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Comment l'islam a doucement pris la place du communisme en tant que pôle critique du libéralisme post-chrétien
©Reuters

Bonnes feuilles

Comment l'islam a doucement pris la place du communisme en tant que pôle critique du libéralisme post-chrétien

À l'échelle planétaire, et bientôt même en Occident, face aux intégrismes, la sécularisation recule. Celle-ci n'est qu'une hérésie chrétienne : empruntant à la foi "l'autonomie du temporel", qui est inconnue ailleurs, elle méconnaît l'altérité radicale de Dieu, qui révèle que la vraie liberté réside non dans la maîtrise, mais dans l'accueil et l'imitation de Celui qui se donne. C'est pourquoi le catholicisme ne peut s'installer dans un ghetto. Extrait de "Le catholicisme minoritaire ? Un oxymore à la mode" de Jean Duchesne, aux éditions Desclée de Brouwer 2/2

Jean Duchesne

Jean Duchesne

Jean Duchesne a enseigné l'anglais en khâgne et math spé. Cofondateur de la revue Communio, il est l'exécuteur littéraire du cardinal Lustiger et du théologien Louis Bouyer, dont il a été proche. Il est membre de l'Académie catholique de France et de l'Observatoire Foi et Culture de la Conférence des évêques de France.

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Pendant la seconde moitié du XXe siècle, la plupart des révoltes armées se sont réclamées du communisme. Au XXIe, le maître du Kremlin qui vient à Paris demande qu’on le conduise à Notre-Dame pour y vénérer la couronne d’épines achetée par Saint-Louis. La place du marxisme a été prise par l’islam. C’est une religion qui a remplacé une idéologie athée comme pôle critique du libéralisme post-chrétien. S’ils veulent ne pas rester isolés et s’identifier, les rebelles des guérillas qui ne cessent d’éclater n’ont plus guère d’autre bannière derrière laquelle se ranger que celle de l’étoile et du croissant. Même refuge pour beaucoup de ceux qui en veulent à "la société" dans laquelle ils n’arrivent pas à "faire leur trou". 

Ce qui ne veut pas dire que tous ces gens-là soient forcément des musulmans plus orthodoxes que les révolutionnaires d’antan n’étaient tous des staliniens zélés, des trotskistes dogmatiques ou des maoïstes purs et durs. L’islam est aujourd’hui aussi peu un bloc que le communisme avant son implosion. Il y a les sunnites et les chiites, un peu comme après Lénine il y a eu Staline et Trotski, puis Moscou et Pékin. Et de même qu’il y avait quantité de factions plus ou moins dissidentes flottant dans l’un ou l’autre orbite, on trouve des milices et sectes férocement autonomes, soutenues soit par des monarchies arabes, soit par les mollahs iraniens, ou bien s’apparentant à quelque lointain groupe radical. 

En tout cas, la substitution d’un rival religieux à un concurrent antireligieux n’a modifié la situation de l’Occident en voie de déchristianisation vis-à-vis du reste du monde que sur un seul point : il a désormais le monopole de l’areligiosité et de la "modernité". Mais pour le reste, malgré leur supériorité économique et technologique, l’Europe et l’Amérique du Nord, où la sécularisation est sans doute une caractéristique dominante, demeurent une minorité du simple point de vue démographique. La question est de savoir s’il s’agit d’une minorité "créative", donc capable de répandre et faire adopter ses découvertes et innovations pour le plus grand bien du plus grand nombre. Pour répondre sans hésiter par l’affirmative, il faut sans doute s’abstenir de regarder trop loin autour de soi et de trop réfléchir. 

L’implosion du communisme soviétique n’a pas été la "fin de l’histoire" envisagée par Francis Fukuyama. Ce n’est pas non plus le "clash des civilisations" annoncé par Samuel Huntington, car ce n’est pas seulement face à un bloc musulman que se trouve aujourd’hui l’Occident sécularisé qui a pu se déclarer vainqueur de la "guerre froide". D’abord, l’islam n’est pas un bloc. Et puis, en Asie, c’est à d’autres religions qu’il est affronté. Son impact est pratiquement nul en Amérique latine. Il ne gagne pas tellement de terrain en Afrique subsaharienne où les anciens pouvoirs coloniaux et les États-Unis sont loin de tout contrôler. Enfin, il y a la Chine et la Russie, qui ne sont ni d’un côté, ni de l’autre, et qui n’ont pas été longtemps dans le même camp derrière le drapeau marxiste-léniniste…

Dans ce paysage "global", pour croire posséder le modèle qui finira infailliblement par s’imposer partout, il faut une "foi" qui fait sembler méfiante celle du charbonnier. L’obsession de l’islam peut être reconnue comme un signe de myopie : on ne voit que ce qui vient à domicile contester une supériorité présumée universelle. Mais à l’horizon, qui n’est plus si loin à l’heure de la "mondialisation", les résistances à la sécularisation occidentale sont bien plus nombreuses et variées, sans être moins déterminées.

Extrait de "Le catholicisme minoritaire ? Un oxymore à la mode" de Jean Duchesne, aux éditions Desclée de BrouwerPour acheter ce livre, cliquez ici

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