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Le Medef menace plus que jamais de quitter le pacte de responsabilité
Le Medef menace plus que jamais de quitter le pacte de responsabilité
©Reuters

Editorial

Ci-gît le pacte de responsabilité (et, avec lui, l'avenir économique de la France ?)

Ces derniers jours, le gouvernement et le Medef se rendent coup pour coup. Ils ont encore haussé le ton jeudi, alors que l'ambiance déjà très tendue depuis que l'organisation patronale a menacé d'abandonner le pacte de responsabilité pour cause de "harcèlement fiscal". Le ministre des Finances Michel Sapin a répondu en appelant le Medef à cesser "ses petits jeux".

Michel Garibal

Michel Garibal

Michel Garibal , journaliste, a fait une grande partie de sa carrière à la radio, sur France Inter, et dans la presse écrite, aux Échos et au Figaro Magazine.

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Annoncé à son de trompes début janvier, le pacte de responsabilité est-il en train de mourir avant même d’avoir vu officiellement  le  jour ? Le ton ne cesse de monter entre les partenaires sociaux, alors que le Parlement ne se prononcera pas sur les textes avant la fin juillet au moment du vote du collectif budgétaire qui doit valider les baisses d’impôt prévues par le projet. Encore faut-il souligner que les députés ne voteront pas sur les réductions de charges pour les deux années suivantes qui figurent dans les textes de départ. C’est dire que le grand dessein affiché par François Hollande risque déjà d’être sensiblement amoindri, d’autant que les syndicats comme une partie de la gauche ne cessent de s’insurger contre les "cadeaux au patronat", tandis que le Medef parle de la "supercherie"  du dispositif envisagé, avec des diminutions de charges en trompe l’œil.

Il est vrai que les ambigüités de la politique officielle se font jour une fois de plus.  Après avoir donné le sentiment qu’il opérait un revirement spectaculaire en faveur d’une politique de l’offre, qui permettrait aux entreprises de reconstituer leurs marges pour investir, le gouvernement ne cesse d’égrener des mesures nouvelles qui insidieusement reviennent à promouvoir la demande. Avec un effet désastreux : celui de donner  l’impression que le pouvoir vend plusieurs fois les mêmes choses, mais dans un langage différent selon les interlocuteurs, ce qui contribue à créer un sentiment de flou et développe la zizanie chez les intéressés. La déception est d’autant plus forte que le temps s’écoule sans que l’on  progresse, bien au contraire, en distillant  les craintes et les incertitudes là où la recherche de la confiance supposerait d’avancer à la hussarde avec des objectifs précis.

Alors que les Allemands se réunissent  autour d’une table lorsqu’il y a un problème et n’hésitent pas à organiser un gouvernement  de coalition, ce sont les invectives et les anathèmes qui se développent en France, en attendant que le gouvernement exerce un arbitrage. Mais celui-ci ne peut intervenir avec un pouvoir affaibli par les résultats des dernières élections et les divisions au sein de sa majorité. Conséquence : dans tous les domaines, le pays reste à la traîne. L’activité stagne et le chômage, malgré les dénégations officielles, continue de se creuser, un nombre de sans emploi de plus en plus élevé sortant des statistiques de l’Insee. En cherchant un dérivatif vers la réforme des régions, le gouvernement alimente dans un autre domaine la pétaudière où chacun défend son bout de gras et où s’éloigne définitivement la possibilité de rapproches des points de vue trop divergents..

Devant cette situation d’un pouvoir totalement démonétisé, même Bruxelles a mis la pédale douce en considérant  que la France était un grand malade avec lequel il fallait faire preuve de mansuétude. D’où la prudence dans le diagnostic que la commission vient de prononcer sur l’état de l’économie, en évitant de brandir la menace d’un recours à des sanctions en raison des engagements non tenus. La France pourra ainsi continuer d’évoluer cahin-caha, au milieu des criailleries des corps constitués, mais en perdant progressivement sa crédibilité sur la scène internationale. Le refus de prendre des risques, la recherche  illusoire d’un consensus généralisé sont les signes les plus tangibles du repli synonyme de déclin.  

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