Ce facteur interne aux Républicains qui fragilise bien plus Laurent Wauquiez que toutes les considérations sur son positionnement politique | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique
Ce facteur interne aux Républicains qui fragilise bien plus Laurent Wauquiez que toutes les considérations sur son positionnement politique
©

Nature humaine

Ce facteur interne aux Républicains qui fragilise bien plus Laurent Wauquiez que toutes les considérations sur son positionnement politique

Alors qu'Emmanuel Macron est parvenu à regagner le terrain perdu en termes de popularité, retrouvant ainsi un socle de 50% de Français satisfaits (Sondage IFOP pour Paris Match), il apparaît que la composante "de droite" de ses soutiens va en progressant (pour 56% des LR).

Olivier Gracia

Olivier Gracia

Essayiste, diplômé de Sciences Po, il a débuté sa carrière au cœur du pouvoir législatif et administratif avant de se tourner vers l'univers des start-up. Il a coécrit avec Dimitri Casali L’histoire se répète toujours deux fois (Larousse, 2017).

Voir la bio »

Alors qu'Emmanuel Macron est parvenu à regagner le terrain perdu en termes de popularité, retrouvant ainsi un socle de 50% de Français satisfaits (Sondage IFOP pour Paris Match), il apparaît que la composante "de droite" de ses soutiens va en progressant (pour 56% des LR). En quoi une telle configuration pourrait elle commencer à inquiéter des élus LR, pouvant d'ores et déjà anticiper le "risque" d'une longévité de 10 ans d'Emmanuel Macron à l'Elysée ? Face à une telle situation quels sont les risques de voir certaines personnalités rejoindre LREM, notamment dans l'anticipation de la construction des listes pour les européennes de 2019 ?

 
Olivier Gracia : Emmanuel Macron réalise l’exploit de réunir et fédérer les bourgeoisies de gauche et de droite autour d’un même projet politique. Le tour de force du Président est de parler avec autant d’aisance aux progressistes de gauche et aux conservateurs de droite. Pour les premiers, il évoque comme grande cause du quinquennat de faire respecter une égalité stricte entre les hommes et les femmes, prononce un délit d’ « outrage sexiste » et encourage une politique ambitieuse en matière d’écologie. Pour les seconds, il prône, avec l’appui de son ministre Jean-Michel Blanquer, un retour à un récit chronologique de l’histoire de France afin d’en finir avec la relecture idéologique des programme du quinquennat précédent, propose une politique économique de droite avec la suppression de l’ISF et l’assouplissement du droit du travail. Il est alors légitime et naturel que les Français de droite, « droite des valeurs » comme « droite libérale », puissent se reconnaître dans les premiers moments du quinquennat. « L’ère Macron » est même vécue comme un soulagement par les entreprises étrangères implantées en France. Autant dire qu’Emmanuel Macron, comme son illustre aînée Louis-Philippe, maitrise l’art de la synthèse politique avec pour unique objectif de remettre la France « en marche » sur le plan de la prospérité économique. Dans ce contexte si singulier, il est alors assez facile d’imaginer les élus LR se tourner vers Emmanuel Macron, qui, lui, tient toutes ses promesses libérales de droite, sans en froisser les valeurs. Les listes pour les européennes seront à l’image du parti macronien, un savant mélange entre barons traditionnels de la droite républicaine et une poignée  de personnalités de la société civile, sciemment choisies selon leur « mérite corporate. »
 
 
 

Face à un tel schéma, ne peut on pas voir une problématique spécifique pour Laurent Wauquiez ? Le probable prochain président des LR devrait-il prendre plus en compte de telles considérations à l'égard des personnalités qui l'entourent ? 

 
Laurent Wauquiez doit faire face à une problématique politique, électorale majeure. La question est : « Comment peut-il rassurer ses équipes, ses lieutenants, ses militants face à l’indicible popularité d’un Président constamment en marche pour une France prospère ? » Si le Président Macron réussit tout ce qu’il entreprend, sans embûches, sans opposition politique audible, tout en continuant ce double discours gauche-droite, il est fort à parier qu’il emportera un second mandat. Il réalisera alors l’exploit que ses deux prédécesseurs n’ont pas réussi, s’inscrire dans la durée, pour le meilleur comme pour le pire. Le candidat Laurent Wauquiez n’a pas d’autre choix que d’être à l’image de son aîné Nicolas Sarkozy, un chef incontestable, incontesté, aussi populaire que stratège. Ses éléments de discours en faveur « d’une droite forte » contraignent les centristes les plus modérés à se tourner définitivement vers la République en Marche.  Si la droite orléaniste a été complètement engloutie par le centre macronien, il ne reste alors plus que la possibilité d’une droite bonapartiste à savoir la « rencontre d’un homme et d’un peuple » 
 

Quels sont les ressorts qui pourraient permettre à Laurent Wauquiez d'apaiser de telles inquiétudes face à un adversaire qui occupe de plus en plus clairement l'électorat LR ? 

 
Pour mobiliser son camp et sa famille politique, Laurent Wauquiez devra les convaincre de l’existence d’un corps électoral élargi, de sa base la plus populaire à son extension la plus aisée. En d’autres termes, il doit réussir le coup de poker de Nicolas Sarkozy en réunissant les classes populaires, moyennes et bourgeoises autour de sa personnalité. Si la bataille politique pour reconquérir les classes aisées semble être un terrain miné, tant Macron fédère autour de ses promesses libérales, Laurent Wauquiez peut tout réinventer à droite pour reconquérir un électorat populaire, aujourd’hui divisé entre le Front National, la France Insoumise et l’abstention. Il le sait, et provoque souvent le Président sur son arrogance tout en stigmatisant son côté citadin éloigné des réalités de la France rurale. Laurent Wauquiez aimerait alors endosser le rôle du porte-parole des « grands oubliés » d’Emmanuel Macron, les agriculteurs, les ouvriers, les petits fonctionnaires, les cadres de la classe-moyenne « ceux qui ne sont rien » (mots d’Emmanuel Macron lors de l’inauguration de la station F.) Le candidat à la Présidence des Républicains est en mesure de réaliser cet exploit, tant l’électorat populaire est déboussolé par la déshérence du Front National, l’arrogance du Président Macron et la radicalité de la France insoumise. Le spectre électoral du Front National lui laisse une marge de manoeuvre non négligeable. Si la gauche socialiste a sensiblement atteint un point de rupture indépassable entre son aile la plus modérée complètement acquise à la République en Marche et son aile la plus radicale dévouée à la France Insoumise, la droite républicaine, elle, n’est pas complètement morte. Elle peut désormais compter sur l’implosion de l’extrême-droite en mal d’incarnation et les veillées conservatrices d’une certaine bourgeoisie de droite qui ne se reconnaît pas dans la personnalité ambiguë du Président. Pour survivre ou plutôt pour vivre et vaincre, la droite républicaine devra sûrement réinventer un axe national-libéral, qui s’étendra des classes les plus populaires aux classes les plus aisées. 
 
 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !