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Le président du Medef, Pierre Gattaz et Jean-Marc Ayrault lors d'une table ronde aux assises de la fiscalité à Matignon.
Le président du Medef, Pierre Gattaz et Jean-Marc Ayrault lors d'une table ronde aux assises de la fiscalité à Matignon.
©Reuters

L'interview Atlantico Business

Charles Sannat – AuCoffre.com : "La France ne deviendra pas compétitive en baissant les charges des entreprises, c’est de l’enfumage"

Les assises de la fiscalité ont débuté mercredi à Matignon. Entouré des partenaires sociaux, le gouvernement veut remettre à plat la fiscalité des entreprises afin que ces dernières retrouvent en compétitivité. Pour Charles Sannat, le directeur des recherches économiques du site de placement AuCoffre.com, le problème réside surtout dans l’écart de compétitivité entre les pays européens.

Atlantico Business : Ces assises de la fiscalité ont pour but de redonner de la compétitivité aux entreprises. Que faut-il en attendre ?

Charles Sannat : C’est encore une montagne qui va accoucher d’une souris. Ces assises de la fiscalité ne vont rien changer parce que les gens, le gouvernement et la manière dont on réduit ce débat ne va pas du tout. Nous sommes dans un monde ouvert, européen, mondialisé, on ne peut pas résonner en termes de compétitivité à frontières fermées. On résonne à périmètre franco-français, mais quand on parle de compétitivité, on doit toujours s’exprimer en relatif. C’est de l’enfumage, nous ne deviendrons pas compétitif parce que l’on va baisser nos charges, on est compétitif parce qu’on l’est plus que quelqu’un d’autre. Cette notion-là est totalement occultée du débat actuel. On imagine, quand on se compare à l’Allemagne qu’en faisant trois pas en avant on va se remettre à leur niveau, certes. Mais à aucun moment on imagine que l’Allemagne va vouloir son avance compétitive. C’est le cycle sans fin d’un dumping fiscal et social dans lequel se trouve l’Europe. 

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Donc la solution, c’est plus d’Europe ?

Il y a deux types de solutions. Les européistes vous diront que cela passe par plus d’Europe, par une harmonisation totale. Et c’est vrai que cela aurait pour effet de supprimer l’aspect dumping et l’écart de compétitivité entre les pays. Les eurosceptiques vous diront qu’il ne faut surtout pas plus d’Europe, qu’il faut un retour aux frontières, aux monnaies nationales etc. Économiquement les deux points de vue se défendent, la suite est un point de vue idéologique. Mais il est vrai qu’en choisissant un retour aux États-Nation, la compétitivité va se régler avec le levier monétaire. Quand on parle de compétitivité, les taux de change sont fondamentaux. Quand on voit que 1 euro vaut 1,36 dollar, il faut bien se rendre compte que l’on a perdu 60% de notre compétitivité et que c’est intenable pour notre industrie. Nos monnaies doivent être adaptées à nos économies. Parler de compétitivité sans parler de la monnaie est une aberration.

Peut-on vraiment tout régler par le levier monétaire ?

Une entreprise ne recrute pas parce qu’on lui baisse ses charges, elle recrute parce qu’elle à un carnet de commande, une visibilité, une stratégie de développement. Je crois vraiment que la valeur ajoutée de cette baisse des charges elle sera conservée pour faire plus de bénéfices et distribuer du dividende. En aucun cas elle sera utilisée pour recruter et faire baisser le chômage. Parler de la compétitivité, ce n’est pas que le coût du travail, ce n’est pas que les charges sociales. La compétitivité c’est aussi le rendement de l’individu, la notion d’efficacité du salarié. Par exemple, un Chinois coûte peut-être moins cher mais il travail moins bien aussi. La compétitivité, c’est aussi un problème de formation. Plus votre force de travail est qualifié, plus vous avez de valeur ajoutée et moins vous serez sensible à la concurrence des pays low cost. Actuellement, nous sommes dans une phase de réajustement des effectifs pour une raison d’une simplicité biblique mais qui échappe à nos énarques, c’est que les progrès technologiques, l’internet, sont à peine en train de produire leurs effets. Tous ces éléments quand on les met bout à bout, on se rend bien compte que c’est une absurdité de parler d'un pacte de compétitivité simplement avec des assises fiscales.

Propos recueillis par Julien Gagliardi

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