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Cet enjeu environnemental occulté par les menaces géopolitiques (bien réelles) en Méditerranée
©FADEL SENNA / AFP

Bonnes feuilles

Cet enjeu environnemental occulté par les menaces géopolitiques (bien réelles) en Méditerranée

Depuis trois mille ans, la Méditerranée a fasciné les conquérants et tous ceux qui rêvent d'en faire un lac intérieur de paix et de prospérité. Ulysse, les Romains, Justinien, les chevaliers francs, Saladin, les Vénitiens, Soliman le Magnifique, Barberousse le pirate, Bonaparte et sa folle expédition d'Égypte, l'Europe colonisatrice, Hitler et son plan B, Nasser, tous ont rêvé de s'emparer de la Méditerranée et de la dominer. Aucun n'a pu définitivement la soumettre. Extrait de "La Méditerranée, Conquête, puissance, déclin" de Jean-Paul Gourévitch, aux éditions Desclée de Brouwer (2/2).

Jean-Paul Gourévitch

Jean-Paul Gourévitch

Jean-Paul Gourévitch est depuis 1987 consultant international sur l'Afrique, les migrations et l'islamisme radical. Il a enseigné à l'Université Paris XII Créteil. Écrivain, essayiste et formateur il est également spécialiste de la littérature de jeunesse.

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Dernier obstacle à la nature même des projets portés par le rêve méditerranéen, ce qui en forme le cœur: la sécurité. Cette notion se décline selon plusieurs priorités: la sécurité des personnes et des biens, la sécurité économique, la sécurité environnementale, la sécurité sanitaire, la sécurité alimentaire. Elle suppose l’existence d’un espace de sécurité qui apporte une réponse aux menaces qui pèsent sur l’avenir de la région.

La sécurité environnementale est loin d’être assurée. Le réchauffement climatique paraît inéluctable. La température a augmenté en moyenne de deux degrés depuis 1970 et les prévisions des experts pour le xxie siècle s’étagent entre + 2,2 % et + 5,1 %. La diminution des précipitations, la hausse de l’évaporation, l’érosion des côtes, la dégradation des milieux forestiers, la décrue des ressources halieutiques, l’accroissement de la pollution liée aux rejets industriels, la menace qui pèse sur 19  % des espèces marines dans une mer dont les vertus prophylactiques étaient autrefois vantées, mais qui paraît aujourd’hui au bord de l’asphyxie, auraient pu générer une vaste recherche coordonnée. Mais dans la conjoncture actuelle, la plupart des pays du Sud considèrent que la principale menace pour la région ne se situe pas dans un futur environnemental, mais dans un présent géopolitique, que cette menace porte un nom, l’État d’Israël, dont on récuse la politique et parfois l’existence, ce qui compromet la conceptualisation de projets d’avenir. On l’a vu en ce qui concerne le traitement de l’eau, un projet concret qui pouvait enclencher une solidarité de fait entre les États concernés et renforcer la sécurité alimentaire et sanitaire. La plupart des pays riverains considèrent qu’aucun projet n’est viable autour de la Méditerranée tant que la question israélo-palestinienne ne sera pas réglée.

Cette question qui concerne l’ensemble du monde arabe n’est pas la seule source de conflits sur la côte sud. La guérilla islamiste en Algérie, le règlement de la question du Sahara occidental, les revendications autonomistes kurdes en Turquie, l’implication de la Syrie dans le conflit libanais, les luttes pour la souveraineté politique et économique entre sunnites et chiites au Proche-Orient, les rivalités entre les États du Golfe et surtout la guerre contre Daech sont autant de foyers de déstabilisation potentiels qui rendent aléatoire toute forme de partenariat entre les pays du littoral méditerranéen.

Extrait de "La Méditerranée, Conquête, puissance, déclin" de Jean-Paul Gourévitch, aux éditions Desclée de Brouwer

"La Méditerranée, Conquête, puissance, déclin" de Jean-Paul Gourévitch

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