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Bernard Bonnet nous livre son intime conviction quant à la culpabilité du berger de Cargèse.
Bernard Bonnet nous livre son intime conviction quant à la culpabilité du berger de Cargèse.
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Coupable

Colonna coupable, les commanditaires toujours en liberté

A quelques jours du verdict dans le procès Colonna, Bernard Bonnet, successeur du préfet de Corse Claude Erignac, nous livre son intime conviction quant à la culpabilité du berger de Cargèse. Pour lui, si ses complices déjà condamnés gardent le silence, c'est pour protéger les commanditaires de l'assassinat, encore en liberté.

Bernard Bonnet

Bernard Bonnet

Bernard Bonnet est préfet. Il a notamment succédé à Claude Erignac en Corse après son assassinat, en 1998. Aujourd'hui à la retraite, il est l'auteur de Colonna, les silences du doute (L'Archipel, mai 2011).

 

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Atlantico : Que pensez-vous de la façon dont l'enquête autour de l'assassinat du préfet Erignac a été menée ?

Bernard Bonnet : L'enquête a longtemps été égarée sur une fausse piste, la piste agricole [au début de l'affaire, plusieurs agriculteurs ont été soupçonnés et placés en détention provisoire avant d'être blanchis, ndlr]. Pendant très longtemps, les informations que j'avais recueillies à l'automne 1998 sur l'identité vraisemblable des auteurs ont donc été ignorées : il y a eu un assez long égarement avant les interpellations de mai 1999.

Après, il y a eu les gardes-à-vue et les accusations de certains membres du commando, puis les rétractations tardives et relativement molles par rapport aux accusations initiales, et la disparition d'Yvan Colonna [le 23 mai 1999]. A partir de là s'est constitué un bloc de vraisemblance quant à sa culpabilité.

Néanmoins, ce qui est vrai, et cela aurait dû être exploité davantage, c'est que ceux qui accusent Yvan Colonna sont des dissimulateurs, et cela pose un problème sur la crédibilité de leurs témoignages.

En quoi sont-ils des dissimulateurs ?

Ils dissimulent un certain nombre de faits que j'ai révélés à la justice il y a 13 ans. Premièrement, l'existence d'une première tentative avortée d'assassinat de Claude Erignac quelques semaines avant le 6 février, lors d'un match de voleyball auquel le préfet n'a exceptionnellement pas assisté.

Deuxièmement, le fait que l'assassinat du 6 février avait failli échoué parce que les membres du commando ont été surpris par la manœuvre de M. Erignac qui, n'ayant pas de chauffeur, s'est garé plus loin pour déposer son épouse : ils ont couru derrière et ont failli renoncer à l'opération.

Troisièmement, les accusateurs restent silencieux sur les commanditaires qui les ont armés.

Et enfin, la question de savoir si tout le monde a été interpellé lors de l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella [au cours de laquelle l'arme du crime a été dérobée] reste un mystère.

Que penser du manque de concordance dans les témoignages des membres du commando ?

La difficulté dans cette affaire, c'est que tout repose sur la parole des accusateurs, qui sont aussi les co-auteurs. Or, non seulement ils dissimulent, mais ils se contredisent entre eux. Mais le plus important, ce sont leurs silences : c'est pour cela que j'avais interpellé Alain Ferrandi, le chef du commando, qui sait absolument tout, puisqu'il était le contact du commando d'Ajaccio avec l'organisation des Anonymes.

C'est ma grande déception : je voulais que ce procès soit l'occasion d'un sursaut de vérité, qu'on apprenne enfin qui avait mené la campagne de déstabilisation de l'automne 1997 revendiquée par le groupe des Anonymes – les attentats à Pietrosella, Vichy et Strasbourg qui ont précédé l'assassinat du préfet. Si l'on sait que le groupe d'Ajaccio est responsable des deux actions en Corse, on ignore encore les auteurs des attentats sur le continent.

Je suis frappé par le silence et la réticence des membres du commando à délivrer un message clair. Mais à partir du moment où l'on a comme moi la conviction que les investigateurs de la déstabilisation, qui ont armé le bras du commando, sont en liberté, cela peut expliquer cette attitude.

Estimez-vous comme certains que les « réseaux Pasqua » puissent se cacher derrière l'assassinat du préfet ?

Généralement, c'est quand on ne trouve pas d'explication qu'on se sert du mythe de ces réseaux. Personnellement, je suis plus réservé. Même s'il existe, je ne pense pas qu'ils soient à l'origine de quoi que ce soit.

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