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Comment la classe politique française s'est enfermée dans une relation sado-maso au culte irraisonné de la transparence
©REUTERS/Jacky Naegelen

Démagogie

Comment la classe politique française s'est enfermée dans une relation sado-maso au culte irraisonné de la transparence

La présidence Macron commence sous le signe de la transparence. Alors que l'annonce du gouvernement a été repoussée de 24 heures pour s'assurer de l'intégrité des choix effectués, le début du mandat devrait voir un nouveau volet à la "moralisation de la vie politique" entamé par les derniers gouvernements.

Dominique Jamet

Dominique Jamet

Dominique Jamet est journaliste et écrivain français.

Il a présidé la Bibliothèque de France et a publié plus d'une vingtaine de romans et d'essais.

Parmi eux : Un traître (Flammarion, 2008), Le Roi est mort, vive la République (Balland, 2009) et Jean-Jaurès, le rêve et l'action (Bayard, 2009)

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Atlantico : Ne peut-on pas y voir aussi de la démagogie dans la volonté affichée d'interdire le travail avec des membres de sa famille ou encore d'imposer la transparence des patrimoines ?

Dominique Jamet : Ce qui est à noter c'est qu'Emmanuel Macron n'était pas le seul candidat à mettre dans son programme la moralisation (sous une forme ou une autre) de la vie publique. Même si l'on a pu noter les quelques candidats qui ne le faisaient pas, mais c'était plutôt la position générale cette fois ci, c'était apparemment un problème urgent. En réalité, un certain nombre d'affaires semblait faire du nettoyage de la vie publique une priorité absolue. Il s'agit d'une satisfaction donnée à l'opinion publique. Cela va dans le sens du courant, du moment. Cela dit on ne peut qu'approuver sur le principe tout ce qui va dans le sens de la clarification et de la transparence. 

On pourrait dire paradoxalement qu'il est bizarre qu'il est fallu un certain nombre d'affaires, la pression des médias et celle de l'opinion publique pour que l'on considère tout d'un coup comme urgent quelque chose qui semblait aller de soi. C’est-à-dire que les élus aient un casier judiciaire vierge ou que les ministres rendent compte de leur patrimoine de leur revenu et de leur fortune. Ça ne me parait pas exorbitant, ce qui m'étonne c'est qui l'ait fallu attendre si longtemps. Mais du coup le balancier, après avoir été trop longtemps dans le sens de l'indifférence ou la connivence, va aujourd'hui trop loin dans le sens de la pureté de la vertu et de la rigueur. Parce qu'il y a en effet deux aspects de cette moralisation de la vie publique qui sont excessifs : 

Lorsqu'un parlementaire emploi comme attaché ou comme collaborateur, sa femme, son mari ou quiconque de sa famille, est-il anormal –dès l'instant que c'est déclaré et qu'il y a un travail effectif- d'employer auprès de soi des gens en qui l'on a confiance ? Je ne pense pas. 

De la même manière que la disposition qui a été invoqué à l'occasion de cette annonce de la moralisation, celle selon laquelle ce n'est pas seulement au cours des cinq dernières années mais tout au long de leur vie que les ministres devraient  n'avoir fréquenté personne qui les mettent en situation de conflit d'intérêt, c'est peut être aller un peu trop loin. Ce sont souvent des gens qui ont eu une existence professionnelle antérieure ou parallèle à leur existence politique. Est-ce anormal qu'ils aient des connaissances, un carnet d'adresse ? Ce qui importe c'est évidemment l'honnêteté de nos hommes politiques. Là, on a un effet d'annonce qui va peut-être un peu loin. 

De ce point de vu là d'ailleurs, on ne peut que conclure que des hommes comme Jérôme Cahuzac ou comme François Fillon, ont pâtit de certaines irrégularités plus ou moins graves, mais qu'ils ont aussi fait pâtir la classe politique et l'image des politiques dans l'esprit du public de façon assez ample et assez inopportune. 

Ne risque-t-on pas d'encourager un comportement politique qui se limite à affirmer que l'on n'est pas nuisible à défaut d'être utile ?

Nous ne sommes pas encore en Scandinavie. Mais il est certain que, pour employer une expression un peu triviale, les hommes politiques vont avoir comme reflexe désormais de "numéroter leurs abattis". Qu'il s'agisse de la droite ou de la gauche, ils sont désormais constamment sous le feu des projecteurs. Cela ne peut que les inciter à une prudence de serpent. 

 

N'est-ce pas aussi la meilleure façon de renvoyer des signes de culpabilité de la part du monde politique ? N'est-ce pas une dynamique quelque peu sadomasochiste qu'encourage la classe politique aujourd'hui ?

La classe politique ne sait que faire pour restaurer son image auprès des électeurs et des citoyens et elle a une démarche quelque fois maladroite. Ce qui me paraît être le cas en l'espèce. 

On pourrait aussi s'intéresser à ce qui n'est pas fait. 

Plutôt de s'occuper seulement de la façon de vivre et du comportement financier des hommes politiques, ce qui m'étonne c'est que d'aucune manière les hommes politiques ne se sont intéressés à l'un des aspects les plus contestable de la vie politique c'est la façon dont dans les grands partis sont choisis les candidatures. Là il y a beaucoup de manœuvres, d'abus, de choses suspectes qui ne semblent n'intéresser nullement la classe politique. 

On voit bien que de plus en plus, cette malheureuse classe politique que nous avons, qui est caractérisé par une trouillardise généralisée, court d'un côté et d'autre en essayant de satisfaire l'opinion publique, mais que d'autre part elle n'est pas exempte d'hypocrisie. Elle trouve tout à fait tolérable, tant que le public ne s'en est pas avisé des comportements qui sont singulièrement plus graves que ceux auxquelles elle prétend porter remède. 

 

 

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