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Comment Donald Trump a conquis la Maison Blanche en 140 signes
©Reuters

Bonnes feuilles

Comment Donald Trump a conquis la Maison Blanche en 140 signes

Les auteurs ont travaillé ensemble à partir de sources premières, exclusivement américaines, et les ont confrontées à leurs regards d’Européens. Selon eux, Donald Trump a puisé son pouvoir dévastateur dans les nouvelles technologies dont l’impact sur les démocraties marque la mutation du populisme classique vers son incontrôlable avatar numérique. Extrait de "#Trump, de la démagogie en Amérique", de Stéphane Bussard et Philippe Mottaz, aux éditions Slatkine & cie 2/2

Stéphane Bussard

Stéphane Bussard

Correspondant du quotidien suisse Le Temps à New York depuis 2011 et du quotidien belge Le Soir de 2011 à 2013, Stéphane Bussard est un spécialiste des Etats-Unis et a vécu en direct la fabrication du trumpisme.

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Philippe Mottaz

Philippe Mottaz

Accrédité dix ans à la Maison-Blanche, ancien Directeur de l'information de la Télévision Suisse Romande, Philippe Mottaz a couvert toutes les élections présidentielles américaines, de Jimmy Carter à Barack Obama ; il est spécialiste des nouvelles technologies. 

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Donald Trump parle comme il tweete et tweete comme il parle. Le format de 140 caractères lui va à merveille. Ce n’est sans doute pas un effet du hasard si c’est sur Twitter @realDonaldTrump qu’il a choisi par préférence de s’ébattre et de débattre. Le New-Yorkais aime les phrases courtes. Quand il les finit. Il s’exprime à un niveau de langage qu’un gosse de dix ans peut comprendre, ont révélé plusieurs analyses linguistiques de ses déclarations. Des mots simples, souvent les mêmes, répétés, repris pour accentuer un effet. Les propos de Hillary Clinton sont eux truffés de références, longs sur les détails, secs et arides. Toujours contrôlés, retenus. La démocrate est incollable sur le fond, tâcheronne sur la forme.

Le langage de Trump est campé dans l’oralité. Même ses discours sont faits de séquences brèves, sans fil conducteur fort. Comme le musicien qui décide soudainement d’entonner tel ou tel morceau de son répertoire, Donald Trump semble se laisser à chaque fois la possibilité d’abandonner l’un de ses thèmes, s’il sent que l’auditoire n’est guère réceptif. Les mots sont peu nombreux et ne varient pas : "Ma campagne, c’est l’emploi, la sécurité, nos anciens combattants, nos forces américaines", résume-t-il dans une interview sur NBC en 2015.

Donald Trump a fait plusieurs usages de Twitter. Il y a quelques années, il n’en était qu’un utilisateur très occasionnel. Mais, lorsqu’il a commencé à envisager sa candidature, on l’a vu utiliser le réseau social pour lancer des ballons d’essais, pour se mettre en piste et prendre la tempé- rature au sein de son premier cercle. Le nombre de ses “followers” a explosé dès l’annonce de sa candidature, passant de moins de deux millions à près de 7,5 millions aujourd’hui. Le site Politico a mené une analyse de ses tweets depuis leur début. Ceux-ci sont révélateurs. La premier tweet mentionnant son intention de se lancer dans la course à la présidence date de juin 2011. Les premières salves autour des "birthers" suivent en novembre de la même année. Le slogan de campagne "Make America Great Again" apparaît en janvier 2012. Il tweete alors environ 25 fois par semaine. Il le fait lui-même selon sa porte-parole, Hillary ayant elle confié son compte à une équipe.

Il en est à près de 35 tweets hebdomadaires en octobre 2013. Il remercie ses "followers" et partisans et déclare qu’il n’a finalement pas l’intention de se présenter à l’élection au poste de gouverneur de l’État de New York. "J’ai quelque chose de plus grand à l’esprit", dit-il. "La dernière chose dont ce pays a besoin est un autre Bush" est daté du 16 décembre 2014. En juin, @realDonaldTrump annonce sous le #MakeAmericaGreatAgain: "Je suis officiellement candidat à la présidence des États-Unis".

Politico révèle aussi que la Chine et la délocalisation des emplois est depuis toujours sa première préoccupation. Le discours anti-immigration contre le Mexique ne viendra lui que beaucoup plus tard. Entre 2009 et 2016, la Chine est mentionnée 309 fois, le Mexique 74, l’Iran 155, l’Iraq 116. Parmi ses mots favoris ? "Stupide", "loser", "nul", "raté", "faible".

Depuis son entrée en campagne et les primaires, il faut y ajouter "corrompue" et "incompétente", à l’intention de Hillary qu’il appelle #CorruptHillary. Les accusations d’incompétence sont elles souvent dirigées à l’encontre de Barack Obama. En 1987, dans son livre The Art of the Deal, il disait déjà de l’administration Koch, le maire de New York de l’époque, qu’elle était la "plus corrompue" et la plus "incompétente" à laquelle il avait jamais eu à faire. Ni les obsessions ni les mots de Donald Trump ne semblent avoir évolué avec le temps.

Le deuxième usage, aujourd’hui presque le seul, que fait Donald Trump de Twitter est un recours systématique à la provocation. Il vise un double objectif: continuer d’une part à forcer la machine médiatique à rapporter ses outrances afin de noyer la campagne de Hillary Clinton dans le bruit fait autour de lui. Et d’autre part continuer à rassembler autour de sa candidature la partie la plus marginalisée de l’électorat. Tout semble bon. Protégés par le premier amendement de la Constitution qui garantit la liberté de parole, certains de ses propos et de ses partisans tomberaient sans doute sous le coup des lois de plusieurs pays européens qui limitent l’incitation à la haine.

Durant l’été, il encourage de manière à peine voilée l’assassinat de Hillary Clinton qu’il accuse à tort de vouloir abolir le fameux deuxième amendement de la Constitution qui garantit à tout citoyen le droit du port d’armes à feu. "Je ne sais que faire face à la position de Hillary Clinton, mais peut-être que les défenseurs du deuxième amendement, eux, auront une idée", lâche-t-il. Il s’autoradicalise en quelque sorte, enfermé dans une logique de surenchère complète qui laisse tout le monde horrifié et perplexe. À l’exception de son camp le plus proche, ses propres conseillers et les caciques du parti le somment d’abandonner cette tactique ; elle est à leurs yeux absolument suicidaire et dévastatrice, car elle le condamne aux marges. La campagne d’automne, post-investiture, est le moment d’un repositionnement pour aller précisément convaincre un électorat infiniment plus large que le premier cercle des hyper-convaincus. En juillet à Detroit, ville symbole du déclin industriel de l’Amérique, sous la pression du parti, il dévoile les détails de son plan économique. La semaine précédente, les démocrates avaient tenu convention, un succès selon les commentateurs, qui s’était traduit par une hausse des chiffres des sondages pour Hillary Clinton. La semaine de Trump avait été catastrophique à tout point de vue, marquée par la poursuite de l’échange d’insultes avec le père du soldat Khan, mort en héros décoré en Afghanistan.  

Extrait de ""#Trump, de la démagogie en Amérique", de Stéphane Bussard et Philippe Mottaz, aux éditions Slatkine & ciePour acheter ce livre, cliquez ici

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