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Ce risque énorme que prend la Chine en inoculant à des milliers de personnes un vaccin non stabilisé contre le Covid-19
©NICOLAS ASFOURI / AFP

Course au vaccin

Ce risque énorme que prend la Chine en inoculant à des milliers de personnes un vaccin non stabilisé contre le Covid-19

La course au vaccin est lancée depuis le premier trimestre de cette année et les deux plus grands laboratoires chinois inoculent déjà le vaccin à des milliers d'ouvriers pour avoir une longueur d'avance sur la recherche.

Antoine Flahault

Antoine Flahault

 Antoine Flahault, est médecin, épidémiologiste, professeur de santé publique, directeur de l’Institut de Santé Globale, à la Faculté de Médecine de l’Université de Genève. Il a fondé et dirigé l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (Rennes, France), a été co-directeur du Centre Virchow-Villermé à la Faculté de Médecine de l’Université de Paris, à l’Hôtel-Dieu. Il est membre correspondant de l’Académie Nationale de Médecine. 

 

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Atlantico.fr : La course au vaccin est lancée depuis le premier trimestre de cette année. Les deux plus grands laboratoires chinois inoculent déjà le vaccin à des milliers d'ouvriers pour avoir une longueur d'avance sur la recherche. Y a-t-il un risque que la vaccination donne un sentiment d'invincibilité non garantie à la population ?

Dr Antoine Flahault : Les chinois ne sont pas les seuls à avoir donné une autorisation d'urgence de mise sur le marché. Cette autorisation a aussi été donné en Russie pour le vaccin Spoutnik V. Elle a aussi été donné pour d'autres vaccins chinois aux Emirats arabes unis. Cette procédure d'urgence, qui est d'ailleurs demandée par Pfizzer pour son vaccin auprès de la FDA (Food and Drug Administration), aux Etats-Unis. La question est de savoir si c'est prudent ou non de mettre un vaccin précocement sur le marché. Dans une procédure d'urgence motivée par la pandémie actuelle, c'est quelque chose qu'on peut discuter mais c'est qui n’est en tout cas pas totalement nouveau. Ça a existé pour d'autres médicaments et dans d'autres circonstances. La situation est suffisamment exceptionnelle pour qu'on puisse comprendre qu'il y ait des situations d'exceptions dans les procédures d'autorisation.

Tout le problème est le manque de recul qu'on peut avoir.

Il y a différents types qui sont en cours de développement. La Chine développe 2 vaccins dits inactivés (virus que l'on fait pousser sur des cellules et que l'on tue, il est inactivé, ce qu'on vous injecte c'est une soupe de protéines et de bouts de génomes détruits, c'est vieux procédé utilisé pour le vaccin de la grippe). Ils ont aussi le vaccin du CanSinoBio qui est un vaccin sur vecteur viral. On vous injecte un virus atténué, un adénovirus (pas un coronavirus), un virus anodin pour l'homme mais qui a comme effet de rentrer dans vos cellules et de vous équiper d'un morceau de génome du coronavirus. Celui-ci va utiliser la machinerie cellulaire pour fabriquer la protéine Spike qui va être largué dans la circulation et provoquer une réaction immunitaire. C’est un vaccin plus innovant pour lequel la Chine a brulé les étapes en le proposant à son armée. Ce qu'ils font au niveau de l'armée pour un vaccin qui est du même type que Spoutnik V, on peut dire que ce sont des essais cliniques de large envergure plutôt qu'une utilisation habituelle.

Atlantico.fr : Si les anticorps n'apparaissent pas comme prévu, est-ce que ça pourrait contribuer à une nouvelle propagation du virus en chine ?

Dr Antoine Flahault :  Si jamais le vaccin n'était pas efficace, la population pourrait se sentir protégé et être imprudente. Mais en chine en ce moment, la circulation du virus est très faible. Je pense qu'il sera difficile d’évaluer rapidement l’effet du vaccin du fait justement de la faible circulation du virus. Lorsque ce vaccin a été essayé au brésil ou aux USA là où il y avait des foyers importants, l'évaluation de l'efficacité été plus convaincante. 

Atlantico.fr : Si les effets secondaires se multiplient durant l’expérimentation, est-ce que les sociétés pharmaceutiques chinoises pâtiront d'une réputation de vaccin de mauvaise facture sur le marché mondial ?

Dr Antoine Flahault : L’effet indésirable d'un vaccin retentit toujours sur l'image de marque du producteur, mais pas forcément sur l’ensemble des vaccins chinois. Une industrie pharmaceutique en chine qui produit 90% des antibiotiques mondiaux n'a pas forcément besoin de prouver qu'elle est compétente pour faire ce qu'elle fait. La plupart des médicaments sont fabriqués en Chine aujourd’hui qui possède des laboratoires de biologie moléculaire de grande qualité. Il y a un enjeu d'image importante derrière cette course au vaccin. Les Chinois sont des nouveaux acteurs dans ce domaine et un faux-pas sera évidement une très mauvaise publicité.

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