Comment élites et syndicats sacrifient l'intérêt général par leur dépendance au statu quo | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique
Comment élites et syndicats sacrifient l'intérêt général par leur dépendance au statu quo
©

Boulets

Comment élites et syndicats sacrifient l'intérêt général par leur dépendance au statu quo

Nicolas Sarkozy critique depuis le début de sa campagne les corps intermédiaires, responsables, selon lui, des difficultés à réformer la France. La réalité pourrait être plus complexe... et plus compliquée à chambouler.

Erwan Le Noan

Erwan Le Noan

Erwan Le Noan est consultant en stratégie et président d’une association qui prépare les lycéens de ZEP aux concours des grandes écoles et à l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Avocat de formation, spécialisé en droit de la concurrence, il a été rapporteur de groupes de travail économiques et collabore à plusieurs think tanks. Il enseigne le droit et la macro-économie à Sciences Po (IEP Paris).

Il écrit sur www.toujourspluslibre.com

Twitter : @erwanlenoan

Voir la bio »

Atlantico : Nicolas Sarkozy critique depuis le début de sa campagne les corps intermédiaires. En janvier 2008, le rapport de la commission présidée par Jacques Attali présentait 316 propositions pour "libérer la croissance française". Celui-ci n'avait pourtant pas été véritablement mis en œuvre par le Président... 

Erwan Le Noan : Le bilan est meilleur que ce que l’on a tendance à croire ! Dès juillet 2008, Jacques Attali se félicitait que 17 des 20 propositions fondamentales du rapport avaient été mises en œuvre. Beaucoup a été fait, notamment dans le domaine économique. La loi de modernisation de l'économie (LME), par exemple, reprenait une partie du rapport, sur les délais de paiement, l'entrepreneuriat, etc.

Par contre, il y a des secteurs dont les résultats ont été moins bons : le marché du travail, l’éducation et les finances publiques. Il y a eu de petits changements, car lorsque ça ne marche plus il faut bien en trouver, mais pas de réformes d’ampleur.

Comment expliquer que ces trois secteurs, pourtant majeurs, n’aient pas été réformés ?

Le gouvernement a fait beaucoup d’expérimentations. Cela permet de montrer par l’exemple que quelque chose marche, avant de le généraliser. Ainsi, l’éducation nationale teste le programme ECLAIR, qui vise à donner plus d’autonomie aux établissements qui en ont besoin et est en cours de généralisation. Sur le marché du travail, le contrat de transition professionnelle est en cours d’expérimentation, comme l’avait été le RSA auparavant.

C’est simplement une question de temps avant qu’une réforme plus générale soit mise en œuvre. D’ici cinq à dix ans, il est probable que ces secteurs aient été réformés, quelque soit le gouvernement.

Pourquoi faut-il parfois 10 à 15 ans en France pour qu’une réforme aboutisse ?

Les blocages sont dus à un phénomène bien connu : les gagnants des réformes, c’est-à-dire les consommateurs, sont très dispersés et pas organisés. Si on augmente la concurrence dans un secteur, ça a pour effet de baisser les prix, mais les gens en bénéficient sans forcément s’en rendre compte.

Par contre, les perdants des réformes sont eux clairement identifiés. Un exemple, la réforme des taxis. Elle devait bénéficier aux consommateurs, mais la profession a vu qu’elle risquait d’y perdre économiquement et s’est organisée pour réagir.

Le problème de la France, c’est que les perdants des réformes sont regroupés dans des syndicats, qui ne représentent que les gens qui sont en emploi. Ils ne veulent pas remettre leur protection en cause. Ca se comprend, car ils ont l’impression que si on remet en cause leur statut, ils perdent tout. Ils sont donc extrêmement organisés et bloquent toute réforme.

Dans l’éducation nationale par exemple, on parle parfois des « parents FCPE », qui sont des parents bien informés qui savent où mettre leurs enfants, mais qui d’un autre côté font tout pour bloquer les réformes. Et dans la fonction publique, les syndicats prétendent représenter l’intérêt général mais ne représentent que leur intérêt propre. Ils sont dans une logique de moyen, jamais dans une logique de qualité de service. Ils devraient faire en sorte que ce dernier soit le meilleur possible : quelle importance que l’agent qui s’en occupe soit sous le droit public ou le droit privé ?

Les blocages ne viennent donc pas de la société française dans son ensemble ?

Les Français voient bien que dépenser plus que ce qu’on gagne chaque année, ce n’est pas crédible, que des réformes majeures sont en cours dans tous les pays qui ont un problème de finances publiques et que tous les pays d’Europe réforment leur marché du travail.

Les blocages viennent à chaque fois d’une minorité active de chaque profession. Ils viennent aussi d’une partie de l’élite qui est habituée à penser en vase clos, à travers les même formations, les même modes de fonctionnement, sans assez envisager les possibilités de réformes.

La société française a tendance à mettre l’Etat au cœur de son fonctionnement, et aujourd’hui on voit bien que cet Etat est démuni. Ca crée des inquiétudes. Mais les Français ne sont pas naïfs, même quand on leur promet de l’emploi public.

Ils sont conscients que le système ne fonctionne plus et sont prêts à ce qu’on leur demande de se retrousser les manches, mais à condition que ça soit pour sauver nos valeurs, comme la cohésion sociale ou la solidarité. Si en contrepartie de leurs efforts, on sauve un système qui permet une réelle solidarité et pas simplement la défense des intérêts particuliers, ils seront prêts à réformer.

Propos recueillis par Morgan Bourven

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !