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Choses entendues à Orléans. "A la télé ils montrent des décapitations…" "C'est pas grave, c'est des kouffars (infidèles)"
©Reuters

Ce n'est pas une histoire belge

Choses entendues à Orléans. "A la télé ils montrent des décapitations…" "C'est pas grave, c'est des kouffars (infidèles)"

Il s'agit d'une conversation somme toute banale. Ce qui est terrifiant, c'est qu'elle soit banale.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Molenbeek, Molenbeek… Il n'y en a dans les médias, et dans la bouche des hommes politiques, que pour cette petite commune de l'agglomération bruxelloise. Molenbeek, Molenbeek… C'est là que les forces belgo-françaises ont remporté une victoire qui venge la défaite de Waterloo, autre commune belge. Molenbeek, Molenbeek… La localité est présentée comme la base arrière du jihadisme européen, sans qu'on se donne la peine de préciser qu'elle est entièrement sous la coupe des mafias marocaines de la drogue, le trafic du shit faisant bon ménage avec la lecture du Coran.

Molenbeek, Molenbeek… On ne nous dit pas non plus que depuis le 13 novembre 2015, et surtout depuis la capture de Salah Abdeslam, le prix du mètre carré là-bas a vertigineusement chuté et que l'on peut y habiter pour rien. Molenbeek, Molenbeek… Chez nous on aime bien ce mot-là. Car ce n'est pas en France, pas chez nous. C’est chez les Belges.

Pas chez nous ? Mais il y a en France des dizaines de Molenbeek, qui certes n'ont pas atteint la perfection et la notoriété de leurs cousines belges ! Pour les localiser, il suffit simplement de regarder la carte des ZSP (Zone de sécurité prioritaire) : elle est disponible sur le site du ministère de l'Intérieur. Elle recèle des surprises pour tous ceux qui pensent que la drogue, la violence et l'islamisme sont exclusivement estampillés 93 et quartiers nord de Marseille.

Le Monde a pu consulter en détail une minutieuse enquête policière portant sur une ville étroitement associée au nom de Jeanne d'Arc. Et dans un article passionnant, qui aurait pu être titré "La banalité du mal", on découvre un petit Molenbeek-sur-Loiret, un quartier particulier et spécifique d'Orléans (même pas classé ZSP). Une quinzaine de "jeunes" de ce quartier sont partis combattre en Syrie. Six y sont toujours. Les autres ont été interpellés à leur retour. Le journal s'étonne (seul petit bémol à apporter à son enquête), que cela se passe dans le Loiret "département semi-rural" avec un taux de chômage parfaitement raisonnable. Comme si l'envie de tuer des mécréants passait par l'inscription à Pôle Emploi…

Les policiers chargés de l'enquête ont bossé. Le relevé de leurs écoutes téléphoniques est édifiant. On part en Syrie, comme pour un merveilleux jeu guerrier, on accepte de tuer avec une déconcertante évidence. Yannis, parlant à un interlocuteur quelque part en Syrie "T'es parti où en match là?" "À la frontière de l'autre pays, juste à côté." "Ah d'accord, et c'était comment?" "Si on joue au foot là-bas, les ballons sont certainement remplacés par des têtes d'enfants yézidis. Inès (la compagne de Yannis) au téléphone, avec un copain en Syrie. "A la télé, tu vois, ils montrent les décapitations qu'ils font. Ils montrent genre le peuple irakien, les Kurdes, en train de fuir… des esclaves, des machins et tout…" Réponse. "Oui mais les kouffars [infidèles], ce n'est pas grave, c'est bien tu vois".

Ainsi sont rythmées les scènes de la vie quotidienne dans un coin de la ville d'Orléans. Pour eux, la vie d'un "kouffar" ne vaut pas grand-chose. Jeanne d'Arc est loin, très loin : 7 lieux de culte musulman dans la ville. Ici aussi la "radicalisation" (pour utiliser le terme convenu) gagne du terrain. Des signalements de "jeunes", des cellules de veille pour les "guérir". Et notamment pour lutter contre l'antisémitisme apparemment très répandu dans cette catégorie de la population.

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