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Un système de ventilation installé dans une salle de classe à l'école IGS de Mayence, dans l'ouest de l'Allemagne, le 12 novembre 2020.
Un système de ventilation installé dans une salle de classe à l'école IGS de Mayence, dans l'ouest de l'Allemagne, le 12 novembre 2020.
©Daniel ROLAND / AFP

La vaccination ne suffira pas

Ce grand plan ventilation sans lequel nous ne nous sortirons pas du Covid

Alors que le gouvernement songe à une prolongation du pass vaccinal comme l’a révélé Atlantico, la priorité est ailleurs. Et ce serait l’occasion d’un beau test pour les intentions constructives affichées par le gouvernement comme par les partis d’opposition.

Antoine Flahault

Antoine Flahault

 Antoine Flahault, est médecin, épidémiologiste, professeur de santé publique, directeur de l’Institut de Santé Globale, à la Faculté de Médecine de l’Université de Genève. Il a fondé et dirigé l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (Rennes, France), a été co-directeur du Centre Virchow-Villermé à la Faculté de Médecine de l’Université de Paris, à l’Hôtel-Dieu. Il est membre correspondant de l’Académie Nationale de Médecine. 

 

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Atlantico : Alors que le gouvernement songe à une prolongation du pass vaccinal comme l’a révélé Atlantico, force est de constater que très peu a été fait sur les autres mesures de lutte contre le virus, et notamment sur l’aération et la ventilation. Vous plébiscitez un “grand plan ventilation”. A quoi pourrait ressembler concrètement ce grand plan ? Quels seraient les chantiers prioritaires ? Les mesures à mettre en place d’urgence ?

Antoine Flahault : Les gouvernements dans le monde entier ont d’abord eu à répondre dans l’urgence à cette pandémie dévastatrice. La riposte s’est articulée en deux premières phases. Celle d’avant l’arrivée des vaccins, jusqu’en mai-juin 2021, durant laquelle la plupart des pays ont eu recours à des mesures fortes, de méthodologie ancienne, presque moyenâgeuses, comme les confinements, les quarantaines et les couvre-feux. Puis, avec l’utilisation massive des vaccins et de médicaments efficaces contre le virus et ses complications, à part en Chine et en Corée du Nord, presque toutes les mesures fortes non pharmaceutiques ont été progressivement abandonnées. Seul le port du masque a subsisté de l’ère pré-vaccinale. Si les vaccins ont considérablement contribué à protéger la population contre les formes graves, ils n’ont malheureusement pas permis de freiner suffisamment les transmissions, et de nouveaux variants ont émergé, conduisant à une succession, à peu près tous les trois ou quatre mois, de vagues de contaminations avec leur cortège d’hospitalisations, de décès et de Covid longs dont on ignore encore tous les contours. Certes, on a quitté l’ère moyenâgeuse et la population se réjouit dans son ensemble d’avoir pu retrouver une vie sociale plus proche de la vie d’avant. Mais la très forte transmissibilité des nouveaux variants, a conduit, malgré la baisse prononcée du taux de létalité grâce à la protection vaccinale, à des nombres absolus de décès Covid-19, qui en Europe, sont restés voisins en rythme annuel en 2020, 2021 et durant le premier semestre 2022.

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Il est donc temps de réfléchir désormais à une troisième phase dans la réponse à cette pandémie qui viserait à continuer à vivre “comme avant” la pandémie, tout en limitant davantage les hospitalisations et la mortalité du Covid-19. Pour cela, il conviendrait désormais de s’attaquer à la source même de la transmission du coronavirus, afin de réduire considérablement les contaminations et de ce fait réduire substantiellement la mortalité du Covid-19, quels que soient les variants et sous-variants circulants. Comme 95 à 99% des contaminations semblent survenir dans les lieux clos, mal ventilés qui reçoivent du public, l’amélioration de la qualité de l’air intérieur dans l’ensemble de ces lieux pourrait être d’une très grande efficacité pour réduire les risques de transmission par le coronavirus et ses complications associées. Si les travaux à prévoir s’avèrent nécessiter de longs et coûteux investissements, on pourrait en effet fixer des priorités guidées par l’épidémiologie. Les écoles et les universités, les EPHAD et les hôpitaux, les transports publics, les bars, restaurants, clubs, les bureaux partagés pourraient être les premiers lieux concernés, pourquoi pas dans cet ordre d’ailleurs. Les habitations privées et les commerces pourraient suivre progressivement. 

Sans un grand plan de ventilation et d’aération, pouvons-nous vraiment espérer sortir du Covid ?

Sans un plan “Ventilation”, on peut s’attendre à rester à la deuxième phase de la riposte à la pandémie que j’ai décrite. Nous aurions un gouvernement qui n’aurait pas su enclencher la troisième ! Mais cela aurait des conséquences lourdes en matière sanitaire, sur la tension hospitalière et à terme sur la vie sociale et économique du pays. Et la population vivrait sous la menace permanente de l’émergence d’un variant plus virulent encore, causant plus d’hospitalisations et de décès et risquant de la ramener à la période que j’appelais “moyenâgeuse”, celle des confinements, des quarantaines et des couvre-feux.

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Certains pays étrangers se sont plus mobilisés que nous sur ce sujet, y-a-t-il des exemples à reprendre ?

La Belgique a lancé au printemps un plan « Ventilation » de portée nationale et s’étalant sur plusieurs années.

Les Etats-Unis ont lancé également une initiative présidentielle qui vise à promouvoir et inciter les investissements en la matière. En Asie, plusieurs pays démocratiques rapportent l’utilisation d’applications qui renseignent la population sur la concentration de CO2 dans les commerces ou les cinémas, entretenant une saine émulation entre eux pour vanter à leurs clients la qualité vérifiée de l’air intérieur dans leurs locaux.

En Suisse, dans le canton des Grisons, une équipe de chercheurs a épaulé les autorités pour mesurer la concentration de CO2 dans les salles de classes, montrant bien souvent la piètre qualité de l’air intérieur (60% des salles de classes affichaient plus de 2000 ppm, la norme se situant au-dessous de 600 ppm), avec une forte corrélation entre la concentration de CO2 et le taux d’infections par Covid-19 dans les classes.

La connaissance de la mesure de la qualité de l’air intérieur est la première étape pour guider les travaux à conduire visant à améliorer la situation.

Quelle est aujourd’hui la logique et l’efficacité réelle qu’on peut attendre de la prolongation ou d’une remise en vigueur du pass vaccinal, votée par le parlement européen et projetée par le gouvernement  ? N’est-ce pas là encore s’en remettre au tout vaccinal ?

Le vaccin nous a conduit à passer du moyen âge à l’époque moderne de cette pandémie, ne l’oublions pas. Grâce aux vaccins et donc au pass sanitaire puis vaccinal, la couverture vaccinale des Français a considérablement progressé et la tension hospitalière s’est réduite notablement. La prolongation de ces mesures reflète cependant un certain manque de vision sur l’avenir, une forme de perpétuation de la deuxième phase de la riposte, semble-t-il par manque d’imagination ou de leadership (ou des deux). Il y a dans ces demi-mesures annoncées une approche passive et réactive vis-à-vis de la pandémie, alors que l’on a besoin aujourd’hui de chercher à en sortir de manière proactive et avec anticipation. 

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Lorsque John Snow en 1854 avait identifié que la mauvaise qualité de l’eau de boisson était la cause du choléra qui causait de grandes épidémies dans nos villes au XIXème siècle, il a fallu plus de 50 ans avant que Londres et Paris entreprennent de vastes travaux d’assainissement visant à améliorer la qualité des eaux de boisson, soit en les séparant des eaux usées, soit en filtrant ou encore en purifiant les eaux usées. Je ne sais pas combien de temps il nous faudra pour jouir d’un air intérieur ayant une qualité microbiologique voisine de celle de l’air extérieur. Mais il faudra viser à renouveler notre air expiré, le filtrer ou le purifier pour que l’air inspiré soit débarrassé au maximum du risque de contracter le coronavirus ou le virus de la grippe. Aujourd’hui, si des personnes porteuses du bacille du choléra arrivaient à Paris, les habitants n’auraient aucun risque de contracter le choléra. Il n’en est pas encore de même avec le Covid-19 ni la grippe. C’est pourtant l’objectif que nous devons viser. Cela prendra du temps, mais la leçon de cette pandémie est peut-être que ce plan “ventilation” que nous appelons de nos vœux est inéluctable. Il doit se penser avec des ingénieurs et techniciens spécialistes du domaine, en respectant les principes de parcimonie énergétique et en visant la plus faible empreinte carbone des travaux entrepris.

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