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Le nombre de demandeurs d'emploi a augmenté de 0,2% en juillet.
Le nombre de demandeurs d'emploi a augmenté de 0,2% en juillet.
©Reuters

L'arbre qui cache la forêt

Chômage : les mauvais chiffres que cache la propagande officielle

Le nombre de chômeurs de catégorie A inscrits à Pôle emploi a augmenté de 0,2% en juillet (+ 6 300), contre une augmentation de 0,5% entre mai et juin, a annoncé mardi le ministère du Travail.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Et voilà, la bataille des chiffres a commencé autour du chômage.

D’un côté, le gouvernement explique que c’est quand même mieux que si c’était pire avec 0,2% seulement d’augmentation en un mois… des chômeurs de catégorie A, c’est-à-dire des demandeurs d’emploi indemnisés et sans aucune activité.

De l’autre, les adversaires du gouvernement, qui ont beau jeu de souligner que les demandeurs d’emploi indemnisés, c’est-à-dire les catégories A, B, C, réunies (qui agrègent les inscrits à Pôle Emploi qui ont trouvé un petit job en attendant), continuent leur terrible descente aux enfers, avec + 53.000 chômeurs en un mois, soit 1,1% d’augmentation. Ce qui est vraiment un très mauvais chiffre.

On n’en a pas fini, avec ces querelles de chiffre qui vont nous occuper un bon moment…

Je voudrais rebondir pour ma part sur ce que je crois être d’inquiétantes ruptures dans les statistiques de l’emploi, qui ne présagent rien de bon pour la suite, et devraient conduire le gouvernement à ouvrir une vraie réflexion sur les mois qui s’annoncent en France.

L’explosion des inscriptions nouvelles à Pôle Emploi

Contrairement au discours officiel (et je mets ici à part tous les aspects partisans du sujet), les esprits responsables de ce pays doivent tirer le signal d’alarme à la lecture du graphique suivant:
Ce graphique compare les entrées et les sorties à Pôle Emploi depuis juillet 2009. Il montre clairement que pas plus de 40.000 chômeurs mensuels ne reprennent une activité: chiffre extrêmement stable depuis 4 ans. En revanche, les premières entrées explosent.

En un mois, les inscriptions nouvelles à Pôle Emploi ont augmenté (en données corrigées des variations saisonnières) de 40.000 chômeurs nouveaux, pour atteindre le chiffre de 540.000 inscriptions (contre 523.000 l’an dernier à la même époque… soit une dégradation nette). En données brutes, l’augmentation est encore plus effrayantes: 30.000 de plus que l’an dernier.

Il est manifeste que la situation de l’emploi se dégrade.

Pourquoi la dégradation de l’emploi ne se retrouve-t-elle pas dans les chiffres finaux?

Le graphique suivant répond très rapidement à la question:

En un mois, Pôle Emploi a supprimé de ses fichiers, pour des raisons administratives, près de 55.000 chômeurs. Ces suppressions tiennent à des décisions administratives qui n’ont rien avoir avec une reprise d’activité.

Autrement dit, pour atténuer les effets d’inscriptions massives à Pôle Emploi, l’opérateur national a artificiellement dégonflé son fichier de demandeurs, quitte à plaider, dans quelques semaines, l’erreur administrative et à proposer une réinscription.

Le traitement statistique du chômage, un sujet sensible

Après les mécomptes des emplois d’avenir, le gouvernement s’appuie donc sur un traitement statistique du chômage pour présenter à l’opinion des chiffres qui collent avec les dangereux paris d’inversion de courbe du chômage lancés par François Hollande en début d’année. Une méthode classique, mais une méthode pas très propre.

De fait, si l’on additionne aux chômeurs des catégories A, B et C, les personnes recrutées par des entreprises publiques pour complaire au gouvernement, on obtient une photographie peu flatteuse de l’emploi en France.

Mais peut-être qu’affronter la réalité ne fait pas partie des valeurs politiques de notre époque…

Cet article a déjà été publié sur le blog d'Eric Verhaeghe.

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