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Et s'il était temps de refonder 
la doctrine énergétique française ?
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De l'eau dans le gaz ?

Et s'il était temps de refonder la doctrine énergétique française ?

Le mouvement patronal ETHIC organise, ce jeudi, un colloque à l'ENA intitulé « Un nouveau regard sur l’énergie ». Explications sur les enjeux de cette thématique, et la nécessité de sortir d'un schéma d'idées manichéen, qui bloque le débat pour les années à venir...

Pascal Hamamdjian

Pascal Hamamdjian

Pascal Hamamdjian est un ancien élève de la London School of Economics et diplômé de l’'Institut d’'Etudes Politiques de Paris.

Il travaille dans le secteur de l'énergie depuis plus de vingt ans et a enseigné à l'’Ecole Supérieure d'’Electricité et à l'’Ecole Nationale de la Statistique et de l’'Administration Economique.
 
Ancien administrateur de la bourse française de l'énergie Powernext, il est Président fondateur d'Eleneo, société de services énergétiques et éditeur de logiciel pour la gestion de l'énergie.

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L’énergie, sujet longtemps consensuel, est devenu un thème, sinon partisan, du moins clivant dans l’opinion, surtout en cette période de transition politique.

La problématique énergétique a trop longtemps été caricaturée en opposant pro et anti-nucléaire,  gaziers contre électriciens, tenants de la décroissance contre théoriciens des nouvelles énergies. 

Ces postures manichéennes ont masqué l’envergure d’un secteur complexe, où la demande énergétique exponentielle impose de ne fermer aucune porte et de ne s’enfermer dans aucun schéma préétabli.

Porter un nouveau regard sur l’énergie implique de renouveler les termes et les modalités du débat sur l’énergie. Et nous franchirons un cap important si nous contribuons, même modestement, à faire évoluer les choses en ce sens.

La France, qui consomme 6% des ressources énergétiques de la planète, a jusqu’à présent plutôt bien réussi en matière énergétique. Le pays a disposé d’une énergie relativement bon marché, émet plutôt moins de CO2 que ses voisins et a su promouvoir des champions nationaux qui lui permettent de se projeter sur la scène énergétique mondiale.

Un constat, même positif, ne suffit pourtant pas à tracer un chemin fédérateur pour l’avenir et la France doit trouver de nouvelles marques, dans un contexte très différent de celui dans lequel fut conceptualisée, il y a bientôt quarante ans, la doctrine française en matière énergétique.

Si une refondation est nécessaire, elle ne pourra se faire sans un changement de paradigme et l’instauration d’un débat nouveau.

Changer les modalités du débat suppose qu’il y ait en France plus d’experts et une expertise plus variée, par exemple sur des sujets comme le coût du nucléaire ou les réseaux intelligents, pour défier la pensée dominante. L’expertise en matière d’énergie est en France trop concentrée, ce qui lui fait perdre en crédibilité et nourrit in fine une forme de relativisme à l’égard des opinions exprimées.

Changer les termes du débat suppose de regarder au-delà de nos frontières et de confronter notre expérience et notre vision à celles de nos partenaires. Des choix énergétiques sensiblement différents sont faits dans d’autres pays, et ces choix interrogent les nôtres. A cet égard, l’Allemagne s’oriente aujourd’hui vers un avenir énergétique qui ne ressemble pas à celui de la France, et cette divergence annoncée exige que l’on s’interroge sur nos propres choix, sauf à décréter une fois pour toute que ce que fait l’Allemagne n’a aucun sens, ce qui serait clairement lourd de conséquence.

Le consensus sur les buts ultimes de la politique de l’énergie (sécurité d’approvisionnement, compétitivité, environnement), que les lois récentes sur l’énergie se sont contentées de juxtaposer, s’effrite, faute d’avoir justement précisé comment on les concilie et comment on les pondère. Le récent débat (y-en-a-t-il vraiment eu un ?) sur le gaz de schiste illustre la perte de repère.

Le consensus implique des choix, non pas sur les fins – au sujet desquels le consensus demeure, mais sur le cheminement vers ces fins, qui apparaît aujourd’hui tout sauf clair.

Un nouveau regard sur l’énergie peut peut-être y contribuer. C’est un enjeu d’intérêt général.

 

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Colloque « Un nouveau regard sur l’énergie », organisé par le mouvement patronal ETHIC, le jeudi 24 mai à l’ENA à partir de 14h30 (Programme téléchargeable ici 

 

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