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Bonnes feuilles

Comment la condition des personnes âgées s’est dégradée à mesure que la société substituait le divertissement à la considération

Ce livre est à la fois une démonstration et une histoire. Celle de deux retraités, un sexagénaire et un octogénaire qui, de complications pratiques en rebuffades, d’escroqueries téléphoniques en complexités administratives, en incompréhensions répétées face à un monde où rien n’est fait pour eux, finissent par se présenter aux élections législatives. Extrait de "Le troisième âge est un tiers-état" de Christian Combaz, aux éditions du Cerf 2/2

À l’exception des vieux qui ont perdu la tête et qui ne peuvent pas être utiles, les gens que le système abandonne à leur indigence voudraient être considérés au lieu d’être divertis. Pour leur rendre la considération qui leur manque, il convient d’abord de la définir. L’insignifiance dans laquelle est plongée la vieillesse importune est un écho lointain, tardif, du mépris avec lequel l’être humain est traité par une société devenue un vaste centre commercial. Tout est " sponsorisé " chez nous, même les événements privés. Peu à peu se dessine un asservissement général lié au fait que les citoyens deviennent non seulement consommateurs mais agents de promotion, pour enrichir des groupes industriels qui sont de plus en plus puissants et donc capables de les asservir davantage.

La vieillesse est devenue importune en ce qu’elle est désormais capable, dans nos sociétés, de ramener l’homme à la modestie de sa condition et de réveiller en lui le besoin de la dignité, deux choses qui ne sont pas incompatibles.

Pendant cinquante ans, les vieux auront été bercés de l’illusion selon laquelle ils pouvaient s’attendre au respect du corps social, et le fait que nombre d’entre eux aient pu jouir d’une retraite plus confortable qu’ils ne l’avaient imaginé n’a pas été étranger à la stabilité de l’opinion. Le fait qu’ils aient pu conserver l’amitié de leurs enfants, ménager la plupart de leurs certitudes et ne pas craindre la violence immédiate, a permis de les laisser dériver vers l’insouciance.

Ils sont en train d’en sortir. La violence de voisinage, de proximité les concerne toujours davantage. La considération dont ils jouissaient autrefois et qui semblait aller de soi s’amoindrit sans cesse. Le corps social dans le monde européen développé gardait un respect venu du fond des âges pour la figure de l’Ancien qui était de bon conseil. On le gardait auprès de soi parce qu’on n’allait pas refaire sa vie à mille kilomètres tous les dix ans.

Aujourd’hui c’est le contraire. Les adolescents parlent sans cesse de " foutre le camp ", de lâcher tout, et d’aller s’installer en Australie même s’ils sont fils uniques. Cela signifie l’abandon de tout lien de filiation. Comme en témoignent les mésaventures d’Albert, on ne consulte plus les vieux sur quoi que ce soit. Même les questions des jeux télévisés portent sur les dernières chansons de Britney Spears. Les enfants ne séjournent plus chez leurs parents pour les vacances de Pâques. Ils ont loué à Cuba. Et s’ils n’ont loué nulle part parce qu’ils sont pauvres, ils ont tellement de mal à vivre qu’ils convoitent la pension de leur aïeul.

Ce dernier non seulement ne sait plus comment se débrouiller avec si peu mais se sent obligé de financer les illusions de quadragénaires toujours plus infantiles, lesquels sont incapables d’élever leurs enfants dans autre chose que le culte des marques, du sport " de haut niveau " et de la Californie.

Extrait de Le troisième âge est un tiers-état de Christian Combaz, publié aux éditions du Cerf, mars 2016. Pour acheter ce livre cliquez ici

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