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Le nombre d'interpellations lors des manifestations a augmenté en 2013.
Le nombre d'interpellations lors des manifestations a augmenté en 2013.
©Reuters

Manifs de droite

Chiffres : les manifestants de 2013 ont-ils été plus violents ou les forces de l'ordre ont-elles été plus sévères que les générations précédentes ?

A en croire les chiffres de la police, le nombre d'interpellations lors des manifestations a augmenté en 2013 par rapport à 2012. Mais cela ne prouve pas une hausse de la violence dans ces rassemblements.

Patrice  Ribeiro

Patrice Ribeiro

Patrice Ribeiro est secrétaire général de Synergie-Officiers

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Atlantico : Selon les chiffres de la police, publiés par le quotidien 20 minutes, le nombre de manifestations n'a que très légèrement progressé en 2013 par rapport à 2012. En revanche, ces manifestations seraient plus violentes. Est-ce que ces chiffres correspondent à une réalité des faits ?

Patrice Ribeiro : En ce qui concerne le nombre de manifestations, oui. La grande majorité des manifestations étant déclarées, il est facile de voir une évolution. Même si, notamment à Paris, certaines ne sont pas déclarées, la coutume veut que les forces de l'ordre fasse signer sur place une déclaration de manifestation. Chaque année, le nombre de manifestations fluctue en fonction de l'actualité mais cela reste constant d'une manière général : nous sommes un pays où l'on manifeste beaucoup.

En ce qui concerne les violences, en revanche, rien ne permet de dire que les manifestations de 2013 ont été plus violentes que celles de 2012, si ce n'est le nombre d'interpellations. Mais cela dépend fortement du degré de mansuétude que la police veut bien laisser.

Il y a eu 22% d'interpellations en plus durant ces manifestations. Est-ce que cela signifie que les manifestants ont été plus virulents ou que les forces de l'ordre ont été plus zélées ?

Il y a des rassemblements pour lesquels on interpelle tout de suite. A l'inverse, il y a des manifestations ou des événements festifs qui dégénèrent pour lesquels, en règle générale, en fonction de la nature de la population, on laisse plus ou moins casser plutôt que d'avoir un Malik Oussékine (du nom du jeune étudiant mort au cours d'une manifestation contre le projet de réforme universitaire en 1986, ndlr). La hantise de tout ministre de l'Intérieur est le syndrome Malik Oussékine. Ainsi, dans le cas des manifestations étudiantes qui dégénèrent, on laisse casser une fois ou deux et puis on légitime la répression.

Que ce soit avec ou sans casse, le maintien de l'ordre est une science politique. Il y a une latitude pour intervenir ou non. Cela dépend de plusieurs facteurs : la sensibilité de la manifestation, du contexte médiatique, politique, des personnes qui défilent, etc. La philosophie est de ne pas créer plus de troubles que ceux que l'on est chargé de réprimer. Parfois, mieux vaut laisser un léger trouble que d'avoir des conséquences dommageables, y compris politiques. Les policiers et notamment les unités constituées (CRS, gendarmes mobiles, etc.) font donc ce qu'on leur dit. Les arrestations sont faites sur instruction de l'autorité à partir du moment où il a constatation d'une infraction. Avec la Manif pour tous par exemple, des instructions très fermes ont été données pour arrêter les veilleurs. La base juridique était l'attroupement car il n'y avait pas de casse.

Est-ce que l'arrestation de 250 personnes lors du rassemblement anti-Hollande "Jour de colère" rentre-t-elle dans cette logique de consigne ?

Pour la manifestation du "Jour de colère", les instructions étaient fermes : dès que ça a commencé à dégénérer, dès la dispersion du cortège, les forces de l'ordre ont procédé aux interpellations. Les consignes ont été données tout de suite. C'est ce qui explique le nombre élevé d'interpellations alors qu'il y en avait finalement eu assez peu lors des échauffourées après la remise du trophée de Ligue 1 aux joueurs du PSG.

Ce n'est donc pas forcément parce qu'il y a beaucoup d'interpellations dans une manifestation que celle-ci est violente. C'est complètement détachable. La difficulté en maintien de l'ordre est d'aller interpeler les gens sans se mettre trop en danger. Et il faut, quand on interpelle quelqu'un, lui imputer des faits. Il faut identifier la bonne personne et l'interpeller en toute sécurité.

200% de fonctionnaires en plus ont été blessés au cours de ces manifestations. N'est-ce pas l'illustration des violences ?  

D'une certaine manière oui. Sur "Jour de colère", il y a eu 19 policiers blessés. Le problème aujourd'hui est qu'il y a beaucoup de vergogne à jeter des pavés sur les policiers ou même à leur tirer dessus.

Depuis des années, il y a une libération de la parole vis-à-vis des forces de l'ordre. Depuis quelques temps, il y a aussi une libération des gestes. D'autant qu'il y a un effet de de foule, une ambiance d'exaltation qui conduit certaines personnes à agir de manière violente alors qu'il ne le ferait pas s'ils étaient seuls. 

Propos recueillis par Sylvain Chazot

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