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Manœuvres militaires et entreprises de dissuasion se multiplient en Mer de Chine du Sud.
Manœuvres militaires et entreprises de dissuasion se multiplient en Mer de Chine du Sud.
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Conflits territoriaux

La Chine montre ses muscles face au Viêt-Nam

Manœuvres militaires et entreprises de dissuasion se multiplient en Mer de Chine du Sud, notamment entre le Viêt-Nam et la Chine. Enjeu : des îles désertes riches en pétrole que Pékin voudrait transformer en lieux de vacances de luxe.

Ronan Daniel

Ronan Daniel

Ronan Daniel est rédacteur pour la Télévision Centrale de Chine (CCTV) à Pékin. Il est également le co-fondateur et responsable du site www.chine-observateurs.com.

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Exercices militaires avec des bateaux armés, prospection dans des zones maritimes contestées et manifestations devant l’ambassade de Chine... C’est un dangereux poker menteur auquel se livre le Viêt-Nam en Mer de Chine méridionale ces derniers jours. Irritées par les récents incidents ayant opposé leurs bateaux à des patrouilleurs chinois, les autorités vietnamiennes usent de tous les moyens pour pousser la Chine à la faute et prendre à témoin la communauté internationale.

Multiplication des incidents

Le 26 mai dernier à 5 heures du matin, le bateau vietnamien Binh Minh 02 conduit, pour PetroVietnam, des études sismiques à 120 miles nautiques au large du Cap Dai Lanh, quand l’équipage détecte trois navires chinois. Une heure plus tard, les patrouilleurs chinois pénètrent dans la zone d’étude et sectionnent les câbles tendus par le navire vietnamien. Une confrontation similaire se produit le 9 juin et met aux prises le Viking 2, navire norvégien sollicité par PetroVietnam, et un bateau de pêche chinois très vite secondé par deux compatriotes.
Outre le Viêt-Nam, les Philippines dénoncent également depuis mars des intrusions chinoises. Depuis deux semaines, les prises de parole se multiplient, chacun accuse l’autre de « grave violation de sa souveraineté territoriale » et le ton se durcit un peu plus avec la décision vietnamienne de mener des manoeuvres militaires avec des bateaux armés au large de Hoi An, et l’annonce par la Chine d’exercices militaires « de routine » fin juin dans les eaux internationales de l’ouest du Pacifique.

Un statu-quo intenable

Qu’est ce qui justifie cette soudaine montée de tension pour un territoire à première vue assez hostile ? La Mer de Chine du Sud regroupe plusieurs centaines d’îles inhabitables, pour la plupart des bancs de sable et des récifs, regroupés en deux principaux archipels, les Paracels et les Spratleys. La Chine, le Viêt-Nam, Brunei, la Malaisie, les Philippines et Taiwan revendiquent tout ou partie de ces territoires. Jusqu’ici, un statu-quo tendu était respecté : les Spratleys sont peuplées de militaires vietnamiens, chinois, malaisiens, brunéiens et philippins qui sont en garnison sur place, alimentés par leurs continents respectifs, afin de marquer leurs territoires. Les Paracels ont pour leur part fait l’objet d’affrontements directs entre la Chine et le Viet-Nam, qui asseoient la présence chinoise dans cette région. Depuis, un climat de guerre froide s’instaure et bloque toute tentative d’exploitation de la région. Un accord « de Conduite » est même trouvé en 2002 entre les membres de l’Association des Nations du Sud-Est Asiatique et la Chine pour prévenir toute escalade militaire.

La réouverture des hostilités

Les récents incidents semblaient pourtant inéluctables tant les atouts de cette zone géographique prennent aujourd’hui de l’importance.
Tout d’abord, la région recèlerait des réserves de pétrole et de gaz. Les autorités chinoises estiment les ressources pétrolières des Sparteys à 17,7 milliards de tonnes. La zone constitue également une région potentiellement riche pour les activités de pêche et est traversée par des routes commerciales dont le contrôle peut s’avérer décisif avec le développement de l’économie du sud-est asiatique.
Mais plus encore que ces ressources depuis longtemps soupçonnées, c’est peut être les intentions de développement touristique qui ont déclenché cette soudaine tension. En janvier 2011, le South China Morning Post évoquait les projets chinois de mener une politique de développement du tourisme haut de gamme dans l’archipel des Paracels, à l’image de ce qui avait déjà été initié sur l’île de Hainan. Le journal évoquait le risque d’une montée des tensions dans la région, quatre mois plus tard, les faits semblent lui donner raison.
Le 2 mai dernier, c’est le quotidien d’Etat China Daily qui évoque la volonté de l’Agence de Surveillance Martime chinoise de renforcer sa flotte de bateaux d’inspection pour faire respecter la souveraineté territoriale du pays.

Un conflit armé impliquant le Viet-Nam, la Chine ou même les Etats-Unis, sollicités par Hanoi et Manille pour assurer une présence dissuasive dans la région, semble improbable. Mais cette escalade témoigne de vélléités territoriales chinoises inquiétantes pour ses voisins, des différends territoriaux étant également entretenus avec le Japon et la Corée du Sud, et cette démonstration de force a tout pour inquiéter Taiwan. Sur ces questions territoriales, économiques et géopolitiques, la Chine montre qu’elle est un partenaire de négociation difficile, impulsif et inquiétant. Il faudra pourtant un jour savoir lui dire « non », et espérer qu’elle n’abattera pas toute ses cartes d’un coup.

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