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Les vieilles recettes politiques ?
Non merci !
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Dans la tête des classes moyennes

Les vieilles recettes politiques ? Non merci !

Une étude menée auprès du 14 au 28 avril sur la plateforme collaborative FreeThinking, décrypte les attentes des classes moyennes en vue de 2012. En 15 jours, la communauté de plus de 120 Français ont posté plus de 850 contributions. C'est notre feuilleton de la semaine : visite guidée dans le cerveau de la "France du milieu". Épisode 2 : les classes moyennes réagissent aux premières propositions des candidats à la présidentielle 2012 et notamment à celles du PS et de Dominique de Villepin.

Véronique  Langlois et Xavier Charpentier

Véronique Langlois et Xavier Charpentier

Véronique Langlois et Xavier Charpentier ont créé en mars 2007 FreeThinking, laboratoire de recherche consommateur 2.0 de Publicis Groupe.

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Il faut vraiment du neuf, maintenant… Et l’offre actuelle telle que les classes moyennes la comprennent et la perçoivent n’est pour l’instant pas du tout à la hauteur.

Deux exemples de cette insuffisance démocratique sont emblématiques à leurs yeux, et très commentés dans notre étude : le programme du Parti Socialiste, qui rencontre un mauvais accueil, et celui de Dominique de Villepin, dont la proposition de revenu citoyen semble l’exemple même de vieille recette insupportable. 

Le programme du PS : "déjà-vu"

Sur le programme du PS : ce qui prédomine dans les conversations sur ce sujet précis, c’est le sentiment d’un travail bâclé, l‘impression d’un retour en arrière avec de vieilles recettes recyclées et inadaptées à la situation de la France aujourd’hui. Avec une expression qui revient fréquemment : « déjà-vu ».

« Le PS : là ça fait mal ! On prend un sacré coup de vieux, on se croirait reparti 30 ans en arrière…Et je subventionne des emplois jeunes par ci, et je rajoute des allocs par là, et je remets la retraite sur le tapis, et je recreuse la dette publique en embauchant 100 000 fonctionnaires…heu, on finance comment ? »  

Même si quelques mesures comme l’encadrement du prix des loyers qui s’attaque réellement à la question du pouvoir d’achat à leurs yeux peuvent retenir l’attention et témoigner de bonnes intentions, dans  l’ensemble les mesures proposées ne trouvent pas d’écho positif :

  • La création des emplois d’avenir ?  Un retour déguisé des emplois jeunes de Lionel Jospin.   
  • L’allocation d’autonomie pour les jeunes ? Une aggravation de la politique de l’assistanat et un questionnement – avec l’embauche des fonctionnaires – sur le mode de financement dans un pays qui est déjà dans le rouge.
  • Le retour à la retraite à 60 ans ? Il divise la communauté car si cette mesure peut apparaître pour certains comme « faisant rêver », elle se heurte très vite au  scepticisme de la majorité et au travail de « deuil » auquel ces Français ont été contraints à l’époque de la réforme ; une réforme qui était nécessaire même si les modalités aujourd’hui restent questionnées (pour un très grand nombre, n’aurait-il pas été préférable d’imposer une durée de cotisation et de laisser à chacun la liberté de choisir l’âge de départ à la retraite ? Une approche en fait proche de celle proposée en 2010 par Martine Aubry, mais apparemment pas attribuée au PS…). 
  • L’encadrement des salaires des dirigeants ? Il rencontre un accueil mitigé tout comme la réforme de l’impôt sur le revenu : trop irréaliste (pour la 1ère mesure) et trop imprécise (pour la seconde) pour emporter l’adhésion.

Le PS est-il en mesure de faire le trou avec ce programme ? Apparemment non. On est très loin  des 110 propositions en 1981…

« Au PS, bataille d’egos aussi avec une nouveauté, les primaires ! Après avoir présenté leur programme, que vont apporter les primaires ? Trois mois de débats entre des personnes censées être d’accord sur un programme commun ? En étant plus proche de cette formation qu’aucune autre, je m’interroge et attends qu’ils arrêtent de se regarder en chiens de faïence et proposent quelque chose de concret aux Français… »

Dominique de Villepin : une piètre opinion des Français ?

Sur le programme de Dominique de Villepin : aux yeux d’une France moyenne qui se sent à la fois paupérisée et peu écoutée, une proposition peut très vite se transformer en chiffon rouge absolu. C’est exactement ce qui arrive au programme de Dominique de Villepin, dont le revenu citoyen de 850€ écrase toutes les autres propositions dans les commentaires et cristallise le rejet, avec l’idée que « à vot’bon cœur, m’sieurs dames ! »  ne peut constituer un mot d’ordre de campagne présidentielle.

En effet, trois points sans doute très éclairants à la fois sur les attentes, l’état d’esprit et les valeurs de ces classes moyennes à fleur de peau apparaissent avec une force – et pour tout dire une violence peu commune sur le blog à l’occasion de la discussion sur ce sujet précis :

  • Une férocité totale quant à ce type de proposition jugée à la fois démagogique, irresponsable et non-financée. Démagogique : c’est à leurs yeux une vieille recette éculée usant encore une fois d’un clientélisme éhonté, bien qu’enveloppé de grands mots et d’un discours généreux. Le jugement est sans appel, la convergence de vue de TOUS les blogueurs complète. Littéralement, pas une voix ne s’élève pour défendre cette mesure dans le concert des critiques qui s’abattent sur elle.
  • Un contraste absolu, là aussi, avec leur attente fondamentale de réalisme, d’esprit de responsabilité. Les temps sont difficiles à leurs yeux, bien sûr, mais justement : il est proprement inacceptable dans leur discours, dans ces conditions, de proposer une mesure de distribution de revenu non-financée. Le fait qu’il n’y ait à leurs yeux pas de source de financement crédible est mis en avant dans pratiquement tous les billets sur ce sujet.
  • Dernier point, peut-être le plus crucial, sur l’état d’esprit qui est le leur : derrière cette proposition, ils considèrent qu’éclate au grand jour la piètre opinion que le candidat De Villepin (cristallisant un rejet qui le dépasse) aurait des Français : soit des assistés auxquels il suffit de promettre une allocation de plus pour apparaître généreux (les classes modestes auxquelles ces Français de classes moyennes comprennent que cette allocation s’adressera), soit des imbéciles qui paieront (les classes moyennes). Avec cette idée dévastatrice que décidément, certains ne comprennent toujours pas que l’assistanat n’est pas la réponse – que c’est un avilissement de la population et au final un facteur de division : 

« Enfin, République Solidaire, je suis d’accord avec tous ceux qui disent que donner 850€ pour ne rien faire est délirant. »

« Quant aux 850€ à ne rien faire c’est encourager les gens à être assistés pendant que les autres crèvent en étant payés juste un peu plus… »

« Quant à Villepin, avec son allocation de 850 € pour les gens sans activité il aura fait son buzz pour passer sur Canal + au journal des Guignols… »

Il peut sembler excessif de faire une telle place dans l’analyse à une seule mesure d’un programme parmi d’autres, mais cette place dans l’analyse ne fait que refléter la place disproportionnée qui lui est faite dans les commentaires. Comme si l’on touchait là, décidément un point ultra-sensible à la fois dans son caractère rationnel, économique (où trouver l’argent – la même critique que celle qui avait cours, en 2007, envers le smic à 1500€ proposé par Ségolène Royal) et émotionnel, symbolique (abaisser le débat politique, enfoncer une partie du pays dans l’assistanat et la paresse, afficher sa condescendance envers les « petits »). 

(épisode 1 de notre feuilleton sur les classes moyennes : Du "tous pourris" au "mépris" de la classe politique

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