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Qu'est-ce que l'ironie ?
Qu'est-ce que l'ironie ?
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Second degré

Ce que l'ironie révèle de nos pensées

La "bonne vieille ironie" des premiers James Bond sera réinjectée dans le prochain opus de la franchise britannique, a déclaré Daniel Craig. Antoine de Caunes, de son côté, dans la présentation de son "Grand Journal" déclarait "ne pas vouloir faire de l'ironie froide". Reste à savoir ce que l'on met derrière le mot.

Sylviane Barthe-Liberge

Sylviane Barthe-Liberge

Sylviane Barthe-Liberge est psychologue clinicienne et psychothérapeute. Elle anime et publie sur son site personnel : www.consultations-psychologue.com.

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Atlantico : La "bonne vieille ironie" des premiers James Bond sera réinjectée dans le prochain opus de la franchise britannique, a déclaré Daniel Craig, ajoutant ne pas vouloir "tomber dans le pastiche". Quelle est la fonction de l’ironie ? Pourquoi l'utilise-t-on ?

Sylviane Barthe-Liberge :L’ironie a surtout une fonction de critique vis-à-vis d’une situation ou d’une personne, et généralement pour la rendre plus acerbe. Elle est une forme de raillerie. Catherine Kerbrat-Orecchioni insiste sur la position offensive de l’orateur ironique qui ainsi "attaque, agresse, vise une cible" et constate que l’ironie "décrit généralement en terme valorisant une réalité qu’il s’agit de dévaloriser".

Freud a d’ailleurs développé cette hypothèse en 1905, précisant que l’ironie permettait une agressivité qui, dans son sens littéral, serait inacceptable socialement. Colston a lui aussi soutenu cette idée en 1997. Socrate, par exemple, en son temps, utilisait l’ironie afin de mettre ses interlocuteurs face à leur ignorance (ayant ici une fonction dénonciatrice entraînant une prise de conscience).

Par ailleurs, l’ironie permet d’avoir l’air drôle. Mais elle peut aussi laisser la place à l’ambiguïté, permettant les sous-entendus. L’ironie a également une fonction de cohésion sociale : pour ironiser, il faut être initié ! Donc ceux qui saisissent l’ironie vont se reconnaître mutuellement. Dans tous les cas, l’ironie permet d’exprimer une pensée plutôt agressive, mais sans en avoir l’air. On va donc la manier soit sur le mode offensif, soit sur le mode défensif (hypothèse notamment développée par Alain Berrendonner). Mais dans tous les cas, elle est une "arme verbale".

"Derrière toute plaisanterie se cache un fond de vérité", a-t-on coutume de dire ou d’entendre. L’adage se vérifie-t-il en ce qui concerne l’ironie ? En quoi cette dernière est-elle révélatrice de nos pensées ?

En effet, si on part du principe que l’ironie permet de sous-entendre une idée, alors effectivement elle soulève un voile de vérité. En usant de l’ironie, nous entretenons plus ou moins l’ambiguïté sur le sens de nos propos et en modulons la portée. Ainsi, nous nous épargnons de prendre le risque d’exposer clairement nos pensées ou nos intentions, mais pour autant, nous les suggérons plus ou moins fortement. C’est une manière de doser la teneur des échanges, sans trop s’exposer. Donc un moyen de se protéger, en contrôlant ce que nous donnons à voir de nous-mêmes.

Les personnes maniant fréquemment l’ironie ont-elles un profil psychologique particulier ? Est-ce l’arme - ou le bouclier - des cyniques ?

Sans tomber dans la caricature, nous pouvons tous user à un moment ou un autre de l’ironie. User, mais pas abuser ! Cependant, l’ironie (comme mode de communication régulier) relève plus du caractère sadique en général.Ceux qui abusent fortement de l’ironie offensive (donc de l’arme), ce sont les manipulateurs (et à l’extrême, les pervers narcissiques). L’ironie permet un double langage très utile aux manipulateurs, avançant leurs idées sournoisement, sans en assumer la responsabilité. C’est un bon moyen pour créer le doute, mais aussi menacer indirectement. Nous sommes sur le registre de l’ironie, dont l’agressivité est tournée sur autrui, par excellence.

En revanche, en ce qui concerne l’ironie défensive (avec une agressivité retournée souvent contre soi), on va davantage retrouver des gens qui manquent de confiance en eux et qui ont une faible estime d’eux-mêmes. Souvenez-vous de l’adage qui dit que la meilleure des défenses reste l’attaque. Et là, l’ironie est un bouclier.

A l’inverse, quel est le profil psychologique de la personne ne sachant pas manier, et surtout ne comprenant pas l’ironie ? Pourquoi ne maîtrisons-nous pas tous les mêmes degrés d’humour ?

Il me semble que la personnalité obsessionnelle est sans doute celle qui est le moins susceptible de manier et de comprendre l’ironie, éprouvant déjà des difficultés avec l’humour. Dans sa forme la plus typique, le conflit psychique de l’obsessionnel s’exprime par des symptômes dits compulsionnels (idées obsédantes, compulsions d’actes indésirables, lutte contre les pensées et tendances, rites conjuratoires…). Le mode de pensée est caractérisé par la rumination, le doute, les scrupules. Ce qui aboutit à une inhibition de la pensée et de l’action. Et ce qui ne permet pas l’once de créativité nécessaire à l’ironie.

En fonction de nos structures de personnalité et de notre affirmation de nous-mêmes, nous ne pouvons pas être « égaux » face à l’ironie. Il en va de même pour l’humour. Les personnes rigides, obsessionnelles par exemple, vont prendre les discours au premier degré, ne saisissant pas forcément les subtilités langagières. L’humour nécessite un certain détachement de soi-même. En psychologie, l’humour est un mécanisme de défense mature soulignant une personnalité élaborée et affirmée.
Prenez par exemple une situation qui vous met, vous personnellement, en difficulté (parce qu’elle vous renvoie à une blessure narcissique) : vous aurez bien plus de mal à prendre du recul et à en rire que si vous êtes dans une situation qui ne touche pas une de vos failles narcissiques !

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