                                     

Jean François Narbonne: Les changements climatiques peuvent modifier significativement la composition de nos aliments que ce soient des nutriments, des constituants non nutritionnels ou des contaminants. En effet, les changements climatiques vont modifier avec des intensités variables les environnements des productions agricoles avec des échelles différentes. A grande échelle, on peut s’attendre à des changements de biodiversité modifiant les zones de production, comme par exemple la remontée vers le nord de la limite de l’olivier de la vigne, du palmier, du figuier de barbarie mais aussi des changements de la répartition forêt / prairie. Dans ce cas il faudra s’adapter aux nouvelles zones de production et aux pratiques culturales associées puisque ces changements concerneront aussi les maladies des plantes (bactéries, virus, insectes, oiseaux) et les « mauvaises herbe ».  Les changements de l’environnement seront aussi plus et affecteront le sol et l’atmosphère. Par exemple de fortes inondations pourront étendre des zones de pollution métalliques mais la sécheresse et le vent pourront disséminer aussi une pollution métallique par les poussières. Les séquences humidité / sécheresse pourront favoriser la prolifération des moisissures (et donc des mycotoxines) mais aussi des insectes (comme les vagues de criquets ravageurs). Les principales conséquences sur la composition des aliments végétaux sont à deux niveaux : D’abord une modification des macro et micro constituants puisque les plantes sont capables de s’adapter à leur milieu et de répondre aux agressions en secrétant des substances toxiques ou protectrices qui d’ailleurs, ont permis à l’homme de constituer sa pharmacopée ; Ensuite des changements dans les traitements physiques (labours, désherbage, retenues collinaires…) ou chimiques (engrais, pesticides) en intégrant l’idée que si les agressions sont plus fortes les traitements le seront aussi.

En résumé on peut dire que les changements climatiques vont induire des changements dans la biodiversité, des interactions des plantes avec leur écosystèmes physiques et biologiques affectant la quantité des ressources alimentaires mais aussi la qualité (composition en macro et micro constituants naturels) ainsi que les techniques de traitements et de contrôle affectant la balance bénéfice / risques.

Malgré l'opposition farouche des écologistes aux OGM, ces organismes génétiquement modifiés ne représentent-ils pas une solution viable aux risques de pénuries alimentaires dûs au changement climatique ?                                                                                        

  Ici il s’agit plus d’une position philosophique que réellement scientifique. Pour moi la transgénèse est un outil formidable que nous utilisons largement en recherche comme en production de substances « in vitro ». Ainsi des bactéries ou levures OGM sont utilisés pour produire des substances alimentaires comme médicamenteuses dans des systèmes clos (fermenteurs par exemple. Elles constituent des alternatives à la chimie de synthèse ayant un fort impact environnemental. Pour ce qui concerne la production végétale comme animale je pense que la solution réside par de bonnes pratiques culturales et d’élevage en équilibre avec les environnements naturels. Le recours à des techniques de transgenèse semble un outil puissant permettant de s’affranchir des contraintes environnementales. On reste dans la logique de l’agriculture productiviste.

Pouvons-nous imaginer un avenir où notre consommation alimentaire demeure similaire à celle que nous avons aujourd'hui ou devrons-nous obligatoirement changer de façon radicale notre mode d'alimentation ?             

 Le travail qui se fait en ce moment sur les productions alimentaires en zone aride Saharienne ou Arabique, visant au développement de l’économie de ces régions, nous apporte beaucoup d’enseignements. En fait on passe d’une zone d’abondante production primaire à une zone de faible productivité, modifiant la répartition élevage/ culture. Dans ces zones de faible productivité seuls les animaux peuvent consommer les rares plantes, insuffisantes pour l’homme qui consomme donc essentiellement des produits animaux « nomades ». On est loin des zones de surabondance ou on cultive des plantes pour alimenter des animaux en stabulation. On voit donc que le débat végétalisme / flexitarisme n’est plus un débat philosophique mais un vrai problème d’exploitation des ressources disponibles dans des écosystèmes soumis à de profonds changements.

Jean François Narbonne est professeur émérite de toxicologie à l’université de Bordeaux et ancien expert à l’Anses.

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