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Ce que Xavier Bertrand pourrait apporter à Emmanuel Macron (mais le président en a-t-il envie ?)
©FRANCOIS LO PRESTI / AFP

Matignon ?

Ce que Xavier Bertrand pourrait apporter à Emmanuel Macron (mais le président en a-t-il envie ?)

Le président des Hauts-de-France n'en finit pas de grimper dans les sondages.

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet est essayiste et auteur de nombreux ouvrages historiques, dont Histoire des présidents de la République Perrin 2013, et  André Tardieu, l'Incompris, Perrin 2019. 

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Atlantico : Le 16 décembre dernier, le JDD titrait "Bertrand, Le Drian, Cazeneuve, Bayrou : ceux qui pourraient remplacer Edouard Philippe à Matignon", avant que l'éditorialiste Dominique de Montvalon déclare "Le gaulliste social Xavier Bertrand à Matignon ? Ce scénario prend corps". Au delà de la probabilité d'un tel scénario, que pourrait apporter la personnalité de Xavier Bertrand à Emmanuel Macron dans un rôle de premier ministre ? 

Maxime Tandonnet : Pour l'instant, en dehors de ces quelques déclarations, il n'existe aucune information sur un tel scénario. De fait, il peut représenter une issue possible à la crise politique qui secoue la France depuis cet été. Si vraiment l'état du pays devait continuer à se dégrader, entre les scandales, la révolte sociale, sur lesquelles viendrait se greffer une possible récession économique, la situation devenant ingérable pour l'Elysée, le recours à une personnalité telle que M. Bertrand pourrait être l'ultime recours du président Macron. Une telle nomination à Matignon scellerait une profonde rupture dans le quinquennat. M. Xavier Bertrand n'est pas du tout dans la même position que M. Edouard Philippe. Le destin de ce dernier est entièrement lié à la victoire de M. Macron puis de LREM aux élections de 2017. Il en est le produit. Or, M. Bertrand a un profil radicalement différent. Ancien ministre du gouvernement Fillon sous la présidence Sarkozy, président de région, il est une personnalité influente de la politique française. En plus, il a pris ses distances avec le "nouveau monde" macronnien. Sa nomination à Matignon marquerait l'arrivée d'un homme extérieur à la sphère dirigeante actuelle, indépendant, n'ayant pas trempé dans le naufrage politique en cours et pourvu d'une autorité personnelle. Elle reviendrait à un rééquilibrage des institutions en faveur du Premier ministre qui s'imposerait alors comme le moteur du gouvernement du pays au détriment de la présidence de la République.

En quoi le gaullisme social dont se revendique Xavier Bertrand -qui déclarait en janvier 2017 "Philippe Séguin est un chemin. Et je crois que, plus que jamais, il nous faut l’emprunter "- pourrait être, ou non, une réponse au défi actuel qui se pose à Emmanuel Macron ? 

Une telle nomination pourrait signifier un changement de cap dans le quinquennat. M. Bertrand se réfère à Philippe Séguin, or, il est certain que le séguinisme est aux antipodes de certaines décisions emblématiques qui ont marqué le début du quinquennat de M. Macron, par exemple réduction des APL et baisse du pouvoir d'achat des retraités. Le séguinisme est né du rejet du traité de Maastricht de 1992 créant l'Union européenne et l'euro, un traité dans lequel l'ancien ministre des affaires sociales de Jacques Chirac dénonçait un "Munich social". Son positionnement constant en faveur de la souveraineté nationale est donc exactement contraire à celui du président Macron, sans doute le chef de l'Etat le plus européiste de l'histoire, en tout cas le premier à s'être déclaré favorable à une "souveraineté européenne". Par ailleurs, Philippe Séguin, qui se voulait le héraut de la cause du peuple, n'aurait pas admis des saillies telles que celle relative aux "Gaulois réfractaires". Dès lors, l'adoption au sommet de l'Etat d'une ligne séguiniste, sur l'Europe, sur la Nation, sur le social et l'économique, représenterait un tournant idéologique majeur dans le quinquennat. A condition d'être crédible pour l'opinion, il pourrait en effet se présenter comme une tentative de réponse à la crise démocratique française. Mais alors, quelle volte-face!

Cependant, cette ligne politique n'est-elle pas trop éloignée d'Emmanuel Macron - une situation qui peut être illustrée par l'animosité rapportée d'une rencontre entre l'ancien rapporteur adjoint du rapport Attali et Philippe Séguin, pour permettre un amalgame ? 

Ce changement de cap peut difficilement s'incarner dans la personnalité du président Macron. Comment les Français pourrait-il croire un tel renversement de politique qui irait beaucoup plus loin que la conversion à la rigueur de François Mitterrand en 1983. On pouvait alors y voir un changement de méthode autour de la politique monétaire: choix du franc fort contre la dévaluation. Là, le revirement serait encore plus profond, touchant à une philosophie politique elle-même. En revanche ce tournant pourrait en effet s'incarner dans un changement de Premier ministre et de gouvernement, le président Macron donnant de la hauteur à la fonction présidentielle et se désengageant des soubresauts de l'actualité – une posture propice à une nouvelle candidature en 2022. On pourrait alors tout imaginer y compris une rupture de LREM et un basculement de majorité. Sa frange socialiste (120 députés issus du PS) reviendrait à gauche, ses députés issus de la droite et du centre avec une partie du Marais, rejoignant les Constructifs, le MODEM et les Républicains dans une nouvelle majorité de centre-droit, susceptible de soutenir, cahin-caha,  un Premier ministre plus proche d'une ligne sociale séguiniste. Bien sûr, un tel  scénario ressemble fort à une combinaison de type IIIe République qui eût fortement déplu à Philippe Séguin. Mais dans ces temps de trouble profond des esprits, nous ne sommes plus à une contradiction près... On entrerait alors dans une sorte de cohabitation molle. Cette hypothèse permettrait peut-être de détendre la situation et de sortir temporairement le système politique de la crise en attendant 2022. Mais elle ne paraît de nature à engager le pays dans la voie du redressement.

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