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Chronique estivale des lenteurs
et dysfonctionnements français :
de la difficulté de boire une bière 
en zone touristique
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Archaïsmes

Chronique estivale des lenteurs et dysfonctionnements français : de la difficulté de boire une bière en zone touristique

Pendant l’été 2012, Thierry Jaune vous livre une chronique des archaïsmes, lenteurs et autres dysfonctionnements de notre magnifique pays, observés dans les secteurs public et privé.

Thierry Jaune

Thierry Jaune

Thierry Jaune, 50 ans, est journaliste et chef d’entreprise.

Il écrit sous pseudo.

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Précision. Les absurdités relevées dans ces chroniques proviennent de règles inadaptées et de systèmes administratifs et informatiques souvent conçus sans prendre en compte les besoins des utilisateurs. Notre reporter tient à préciser que la très grande majorité de ses interlocuteurs dans les services publics se montrent courtois et aimables. Et que 100% des télé conseillers d’Orange ont fait preuve d’une compréhension et d’une patience colossales. 

Episode 1 : De la difficulté de boire une bière en zone touristique. Et autres spécificités de l’accueil touristique à la française

Le paisible touriste déambulant en famille sur la place d’un village ultra touristique et même un peu huppé tombe sur un bar-restaurant, à moins que ce ne soit un restaurant-bar, dont la terrasse lui tend les bras à l’ombre du célèbre clocher de ce village. Il est 17 h 30 mais seulement 15 h 30 au soleil. Vous avez visité quelques curiosités locales sous le cagnard. Il est donc temps de s’installer pour une pause. Vous commandez trois jus d’orange et une bière. C’est les vacances, vous êtes détendu, tout va bien, aucun nuage à l’horizon.

Et c’est là que les choses se gâtent, par la conjonction maléfique de la réglementation française et d’une serveuse... disons zélée. 

La serveuse : 

- « Je ne peux pas vous servir la bière si vous ne mangez pas »

Votre épouse, qui n’attendait que ça, avec l’air de voler au secours de son mari :

- « Très bien, donnez-nous ce crumble qui a l’air si sympa »

La serveuse, revenant embêtée, après quelques minutes d’attente:

- « C’est que, celui qui consomme l’alcool doit consommer la nourriture »

Vous :

- « Qui vous a dit que le crumble était pour mon épouse ? Si, dans votre compta, vous affectez le crumble à ma bière, pensez-vous que je vais le savoir ou imaginez-vous que ça m’intéresse ? »

La serveuse :

- « On a des contrôles et si ça se trouve vous êtes des contrôleurs »

Nous, à l’unisson :

- « Donnez-nous quatre jus d’orange et tant pis pour le crumble »

Outre une serveuse à la mentalité de contrôleuse fiscale, l’explication est d’une absurde simplicité. Cet établissement vend de l’alcool non pas sous la « licence restaurant » mais sous la « petite licence »  celle qui permet de vendre, uniquement pendant les repas, les boissons du groupe 2, c’est à dire les boissons fermentées non distillées comme vin, cidre, bière, crème de cassis, certains vins doux, etc.

Admettons. Cette licence, couplée cette fois à l’amateurisme aberrant de certains établissements, donne cet autre résultat ébouriffant. Vous êtes attablé à une terrasse, au centre de l’une des principales places d’Avignon en plein festival. Il y a donc un tout petit peu de monde. Il est 18 heures. Autant dire que la chaleur est comme au cœur d’un four. Vous commandez donc cette bière artisanale et prometteuse, brassée à quelques encablures.  Vous l’imaginez, avec ses multiples reflets dorés, chapeautée par une aérienne mousse blanche et vous anticipez la saveur de la première gorgée... Mais, patatras, le serveur : 

- Pas possible de vous vendre la bière car le service des repas n’a pas encore commencé. 

Encore un coup de la "petite licence".

Bien entendu, c’est un serveur français et il ne vous propose donc pas quelques toats nappés de tapenade, une tartine avec la terrine maison, une assiette de charcuterie ou de légumes, qui auraient, peut-être, été considérés par l’administration comme un repas, sait-on jamais. Développer du chiffre d’affaires tout en faisant plaisir au client est une idée inconnue de beaucoup de commerçants de notre beau pays.

Comme vous êtes sur cette place sublime, en Avignon s’il vous plait, vous restez détendu, mais toujours assoiffé. Vous vous repliez donc sur ces jus de fruits frais pressés, qui occupent la moitié de la carte. Mais là, à nouveau le serveur, sans que cela ne semble lui poser le moindre problème :

- Pas possible de vous servir ! 

- Ben pourquoi ?

-  On a tout vendu ce matin, y en a plus !

Résumons. A 18 heures, ce café se sait donc pas s’approvisionner pour vendre suffisamment à ses clients de l’après-midi et du soir, pendant les trois semaines de l’année où il doit réaliser 80% de son chiffre d’affaires annuel !

Quant à votre camarade de rafraichissement, sans regarder la carte (c’est un type qui aime vivre dangereusement), il commande un Orangina !

– Ah, ce n’est pas possible...

– Ben pourquoi ? 

– On n’en a pas.

C’est vrai quoi, fallait pas commander un truc aussi rare.

Dans le registre, poil dans la main + mauvais ratio charges / recette / droit du travail, nous avons, toujours dans cette bonne ville d’Avignon en plein festival, trois restaurants d’affilée qui refusent de nous servir trois repas à 14 h 15. « Cuisine fermée » ! C’est vrai qu’il est très tard dans l’après-midi.

Terminons par cette scène pittoresque. Jour de marché dans un village touristique de la côte atlantique, donc bondé. Vous arrivez à l’aube, à 9 h 45, à la terrasse de ce café, avec votre épouse. Le loufiat est en train de déployer, lentement, les parasols. Comme il n’ouvre qu’à 10 heures du matin pour servir les petits-déjeuners (si, si, véridique !), il vous propose, avec un grand sourire, de vous asseoir à cette table, bien située à l’ombre d’un pin, et de vous apporter tout de suite un noisette et un grand crème, avec des tartines de pain frais, de la confiture maison et deux jus d’oranges pressées... Non, je blague. C’est un cafetier français. Ce qui donne, sur un ton mal embouché :

-  « C’est pas encore ouvert, repassez dans un quart d’heure ! »

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