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Christian Lindner, Olaf Scholz et les co-dirigeants du parti des Verts Annalena Baerbock et Robert Habeck lors d'une conférence de presse en novembre 2021.
Christian Lindner, Olaf Scholz et les co-dirigeants du parti des Verts Annalena Baerbock et Robert Habeck lors d'une conférence de presse en novembre 2021.
©TOBIAS SCHWARZ/AFP

Déclin

Comment l’économie allemande est passée du statut de locomotive de la zone euro à celle de boulet

Alors que l’Allemagne a montré une forte résilience durant la première phase de la pandémie, aujourd'hui son économie tourne au ralenti. La France, qui vient de connaître une croissance de 7% en 2021, peut-elle remplacer l’Allemagne en tant que locomotive de l’économie européenne ?

Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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Atlantico : L’ancien ministre allemand de l’économie Peter Altmaier avait promis que l’Allemagne serait la locomotive économique de l’Union européenne lorsque le continent sortirait de la crise sanitaire mais cela ne se passe pas comme prévu. Si l’Allemagne a montré une forte résilience durant la première année de la pandémie, aujourd’hui son économie tourne au ralenti. Comment les choses se sont inversées pour l’Allemagne depuis mars 2020 ? À quoi la plus grande économie d’Europe est-elle exposée ?

Rémi Bourgeot : En premier lieu, du fait de restrictions moins sévères, l’Allemagne a connu une récession de 5% en 2020, moins prononcée que la France, à 8%, et que la plupart des pays européens. Son rebond est bien moins prononcé, à 2,7% en 2021, contre 7% en France, mais en revenant de moins loin.

L’Allemagne est principalement victime aujourd’hui du chaos logistique mondial, du fait de son très haut niveau d’exposition au commerce mondial. On évoque souvent l’excédent commercial gigantesque du pays, année après année. Sa balance courante a été constamment en excédent de plus de 6% depuis 2011 et connait des pics bien plus élevés. Derrière cette performance il convient aussi de voir le niveau d’inclusion et de dépendance, notamment au travers des importations. L’industrie allemande est ainsi très dépendante de ses chaînes d’approvisionnement. Par exemple la pénurie mondiale de semi-conducteurs a fait des ravages sur l’industrie automobile allemande en limitant largement le rebond, avec des répercussions sur l’ensemble de l’économie.

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Il est intéressant de comparer ces performances à celle de la crise la crise financière mondiale de 2008. L’Allemagne avait été plus affectée que d’autres pays européens comme la France, en raison de son exposition commerciale, puis avait rebondi de façon plus prononcée. C’est en quelque sorte l’inverse de la dynamique croisée actuelle. Cependant au milieu de la crise financière on expliquait que la France avait un modèle économique plus robuste puis cette idée s’était évaporée en quelques mois. Il ne s’agit pas de minimiser les déséquilibres du modèle économique allemand, naturellement, mais il convient de garder à l’esprit le caractère relatif du rebond dans d’autres pays, avec des aides plus massives et des modèles fragiles sur le plan commercial, comme c’est le cas de la France dont le déficit commercial continue à se creuser, autour de 3% du PIB.

Une fois les tensions sur les chaînes d’approvisionnement disparues, l’Allemagne pourra-t-elle retrouver son dynamisme pré-crise ? Y a-t-il d’autres faiblesses à signaler ? 

L’amélioration sur le front des chaînes d’approvisionnement conduira à une amélioration nette de la situation. Néanmoins des changements de fond s’opère. L’ultra mondialisation, reposant sur des coûts de transport extrêmement bas, a vécu. De nombreuses entreprises, à travers les secteurs, cherchent à redonner une certaine cohérence géographique à leurs chaînes de production, à une échelle régionale large. Cela se traduit notamment par des coûts plus élevés, ce qui contribue à l’inflation. Mais cela peut aussi aider à combler de nombreuses failles du système productif actuel. Ce mouvement doit s’accompagner d’une meilleure maîtrise des innovations dans divers secteurs, avec l’électrique dans l’automobile par exemple mais aussi une meilleure prise en main des chaînes de production en incluant le rôle capital de l’électronique où l’Allemagne, et l’Europe dans l’ensemble, sont extrêmement dépendant des Etats-Unis et de l’Asie.

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On peut naturellement saluer ce rebond, mais il faut évidemment garder à l’esprit l’ampleur de la chute de 2020, avec la sévérité des restrictions qui avaient été mises en place, ce qui avait amené à la politique du « quoi qu’il en coûte » pour que cela devienne acceptable sur le plan financier par une catégorie de la population. Derrière le rebond actuel on peut voir d’importantes disparités et il est très excessif d’affirmer que la crise aurait été « effacée » notamment pour tous ceux, et en particulier les jeunes, dont les carrières ont été perturbées. Par ailleurs, se met en place une prise de conscience importante sur les enjeux de la réindustrialisation, avec l’annonce de plans de soutien. Mais la France est encore loin d’une matérialisation de cet effort. La question de l’inclusion des compétences technologiques dans notre économie ultra-bureaucratique reste particulièrement problématique.

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