Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Les politiques ne comprennent pas les enjeux des entrepreneurs.
©Flickr

Les entrepreneurs parlent aux Français

Ce qu'il faudrait que les partis politiques comprennent enfin à l'économie

Choc de simplification, CICE, pacte de responsabilité... Les politiques ne veulent pas admettre ce qu’ils ont pourtant à peu près compris : les entreprises ne fonctionnent pas comme un Etat, car elles basent leurs embauches sur la confiance en leur avenir économique.

Denis Jacquet

Denis Jacquet

Denis Jacquet est entrepreneur (Edufactory), investisseur (Entreprise et conquête) et président de Parrainer la croissance, une association d'aide aux PME pour rechercher la croissance, et cofondateur de l'observatoire de l'Uberisation. 

Voir la bio »

Les partis sont des animaux étranges, repliés dans des bulles isolées de la société. On y vit une autre vie, on y conçoit une vision de la société, théorique, détachée du temps et des réalités. On y forme des écuries de champions de l’emploi public qui devront en bons petits soldats reconnaissants, contribuer à financer une machine à produire du rêve et de la science-fiction une fois au pouvoir. Ils voient le monde à travers les verres fumés de leurs sièges parisiens, et des dorures de la République, qu’ils n’aiment pas du tout être obligés de quitter.

Mais la nature est bien faite, une pratique trans-partis bien huilée, et qui dépasse tous les clivages, leur assure un parachute doré ou un strapontin en or, en attendant que le jeu de l’alternance les replace à leur siège initial, porté par le seul jeu des chaises musicales de la politique française. Sans avoir à travailler ou produire des idées pour y parvenir. Une fois mécontents des uns, les Français élisent les autres. Et les autres attendent sagement leur tour, sachant que le temps fait mieux et plus vite que la compétence et le travail. En attendant, toutes les commissions inutiles, les postes somptuaires attribués aux bons soldats, jusqu’à des âges avancés, que je dénonçais la semaine passée dans ces colonnes, gavent au caviar tous les partis, de gauche comme de droite, car le cynisme leur tient lieu d’idéologie et l’emploi fictif est leur sacerdos.

Ils s’appuient sur des militants, en nombre décroissants, mais fidèles et aussi acharnés qu’un fan de football, trouvant avec une belle constance une justification à toutes les fautes, les larcins, les viols de l’éthique primaire, pour ne retenir que l’illusion, pour leur propre survie mentale certainement, et labourent le terrain avec un mépris violent de l’adversaire, entretenant un clivage censé donner l’impression qu’il existe encore des visions et un projet dans les partis traditionnels. Le bal des colleurs d’affiche les nuits de campagne électorale, est le reflet de cet aveuglement sectaire, qui est un phénomène bien connu que les sectes, les gourous et manipulateurs de tous poils maîtrisent à la perfection pour encadrer leur chair à canon.

Cette masse servile, bénévole, qui alimente les rangs de partis qui, pour nombre d’entre eux, accuseraient l’entreprise, dans le même cas de figure, d’exploitation inhumaine et condamnable, permet aux "gens du siège", pour ceux "d’en haut", de se concentrer sur les choses sérieuses, réservées à un peuple qu’ils aimeraient voir élu, et bâtir une stratégie, dans laquelle le marketing et les sondages d’opinion remplacent la vision et la connaissance de la vie réelle.

Sur les sujets de sociétés, ils aiment quand c’est clivant. Il faut que cela saigne. Le spectacle d’un adversaire est plus excitant quand il gît au sol dans une mare rouge et épaisse. Ils aiment alimenter la fracture entre les Français. Sinon, où est le plaisir ? Où est le gain politique ? Plus l’adversaire s’affiche nombreux dans la rue et plus cela resserre, par réflexe de protection, la masse servile qui tient de lieu de mur porteur au parti. Ces "serfs" politiques, ces fans, que je décrivais plus haut. La meute de leurs opposants galvanise et régénère leur propre envie d’en découdre et les persuade qu’ils sont du bon côté de la force et qu’il s’agit de lutter avec d’autant plus d’âpreté contre l’ennemi.

Sur les sujets économiques et entrepreneuriaux en revanche, ils sont secs et divisés. Au sein de chacune de leur organisation règne un désaccord qui exprime leur incompétence sur le sujet et la prédominance de l’acte politique sur la nécessité économique. Paradoxalement, ils connaissent les mesures nécessaires à la France, mais ne peuvent se résoudre à les prendre, même à droite, par peur d’être taxé de "toutous" du patronat, de suppôt du capitalisme, alors même que le sort à long terme du pays en dépend, de façon évidente et que toujours reculer devant l’obstacle, ils pavent de soie le parcours de populistes aux aguets, prêt à n’importe quel promesse pour monter les marches du Cannes politique.

Le PS et son aile supposée frondeuse l’expriment bien. "Leur peuple souhaiterait des mesures de gauche". On ne s’intéresse eu aucun cas au besoin du pays mais à celui des urnes. On préfère scier la branche soi-même pour le plaisir de la scier ensemble, et d’en faire le bois qui fait les isoloirs. L’autre aile, plus libérale, envoie du Macron en sucre à la bataille. Le sucre fond au soleil de la bêtise parlementaire et sénatoriale, et revient dépecé d’un combat qu’il méritait pourtant de gagner. Pour lancer en France, la réforme. Lancer le seul boomerang qui ne nous reviendra pas en pleine face, contrairement aux mesures démagogiques que les politiques professionnels des cercles Parisiens nous forgent. Un peu comme les pommes d’amour. Un vernis sucré sur une pomme souvent fatiguée. Le vent debout contre la réforme nous revient en pleine "farce". Celle d’un monde politique aux abois.

Au milieu de ce bourbier, difficile d’être entrepreneur, je dis bien "entrepreneur" et non "patron". L’entrepreneur marche à la passion, le patron au pouvoir. L’avenir du pays appartient aux premiers et à ceux qui pourraient, enfin, les représenter.

Il n’y aura plus de réformes audacieuses (à défaut de résultat on pourrait au moins rêver à de l’audace, car à force d’essayer, on sait que cela pourrait passer) d’ici à 2017 et surtout pas des réformes qui pourraient sembler servir la soupe au patronat. A nouveau, la posture politique foule du pied, le réalisme nécessaire. Alors à quoi nous attendre ?

Côté gouvernement, pas grand-chose. On attend des mesures PME/TPE d’un moment à l’autre. Gageons, connaissant ceux qui les poussent, qu’elles partent d’une bonne intention. Nous en saurons plus d’ici quelque temps.

Le choc de simplification, malgré la bonne et sincère volonté de ceux qui l’ont portée, a accouché d’une souris naine, et les quelques avancées évidentes engluées, submergées par une inflation normative toujours aussi aigüe, qui prouve à quel point les parlementaires n’ont rien à faire, ou plutôt tant d’intérêts à servir. Le choc se résume donc au bruit que fait un corps entrepreneurial quand il tombe de haut. Nous avons tant espéré, la déception est à la hauteur de l’attente.

Les seuils sociaux auront été la farce la plus pathétique. Au final quelques améliorations. Oui. Incapables de transformer ce qu’il faut appeler la machine à punir la vertu. La France a quand même une spécialité culinaire remarquable, c’est de servir une mauvaise soupe à ceux qui croissent. Plus ils y réussissent et plus ils sont punis. Vous imaginez un sportif à qui l’on dirait qu’il doit gagner la compétition, sinon c’est un nul, mais qu’il sera pourtant sanctionné si il y parvient… Plus vous grandissez, plus vous donnez d’ETI à la France et plus le sort législatif s’acharne sur vous. Tout le monde sait depuis longtemps que la destruction de cette machine à claque serait profitable en premier lieu aux chiffres du chômage. Mais non. La posture politique. Avant tout.

Le CICE. On risque de le revoir car il ne produit pas d’emploi. Oh la grande surprise !! On ne s’y attendait pas !! Un marché politique de dupes pour amuser les journaux du soir que le pacte de responsabilité. Entre Sarkozy et Hollande, les entreprises furent ponctionnées de 30 milliards en 3 ans, leurs carnets de commande sont vides, 65 000 entreprises ont mis la clé sous la porte l’année passée, la trésorerie des PME est au plus bas, et horreur, ils n’embauchent pas. Ces entrepreneurs sont vraiment des profiteurs. Ils ont récupéré 9 milliards sur les 30 qu’on leur a volés pour renflouer un Etat qui jette l’avenir par les fenêtres, et ils n’embauchent toujours pas. Mais pourquoi donc ??? Ce pacte stupide, nous l’avons écrit dès sa négociation, ne pouvait créer de l’emploi. Tout au plus pouvait il permettre à quelques sociétés de gagner quelques jours de trésorerie supplémentaire pour rêver à passer le cap et éviter le couperet de la liquidation. Mais avec une croissance à 0% l’année passée, sans chiffre d’affaire, quelqu’un pourrait-il expliquer à un politique qu’une entreprise ne peut pas embaucher. Le chiffre d’affaire. Cela semble une notion évidente pour un gamin de 15 ans mais pas pour la classe politique. On leur fait un chèque de 9 milliards, donc ils devraient embaucher. Comme le fait l’Etat avec les contrats aidés. C’est donc simple. On embauche même si le salarié ne sert à rien et sautera dès que l’aide sautera. Mais non.

Dans une entreprise, c’est le chiffre d’affaire et sa croissance qui pousse à l’embauche. Et 9 milliards cela parait énorme. Mais qui en bénéficie ? Des grandes entreprises, quasi publiques, notamment qui ont touché 300 millions pour certaines. Alors qu’elles n’en ont pas besoin. Les PME ? 90% de nos entreprises ? Le CICE représente au mieux 300K pour une entreprise de 80M de chiffre d’affaires. Combien croyez-vous qu’on embauche de personnes avec 300K ? Pour une entreprise de 5M d’euros de chiffre d’affaires, on parle de 25K de CICE au mieux, moins que le salaire d’une personne hors charge pendant 1 an. C’est ridicule. Remettre en cause le CICE pour les grandes entreprises serait la moindre des choses, si on veut vraiment maintenir ce pacte stupide.

Mais le grand soir consisterait simplement à mettre l’Etat au régime, (ses dépenses ont à nouveau augmenté l’année passée selon la Cour des Comptes), rendre les économies faites aux PME, sous formes de réduction des charges patronales et s’assurer non plus, pour 1 ou 2 ans d’un cadeau empoisonné, mais d’une incitation forte à embaucher. Qui doit se doubler de l’arrivée du contrat unique, afin de ne plus avoir de sous classe de salariés (les CDD qui n’ont droit à rien et que même l’état utilise), d’une réduction à 30 jours des délais de paiements des grands groupes et d’une promesse tenue aux ménages d’une baisse de la fiscalité pour les classes moyennes. Afin qu’ils consomment. Tout en réimposant ceux que l’on a sorti du paiement de l’impôt, par clientélisme, alors que nombre d’entre eux ont le même revenu que leur voisin de palier de la classe moyenne, une fois qu’on tient compte de toutes les aides qui s’attachent aux bas salaires (logement, santé, école).

Les politiques ne veulent pas admettre ce qu’ils ont pourtant à peu près compris. Les entreprises ne fonctionnent pas comme un Etat. Tout est basé sur la confiance. La confiance engendre chiffre d’affaires, investissement et prise de risque. Tout cela se transforme en 18 à 30 mois en emplois. La confiance, aucun parti politique ne la mérite et ne la suscite. L’UMP, pardon les Républicains, font peur par leur dérive politique. Le FN n’a pas de programme en général, et pas sur l’entrepreneuriat en particulier. Le PS a le pouvoir, mais pas le courage. Nous ne sortirons pas de l’ornière tant que les politiques y règneront en maître. Remplaçons les à l’occasion des régionales, puis des présidentielles, et donnons à la France la politique qu’elle mérite. Celle qui commence avec un grand P et se termine avec une grande fête. A la croissance.

 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !