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Comment l'immobilisme du gouvernement sur le plan des réformes pourrait faire exploser le coût du financement de la dette de la zone euro
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Maillon faible

Comment l'immobilisme du gouvernement sur le plan des réformes pourrait faire exploser le coût du financement de la dette de la zone euro

En refusant de s'adapter à l'écosystème économique mondial, la France pourrait mettre en péril l'ensemble de la Communauté européenne et l'euro, via notamment la remise en question du financement de la dette par les marchés financiers.

Pierre Haas

Pierre Haas

Pierre Haas, après avoir servi comme officier dans les Forces françaises libres du Général de Gaulle, a fait carrière de 1950 à 1965 comme directeur général de Continental Grain France, puis à partir de 1963 à la Banque Paribas comme directeur des affaires financières internationales, puis président de Paribas International.

Il a été membre de nombreux conseils d’administration parmi lesquels on citera : Schneider S.A., Newmont Gold à Denver, Power Corporation du Canada et Power Financial.

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La conjoncture européenne est un sujet de préoccupation planétaire dans la mesure où, malgré la fragmentation du Continent, les chiffres placent sa puissance économique devant celle des Etats-Unis.

De ce fait sa stagnation économique dans la durée, redoutée par le Fonds Monétaire, constitue un facteur négatif pour l’économie mondiale, dont l’Amérique apparait comme l’unique soutien de taille, la Chine, la Russie, le Brésil, l’Inde, la Thaïlande donnant des signes de faiblesse.

Rien ne prouve mieux le sérieux de cette situation que le mutisme du Trésor américain, si prompt, d’habitude, à dénoncer les baisses de valeur des monnaies concurrentes du dollar, ce qui est le cas de l’euro, du renminbi, du yen, de la livre sterling. Ce silence évoque celui du chien de Conan Doyle qui n’avait pas aboyé.

L’Europe, dans ce contexte, a placé ses espérances en Monsieur Draghi, le Président de la Banque Centrale Européenne, dont elle attend une création massive de liquidités, par des processus suscitant la réticence de la Bundesbank, mais que l’on pense acceptables pour Madame Merkel.

Création dont l’utilité économique dépendra des nouveaux investissements qu’elle suscitera, eux-mêmes subordonnés à un retour de la confiance menacée par la priorité donnée à l’équilibre budgétaire en l’Allemagne et par l’inertie réformatrice en France.

L’ouverture du débat budgétaire à l’Assemblée Nationale par l’annonce d’un déficit de 4,3% du PIB, en 2015, a été la source d’une aggravation de la tension entre la France et son grand voisin d’Outre-Rhin.

Pour justifier cette nouvelle entorse aux engagements souscrits, Monsieur Valls a souligné que sur ce point nous possédions seuls le pouvoir de décider.

Le même jour, probablement en réponse, Madame Merkel a rappelé que la compétitivité résultait d’efforts nationaux.

Venant après la promesse de son Ministre des Finances, Monsieur Schauble, de ne contracter aucun emprunt jusqu’en 2018, ces observations laissent la France isolée face à ses lourdes responsabilités.

Les Français doivent être informés du fait que notre refus de nous adapter aux contraintes d’un écosystème économique mondial dont seuls la Corée du nord et Cuba se sont exclus, met en péril la Communauté européenne et l’euro, dont nous avons été les co-fondateurs avec l’Allemagne, et dont nous avons, largement, profité jusqu’à la crise de 2008.

Ce n’est pas le fait du hasard que l’Europe soit devenue la première puissance économique mondiale ni que son avenir demeure un enjeu planétaire, dans un monde menacé par le chaos. 

La monnaie commune, suite logique de l’entente franco-allemande, n’a vu le jour que grâce au sacrifice, quasi existentiel, du Deutsche Mark par l’Allemagne.

Avec 24% des réserves mondiales de change, l’euro est devenu la source pour le Trésor, d’une capacité de refinancement de notre dette, sans risque de change, à des taux inférieurs, pour l’instant, à ceux payés par l’Amérique et la Grande-Bretagne.

En persévérant dans son obstination à ne pas vouloir changer de cap, le Pouvoir risque de remettre en question cette confiance des marchés financiers et, par voie de conséquence, le cout du refinancement d’un endettement approchant les 2.000 milliards.

Le retour de la confiance dépend de la solidité du binôme franco-allemand à l’origine de l’Europe, dont la dissolution entrainerait la disparition. Au final, sa survie dépend de notre pouvoir de convaincre les Allemands et les marchés que, comme on dit dans l’Eglise, nous avons trouvé le chemin.

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