Ces zones qui ont tout à redouter de l’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique
Ces zones qui ont tout à redouter de l’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes
©JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Les bonheurs des uns font les malheurs des autres

Ces zones qui ont tout à redouter de l’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes

Quelle que soit la décision prise dans le dossier de Notre-Dame-des-Landes, la migration des militants de la Zad sur d'autres sites risque de créer de nombreuses tensions.

Eddy  Fougier

Eddy Fougier

Eddy Fougier est politologue, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Spécialiste des mouvements de contestation de la mondialisation, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur ces thèmes : Dictionnaire analytique de l’altermondialisme (Ellipses, 2006), L’Altermondialisme (Le Cavalier bleu, 2008).

Plus récemment, il a publié Thèmes essentiels d’actualité en QCM (2000 QCM) aux éditions Ellipses (2012) ou encore Parlons mondialisation (La Documentation française, 2012)

Eddy Fougier est chargé d’enseignement dans plusieurs écoles, notamment Audencia Nantes – Ecole de management, l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, l’Institut européen des hautes études internationales (IEHEI, Nice) et l’Institut supérieur de formation au journalisme (ISFJ, Paris).

Voir la bio »

Atlantico : Dans le cas d'un abandon du projet de l'aéroport du Grand-Ouest dit de Notre-Dame-des-Landes, et donc de la raison d'être de l'occupation de la Zad par les "zadistes", black blocs ou autres​ groupuscules, quelles sont les zones qui devraient redouter une migration et donc l'arrivée de ces derniers ? 

Eddy Fougier : Je vois deux zones susceptibles d'attirer ce type de groupes. Il y a Bure, dans le sud de la Meuse, là ou va se développer le projet CIGEO de retraitement des déchets nucléaires par l'ANDRA (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs). Et il y a le triangle de Gonesse au nord de Paris ou doit se développer le projet EuropaCity par la structure Immochan filiale du groupe Auchan. Mais le "favori" est Bure, notamment pour des raisons symboliques et géographiques. Symbolique parce que le nucléaire représente parfaitement le système que ces militants rejettent, et géographique parce qu'EuropaCity est une plaine. Or, il est très difficile d'implanter une Zad sur une plaine agricole. Un géographe comme Philippe Subra explique par ce que l'on pourrait qualifier de "géopolitique des ZAD" qu'il est bien plus aisé d'occuper un bois qu'une plaine. Or, du côté de Bure, il y a déjà des militants qui occupent un bois, le Bois Lejuc, et qui offre ainsi une infrastructure qui n'attend qu'un renforcement des effectifs. Ils sont une 30e actuellement soit entre 5 et 10 fois qu'à Notre Dame-des-Landes. Ainsi, Bure est susceptible d'être le prochain NDDL.

​N'est-il pas illusoire de croire que la fin d'un conflit sur la Zad de NDDL permettrait d'en finir avec ces groupes ?

L'abandon de l'aéroport, si abandon il y a, n'est pas nécessairement le moyen d'apaiser les tensions et d'évacuer de façon pacifique la Zad. Gérard Collomb, Edouard Philippe et Nicolas Hulot ont dit qu'il y aurait une évacuation mais beaucoup de spécialistes des milieux policiers disent que cela va être très compliqué compte tenu des renforcements d'effectifs qu'il va y avoir à l'approche de l'évacuation, et des moyens de défense passive sur place dont disposent les zadistes.

Si la page de NDDL devait être tournée par abandon du projet, cela serait considéré comme une victoire pour ces militants et cela validerait leur mode opératoire, leur action de "résistance" selon leurs termes, vis-à-vis du projet. Donc au contraire, cela ne ferait que renforcer leur détermination.

Et si l'évacuation devait mal se passer, ce qui est malheureusement probable, et s'il devait y avoir des morts ce qui est une possibilité sérieusement envisagée du côté des forces de l'ordre, ou si le gouvernement devait finalement renoncer, cela ne ferait que galvaniser les troupes qui feront en sorte de trouver un nouveau point d'ancrage comme l'a été NDDL, et encore une fois, Bure est la principale option.

Quels sont les effectifs sur place ? Comment ont-ils évolué ?

Il est toujours délicat d'évaluer les effectifs parce que cela dépend de la période, été ou hiver. A Bure par exemple, en hiver, il fait moins 10. Il faut aussi prendre en compte la situation économique locale. Certains zadistes viennent de façon intermittente et vont travailler à Nantes. Du côté de Bure, cela sera plus compliqué parce qu'il faut aller à Bar-le-Duc, à Saint Dizier, ou à Chaumont qui sont des zones plus difficiles économiquement.

Mais le plus étonnant est que 5 ans après la première tentative d'évacuation de NDDL, il y a toujours autant de zadistes sur place et ils sont toujours aussi déterminés. On ne peut pas dire qu'il y a un essoufflement.

L'enjeu est donc la prévention pour éviter une installation sur le site de Bure ?  

Oui. L'autre aspect qui est compliqué à gérer pour le gouvernement est que plus le temps passe, plus le sujet devient médiatisé, plus l'opinion publique s'en empare et plus, sur place, les militants ont le temps de s'organiser. Le temps joue plutôt en faveur des militants donc il faut effectivement prévenir et faire en sorte d'éviter un "enracinement" de ces actions sur le terrain. Avec le temps, cela sera plus difficile, géographiquement, symboliquement mais aussi d'un point de vue sécuritaire, pour les déloger.  Sur le site de Bure, les militants sont sur place depuis l'été 2016, c’est-à-dire qu'ils sont déjà en train d'y passer leur deuxième hiver.

Mais si NDDL, Bure, et EuropaCity devaient être abandonnés, le message donné aux investisseurs serait très négatif, cela voudrait dire qu'il n'y a plus aucun aménagement lourd qui pourrait voir le jour en France. L'enjeu est très compliqué parce que NDDL est un projet public porté par le privé, Bure est un projet public, et EuropaCity est un projet privé. La clé est également le basculement de la population locale. A NDDL, la population ultra locale était plutôt opposée à l'aéroport. Du côté d'EuropaCity, c'est plutôt incertain mais il semble que la population soit plutôt favorable. L'enjeu pour les promoteurs est d'avoir la population locale avec eux. 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !